Les apiculteurs cherchent des fleurs pour leurs abeilles

Raphaël Fort de l'entreprise Miel des 3 Rivières.... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Raphaël Fort de l'entreprise Miel des 3 Rivières.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les apiculteurs de la Mauricie prévoient une très bonne récolte de miel, cette année. Ils invitent toutefois la population et les agriculteurs à cultiver le plus de fleurs possible, ne serait-ce qu'en laissant fleurir un peu de trèfle dans le gazon, puisqu'il devient de plus en plus difficile pour les petites ouvrières de trouver où butiner.

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Les apiculteurs invitent la population et les agriculteurs à cultiver le plus de fleurs possible, ne serait-ce qu'en laissant fleurir un peu de trèfle dans le gazon, puisqu'il devient de plus en plus difficile pour les petites ouvrières de trouver où butiner.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

À cause des monocultures sur les terres agricoles et de la tonte systématique des fleurs sauvages qui poussent en bordure des routes, les fleurs sont rares au point de créer parfois des conflits entre apiculteurs.

«Plus on est de producteurs, moins on a de superficies pour mettre nos ruches», raconte Raphaël Fort, de l'entreprise Miel des 3 Rivières, qui produit du miel biologique.

Pas assez d'endroits où faire butiner les abeilles, «ça nous limite dans l'expansion de l'entreprise et ça peut créer des chicanes entre producteurs aussi. Je vous dirais que c'est plus ça qui m'inquiète que les maladies ou le déclin des abeilles», indique M. Fort, un géographe d'origine française formé à l'UQTR et devenu apiculteur en 2010.

«La grosse problématique au Québec, en apiculture, c'est de trouver des terres où il y a des productions de foin, où il y a des fleurs, des productions agricoles attirantes pour les abeilles», dit-il. «On a de moins en moins de champs de foin, de sarrasin, d'engrais verts ou de terres mises en friche. Ce sont ces terres-là qui sont intéressantes pour les apiculteurs.»

Le président de la Fédération des apiculteurs du Québec, Léo Buteau, est d'accord que le problème se pose à cause des immenses superficies de maïs et de soja. «Quatre-vingt pour cent des ruches étaient en Montérégie avant. On n'en a plus que 20 %», dit-il.

Beaucoup de producteurs, en région, doivent se tourner vers le Saguenay, la Côte Nord et le Nouveau-Brunswick pour trouver des productions à fleurs comme le bleuet et la canneberge.

Denis Gauthier, de la Ferme apicole Mékinac à Hérouxville, se dit «privilégié» de pouvoir placer ses ruches dans un secteur où se cultive maintenant l'asclépiade, cette plante qui produit une soie naturelle utilisée pour fabriquer des vêtements isolants.

«On est les premiers en Amérique du Nord à faire du miel d'asclépiade», dit-il, un miel qu'il décrit comme étant «doux et blanc».

Dans son secteur, se réjouit-il, «il n'y a pas que de la monoculture de soja et de maïs». Les abeilles arrivent donc à butiner parmi différents types de fleurs.

Même si la récolte sera bonne cette année, au Québec, les abeilles demeurent en déclin malgré tout, reconnaissent les deux producteurs. Pour Denis Gauthier, les causes sont simples, il manque de fleurs et pour mettre la cerise sur le gâteau, certaines semences employées par les agriculteurs sont enrobées d'insecticides qui empoisonnent leurs abeilles.

«C'est surtout au printemps qu'on a de grosses pertes. Si les producteurs avaient davantage recours à la lutte intégrée au lieu des pesticides, ça ne se passerait pas comme ça», plaide Léo Bluteau.

Denis Gauthier, qui possède environ 1000 ruches, croit que «c'est l'opinion publique qui va changer les choses».

Ce dernier espérait beaucoup du projet du ministre Paradis qui devait contrôler l'usage de semences traitées aux néonicotinoïdes, un insecticide réputé nuisible tant pour l'environnement que pour la santé humaine.

Dans un article accordé au Devoir, en octobre 2015, le ministre Pierre Paradis avait toutefois reconnu que les entreprises qui commercialisent ces pesticides «sont encore plus puissantes que le gouvernement du Québec».

Denis Gauthier se compte heureux que dans son coin «il y ait encore des terres en trèfles. Je suis un privilégié».

Il déplore toutefois que les fleurs sauvages soient rasées le long des chemins. «Il y a plein de verges d'or là-dedans dont les abeilles ont besoin.»

Sur la rive sud de la 55, juste de l'autre côté du pont Laviolette, du lotier et de la chicorée, avec ses belles fleurs bleues, poussent en abondance. «Je ne sais pas si ça a été fait pour les insectes pollinisateurs, mais c'est une très bonne idée du ministère des Transports», souligne-t-il.

M. Gauthier incite la population à laisser fleurir un peu de trèfle dans leur gazon, à planter plus de fleurs et à planter des arbustes à fleurs le long des berges des rivières et des lacs, autant de petits gestes pour prévenir la disparition des abeilles sans qui à peu près toute forme de culture serait impossible.

Raphaël Fort, lui, a commencé à faire du miel urbain, en 2011, en installant certaines ruches sur des toitures d'édifices au centre-ville. Son miel est issu des fleurs trouvées par ses abeilles dans le périmètre urbain, ce qui démontre l'impact positif d'une végétation fleurie et d'une bonne biodiversité, peu importe le milieu.

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