Purges en Turquie: les médias et l'armée en première ligne

Les autorités turques ont ordonné la fermeture de... (ARCHIVES AFP)

Agrandir

Les autorités turques ont ordonné la fermeture de 45 journaux et de 16 chaînes de télévision.

ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Raziye AKKOC, Isabelle WESSELINGH
Agence France-Presse
Istanbul et Ankara

Le pouvoir islamo-conservateur du président turc Recep Tayyip Erdogan a intensifié les purges après le putsch raté du 15 juillet, fermant des dizaines de médias et chassant de l'armée près de 150 généraux.

Après la vague d'interpellations des derniers jours - plus de 15 000 personnes placées en garde à vue -, le premier ministre Binali Yildirim avait averti dans un entretien à la chaîne de télévision britannique SkyNews: les purges qui visent aussi bien l'armée que la justice, les médias et l'éducation, ne sont pas «pas terminées».

Quelques heures plus tard, les autorités ont ordonné la fermeture de 45 journaux et de 16 chaînes de télévision, a annoncé le Journal officiel.

En outre, trois agences de presse, 23 stations de radio, 15 magazines et 29 maisons d'édition ont été fermés.

Les médias, dont certains ont joué un rôle clé dans l'échec du putsch, paient un lourd tribut au «grand ménage» lancé après le coup.

Aucune liste n'a été fournie, mais selon la chaîne de télévision privée CNN-Türk il s'agit essentiellement de médias de province, mais aussi de certains médias à diffusion ou audience nationale.

L'agence de presse Cihan fait partie de ceux-ci, aux côtés de la télévision prokurde IMC TV et du quotidien d'opposition Taraf.

Mercredi matin, la justice avait déjà annoncé 47 nouveaux mandats d'arrêt visant d'ex-employés du quotidien Zaman en raison de leurs liens supposés avec le réseau de l'ex-imam Fethullah Gülen, accusé d'être derrière le coup d'État manqué. Parmi eux figurent des rédacteurs en chef et des éditorialistes de renom.

Lundi, 42 journalistes avaient fait l'objet de mandats d'arrêts et certains d'entre eux ont été placés en garde à vue.

La fédération internationale des journalistes (FIJ) a appelé l'Union européenne à faire pression sur le président Erdogan pour qu'il respecte la liberté de la presse.

Les purges se sont également accélérées dans l'armée.

Cent quarante-neuf généraux et amiraux ont ainsi été exclus de l'armée pour cause d'indignité, a annoncé mercredi soir un responsable turc. 

Généraux limogés

«Ils ont été limogés pour leur complicité dans la tentative de coup d'État», a-t-il déclaré, précisant qu'il s'agissait de 87 hauts gradés de l'armée de terre, 30 de l'armée de l'air et 32 de la marine.

En outre 1099 officiers ont également été exclus de l'armée pour cause d'indignité.

Ces limogeages en nombre sont intervenus à la veille d'un Conseil militaire suprême (YAS) qui doit se tenir jeudi à Ankara en présence du premier ministre et des plus hauts responsables de la hiérarchie militaire, afin de procéder à un ample remaniement de l'armée.

Depuis le coup d'État raté du 15 juillet, 178 généraux ont été placés en garde à vue, soit la moitié des généraux et amiraux de l'armée, selon des chiffres donnés par le ministère de l'Intérieur.

D'après des chiffres communiqués par l'agence progouvernementale Anadolu, un peu plus de 8600 militaires, soit une petite partie de l'armée turque, auraient été impliquée dans le coup, s'emparant d'avions de chasse et de tanks puis semant le chaos dans les rues d'Istanbul et Ankara.

Mais le ministre de l'Énergie et gendre du président Erdogan, Berat Albayrak, a précisé que les partisans de Fethullah Gülen, avaient infiltré la haute hiérarchie militaire.

Il a par ailleurs révélé mercredi que le YAS avait l'intention, avant la tentative de coup d'État, de se réunir dans le courant de l'été pour expulser de l'armée tous les officiers soupçonnés d'être liés à l'imam Gülen, ancien allié devenu depuis trois ans la bête noire du régime islamo-conservateur.

C'est ce qui aurait, selon lui, poussé les militaires pro Gülen à déclencher le soulèvement.

Lors du Conseil militaire suprême qui durera une journée, le Premier ministre décidera avec les plus hauts commandants restés en poste après le coup des changements à effectuer pour remplacer les militaires arrêtés. Des officiers de rang inférieurs devraient être promus à des postes supérieurs.

Symboliquement, ce conseil se tiendra dans la résidence du premier ministre à Ankara et non pas comme d'habitude dans le quartier général de l'armée.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer