L'eau polluée de Rio pire que le virus Zika?

Jacques Boisvert est microbiologiste, spécialiste des insectes piqueurs... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Jacques Boisvert est microbiologiste, spécialiste des insectes piqueurs et professeur émérite de l'UQTR.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Jacques Boisvert a toujours le mot pour rire, même quand ses propos sont très sérieux. Quand on demande à ce microbiologiste, spécialiste des insectes piqueurs, si les athlètes aux Jeux de Rio sont menacés par le virus du Zika, il tranche la question sans hésiter: «J'aimerais mieux faire de l'escrime que de la voile», dit-il.

Selon ce professeur émérite de l'Université du Québec à Trois-Rivières, les nageurs olympiques qui feront leurs compétitions en eau libre dans la baie de Guanabara, à Rio, sont exposés à des risques plus grands.

C'est qu'à ce jour, 50 % des égouts qui se déversent dans cette baie ne sont toujours pas traités.

Inutile de prendre avec soi une bouteille d'eau propre pour se désaltérer en chemin, dit-il.

Lorsque les mains et le visage ont été éclaboussés par ces eaux sales, il est clair que les organismes pathogènes risquent de se retrouver par inadvertance dans la bouche et dans le système digestif.

«Ils n'ont jamais dit trop, trop ce qu'il y avait là-dedans. Ils ont parlé des bactéries dangereuses, de virus, ils ont même parlé des fameuses superbactéries résistantes aux antibiotiques. Ils n'ont pas parlé des parasites, bizarrement. Moi, j'aurais peur en ti-ti de ça», confie-t-il.

Présentement, le nombre de cas par mois du virus du Zika, associé à la microcéphalie chez les nouveau-nés, diminue au Brésil, indique ce scientifique.

«Ils font de la fumigation dans les favelas (bidonvilles brésiliens). Il y a des favelas où ils ont fait le ménage», dit-il. Toutefois, les autorités n'ont toujours pas annoncé si le pays est toujours au stade épidémique ou endémique, précise-t-il.

Alors qu'une centaine d'experts ont récemment demandé le report des Jeux de Rio à cause du virus Zika, Jacques Boisvert, qui s'est démarqué dans la communauté scientifique canadienne lors de l'apparition du virus du Nil occidental, n'est pas d'accord.

«Il n'y avait personne du CDC (Center for Disease Control)» dans ce groupe d'experts, plaide-t-il. «Quand j'ai vu la liste des gens qu'ils appelaient des experts, il y avait des ethnologues, des sociologues là-dedans. Il n'y avait pas beaucoup de gens qui travaillent sur les maladies transmises par les moustiques», plaide-t-il. Le médecin qui avait démarré ce mouvement «n'était pas connu dans le domaine non plus», dit-il.

Les Jeux de Rio, avec ses compétiteurs qui arrivent des quatre coins de la planète, peuvent-ils contribuer à disséminer le virus du Zika dans le monde?

«Moi, je suis prêt à gager que s'il y a plus que 2 ou 3 athlètes qui attrapent le Zika, ça va être le top», affirme Jacques Boisvert. Et même s'ils le contractent, précise-t-il, ils pourraient n'en ressentir aucun symptôme.

Même sans les Olympiques, le virus a d'autres moyens de faire le tour du globe, comme en témoignent les plus récentes informations voulant que 10 nouveaux cas endémiques de Zika soient apparus récemment en Floride.

C'est que les participants au JO sont fort bien équipés, d'autant plus que l'entreprise SC Johnson, qui fabrique des produits répulsifs pour les moustiques à base de DEET est un commanditaire officiel des Jeux, dit-il. «L'équipe canadienne est partie avec du Off», assure-t-il.

Certains, comme la vedette canadienne du tennis Milos Raonic, ont refusé de partir vers Rio par crainte des risques de contracter le Zika.

D'autres ont décidé de prendre des risques calculés. «Il y a des athlètes américains qui ont dit: "Dans ma chambre climatisée, dans l'hôtel climatisé, dans l'autobus climatisé. Je vais sortir dehors et je reviens dans l'autobus climatisé"», raconte Jacques Boisvert.

Toutefois, alors que c'est l'été au Canada, c'est l'hiver au Brésil, rappelle cet expert. «Il ne fait pas froid, mais peut-être 20 ou 25 degrés Celsius, des températures beaucoup moins favorables à l'émergence des moustiques vecteurs du virus, dit-il en précisant que la notion de degrés-jours est fort importante pour le développement du virus chez les moustiques. Plus il fait chaud, pire c'est.»

«Évidemment, ils mettent le paquet. Ils arrosent partout. Et dans cinq ans, on va sortir des études sur les effets de la pulvérisation de produits chimiques», ironise-t-il.

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