Éclairage au système DEL: Shawinigan poursuit son projet comme prévu

Le maire de Shawinigan Michel Angers.... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Le maire de Shawinigan Michel Angers.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le conseil municipal de Shawinigan n'est pas trop ébranlé par les réserves exprimées par l'American Medical Association sur l'utilisation de luminaires à diodes électroluminescentes. Depuis mai, la Ville procède à la conversion de ses 6141 lampadaires et pas question pour elle de suspendre l'opération en cours.

La mise en garde de l'AMA reprenait certains arguments déjà véhiculés sur les effets potentiellement nocifs de la technologie DEL. Cette luminosité pourrait stimuler le cerveau, au point de nuire au sommeil et même, développer certains cancers.

En avril, la Ville de Montréal a pris la décision de suspendre son projet de conversion des lampadaires, préférant attendre les conclusions de la Direction de la santé publique. Trois-Rivières vient de décréter qu'elle reconsidérera cette technologie lorsque viendra le temps de changer ses quelque 6000 lampadaires modifiés à la faveur d'un autre système, il y a environ trois ans.

À Shawinigan, près de la moitié des luminaires sont déjà passés de la technologie au sodium à celle du DEL. La transformation devrait être complétée à l'automne et d'ici là, pas question d'appuyer sur le frein, indique le maire, Michel Angers.

«Il y a plein de lumières semblables installées à travers le monde», fait-il remarquer. «Ce n'est pas parce qu'une clinique médicale américaine... Je rappelle l'épisode des compteurs intelligents, les anciennes tours de transmission... Quand c'est validé et installé par tout le monde, la technologie est sécuritaire. On s'en va dans cette direction. Plus personne ne mettra de lampes au sodium!»

«Si on a des commentaires, nous ferons les ajustements nécessaires», ajoute-t-il. «Je lisais sur les risques de cancer... Hydro-Québec donne des subventions (jusqu'à 300 000$ à Shawinigan), ça existe partout à travers le monde... Avant de penser à s'alarmer, s'il y avait eu quoi que ce soit, des dangers quelconques, nous aurions été avisés. Des risques, il en existe probablement partout dans la nature. Ce sont des technologies qui sont éprouvées, acceptées et validées.»

Une première

Le maire rappelle que Shawinigan innove en combinant la technologie DEL à un contrôle à distance, rendant le système encore plus efficace. «Nous sommes la première ville (au Québec) à installer un contrôle intelligent», souligne-t-il. «Nous pourrons ainsi moduler l'éclairage. On l'installe à 60 % d'intensité. Selon les suggestions des citoyens et nos analyses, nous serons en mesure de la diminuer si nécessaire.»

Le même système de contrôle à distance a été installé à Mississauga, en Ontario. 

«Les risques de pollution lumineuse n'existeront pas chez nous», assure le maire. «Si des gens ont de la misère à dormir, on est en mesure de varier l'intensité comme on veut, quand on veut. Ce n'est pas le même problème de ceux qui installent ces lumières à pleine capacité.»

François St-Onge, directeur des communications, précise que des citoyens ont déjà émis des commentaires au sujet de cette intensité et que dans certains cas, elle avait été réduite jusqu'à 30 %.

Les municipalités s'intéressent au système DEL parce qu'il permet des économies appréciables. À Shawinigan, elles ont été évaluées à 482 000 $ par année, en énergie et en entretien.

En février 2015, le conseil municipal avait confié le mandat à Énergère pour l'amélioration de l'éclairage des rues, au montant de 2,6 millions $. Puis, en décembre, DimOnOff obtenait le contrat pour la fourniture du système de contrôle intelligent, pour près de 743 000 $.

«Il y a une question d'économie d'énergie importante et de rentabilité», convient le maire. «C'est beaucoup d'argent ! Mais le fait qu'on embarque dans un éclairage intelligent nous permet d'éviter une pollution lumineuse. D'ailleurs, des gens de Longueuil veulent venir nous rencontrer pour s'inspirer de ce qu'on fait.»

L'an dernier, Trois-Rivières n'avait pas jugé utile d'ajouter ce système de contrôle intelligent pour la conversion de quelque 9000 lampadaires vers le système DEL.

«Nous considérions qu'étant donné que l'éclairage est très directionnel vers la rue et le trottoir, on ne voyait pas l'utilité d'avoir un contrôle d'intensité», indique Yvan Toutant, porte-parole de la Ville.

Un compromis «idéal»

L'entreprise Énergère de Montréal ne craint pas que les retombées des commentaires de l'American Medical Association nuise à la réputation de l'éclairage au DEL. Aucun changement n'est prévu dans le projet de Shawinigan qui, du reste, n'a pas retenu l'intensité optimale pour son nouveau système d'éclairage des voies publiques.

«On peut choisir la chaleur (la luminosité), qui s'exprime en degrés kelvin», explique Catherine Roy-Cardin, directrice de comptes chez Énergère. «À Shawinigan, c'est 4000 K, ce qui représente le compromis idéal pour des économies d'énergie et une efficacité intéressante. Ça aurait été possible d'aller à 6000 K, mais on aurait pu avoir un effet différent. Quatre mille kelvin, c'est le consensus qui s'installe dans les grandes villes à travers le monde.»

Mme Roy-Cardin considère également que le système de contrôle intelligent constitue un avantage. Cette modulation à distance permet de calibrer chaque lampadaire individuellement, ce qui n'était pas possible auparavant.

La porte-parole fait remarquer que pour ressentir les effets soulevés par l'AMA, il faut non seulement une intensité, mais aussi une durée d'exposition.

«Par exemple, un travailleur de nuit dans une usine très éclairée», illustre-t-elle. «Le cycle de sommeil peut être perturbé parce que cette lumière doit garder ces gens éveillés. Mais ici, on parle de luminaires où le taux d'exposition est minime. Les luminaires sont orientés vers le sol ; il n'y a aucun éblouissement dans les maisons.»

Mme Roy-Cardin ajoute que ces projets de conversion au DEL vont jusque dans les écoles, avec une intensité comparable.

«Il n'y a pas de questionnement là-dessus, mais pour des lampadaires dehors, il y a un tollé», fait-elle remarquer.

«C'est un faux débat. C'est tellement loin dans la chaîne d'exposition de lumière bleue ! Nos téléphones cellulaires en génèrent, nos écrans d'ordinateurs aussi et notre temps d'exposition à ces outils est très important. Il faudrait plus revoir ces habitudes que penser aux luminaires, dont le niveau et le temps d'exposition représentent à peu près rien.»

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