Phénix fait des malheureux

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Depuis près de deux mois, des employés de la fonction publique fédérale en Mauricie goûtent à leur tour aux ratés du système de paye Phénix, un projet de 300 millions de dollars qui doit desservir les quelque 290 000 employés fédéraux à travers le pays.

Le Droit

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

Depuis près de deux mois, des employés de la fonction publique fédérale en Mauricie goûtent à leur tour aux ratés du système de paye Phénix, un projet de 300 millions de dollars qui doit desservir les quelque 290 000 employés fédéraux à travers le pays.

Salaires versés en retard ou incomplets, taux horaire erroné : les erreurs se multiplient, particulièrement chez les nouveaux embauchés et chez ceux qui effectuent un retour au travail après une absence prolongée.

Normand Pelletier, conseiller syndical régional à l'Alliance de la fonction publique du Canada, est complètement renversé par cette situation qui offre peu d'issue à court terme. Il ne peut encore estimer le nombre de membres touchés dans la région.

«La situation la plus critique, c'est chez Parcs Canada», explique-t-il. «On vient d'embaucher des étudiants et leur contrat de travail prévoit un minimum de huit heures par semaine, mais ils en travaillent 35 ou 40. Comme ils sont engagés sur une base de huit heures, le système Phénix leur fait une paye de huit heures. C'est très complexe de faire les ajustements.»

La Mauricie est davantage touchée depuis quelques semaines parce que les fonctionnaires fédéraux locaux étaient peu impliqués dans la première vague d'implantation, en février. Mais maintenant, Service Canada, l'Agence de revenu du Canada et Parcs Canada goûtent à la médecine du Phénix.

«Il y a tellement de problèmes urgents», observe M. Pelletier. «Si une femme revient d'un congé de maternité, c'est comme si elle n'existait pas dans le système. Certains employés peuvent être quatre, six ou huit semaines sans paye parce que lorsque la conversion des systèmes a été faite, ils étaient en congé. Le système a seulement transféré les donnés des employés actifs.»

Le gouvernement fédéral avait annoncé cette transformation en 2010. L'an dernier, l'AFPC prévoyait déjà des ratés à l'automne, notamment en raison de la concentration du service à Miramichi, au Nouveau-Brunswick, où la majorité des payes sont maintenant traitées. Cette décision des conservateurs avait notamment éliminé 34 emplois à Shawinigan.

«On a deux problèmes : on a concentré des bureaux de payes à un endroit sans avoir le personnel pour faire le travail et en même temps, on change le système informatique dans lequel on met près de 300 000 fonctionnaires à travers le Canada», résume M. Pelletier. «Le système est complètement embourbé.»

En avril, l'AFPC avait sonné l'alarme en mentionnant que des problèmes étaient rencontrés lors de la première phase d'implantation et qu'en conséquence, il valait mieux retarder la deuxième étape. À ce moment, Services publics et Approvisionnement Canada estimait qu'il n'existait pas de «problèmes majeurs lors de la première phase d'implantation alors que tous les employés ont continué à être payés à temps aux deux semaines», selon Le Droit d'Ottawa.

Le discours a maintenant changé.

«Nous reconnaissons que ces problèmes liés à la paye créent des frustrations et des difficultés inacceptables pour les employés», émet Jean-François Létourneau, porte-parole au ministère.

«SPAC est déterminé à veiller à ce que les employés soient payés correctement et rapidement et prend les mesures nécessaires pour corriger la situation.»

Le ministère mettra en place, au cours des prochains jours, une unité de paye temporaire dans la région de la Capitale nationale pour appuyer l'équipe de Miramichi. Une centaine de conseillers en rémunération s'ajouteront à ce moment.

«Cette unité demeurera en place jusqu'à ce que le retard accusé dans le traitement des demandes de paye soit réduit», précise le porte-parole.

M. Pelletier doute que ces mesures puissent faire une différence à court terme, puisqu'elles ne régleront pas les bogues informatiques causés par les cas qui sortent de l'ordinaire ou les nouveaux employés. Pour le moment, des fonctionnaires peuvent bénéficier d'avances avant de récupérer leur plein salaire.

«Est-ce à nous à financer le gouvernement fédéral ?», questionne le représentant syndical. «Entre-temps, nos membres n'ont pas d'argent et ils doivent utiliser leurs cartes de crédit, leurs marges de crédit. Ils se créent des problèmes économiques et ils doivent assumer les frais parce que leur patron ne leur a pas donné leur paye !»

«Si on était au privé, une compagnie qui ne paierait pas ses employés depuis quatre, six ou huit semaines aurait la visite de la Commission des normes du travail», fait remarquer M. Pelletier. «Tout le monde crierait au scandale. Mais on dirait qu'au gouvernement fédéral, ce n'est pas grave si on ne paye pas les gens.»

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