Michel Simard quitte «un peu» Le Havre

Après 28 ans à la barre de l'organisme... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Après 28 ans à la barre de l'organisme Le Havre pour les personnes itinérantes, Michel Simard cède la direction à Dany Lacroix qui oeuvre dans l'organisation depuis 18 ans.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Après 28 ans à la barre de l'organisme Le Havre pour les personnes itinérantes, Michel Simard quitte «un peu».

Il a récemment cédé la direction à Dany Lacroix qui oeuvre dans l'organisation depuis 18 ans, mais il entend bien continuer à soutenir le développement d'une culture d'accompagnement chez les intervenants des organisations qui s'occupent des gens sans abri et soutenir aussi la culture de collaboration inter-organisationnelle entre les réseaux public et communautaire qu'il a développée au fil des ans.

«La retraite est un concept qui n'existe pas beaucoup dans ma tête», explique-t-il.

«Je n'ai pas l'intention de remplacer Michel dans toute sa notoriété», indique bien humblement, de son côté, le nouveau directeur du Havre. «Michel reste présent pour cette transition-là et l'organisation», assure M. Lacroix. «On a d'ailleurs eu la chance de faire cette transition-là sur deux ans», précise-t-il en ajoutant qu'il «adhère à 100 % à ce qui se fait présentement dans l'organisation».

Dany Lacroix reconnaît que sa propre «couleur va finir par apparaître», tôt ou tard, «mais ce ne seront pas des changements majeurs. Pour moi, ce qui est important, c'est de m'assurer que les intervenants offrent le meilleur service aux personnes», insiste-t-il.

Il en a coulé de l'eau sous les ponts depuis 1989, alors qu'un jeune homme nommé Michel Simard arrivait à la barre d'un nouvel organisme d'aide aux itinérants, à Trois-Rivières, armé d'une formation en théologie et en criminologie et d'un désir insatiable d'en apprendre toujours plus sur l'être humain et sur les racines du mal. «J'étais venu ici juste pour un an», se souvient-il, le regard perdu dans ses souvenirs. «Je suis très attiré par l'écriture et la solitude. Je venais de finir un mémoire sur le mal, en théologie.»

Michel Simard était là, au départ, pour étudier l'humain et la source de ses malheurs.

«Ce que j'ai trouvé peut-être de mieux, finalement, c'est que le mal est quelque chose de superficiel. Ce qui est profond, c'est la bonté, la vérité. Une personne vraie, qui est elle-même, acquiert de la profondeur. Plus de profondeur veut dire que sa conscience est plus proche de la réalité. C'est vrai pour tout le monde», dit-il.

«Le mal est associé à ce qui est noir et sombre et on dit que c'est profond, mais ça ne l'est pas du tout. C'est complètement superficiel. Quand les gens crient, chantent des bêtises à tout le monde, c'est superficiel. Si tu traverses ça et que tu te mets à descendre où ils sont, ils se mettent à pleurer et tu t'approches de ce qui est plus vrai», explique-t-il. «Le mal se répand parce que c'est facile. C'est une stratégie de surface pour soulager des souffrances, des peurs. Ça détruit. De découvrir ça avec des personnes, ça les aide», dit-il.

C'est avec cette façon de voir les choses qu'il a abordé son oeuvre au Havre. «Tout le monde fait ce qu'il peut dans la vie», a-t-il constaté en côtoyant les sans-abri.

C'est une bonne raison pour laquelle Le Havre a ouvert une maison très spéciale de 23 chambres, sur la rue Laviolette, où des alcooliques peuvent se réfugier en toute sécurité. «Ils sont autorisés à boire», dit-il. Ce sont, pour certains, des personnes qui vont mourir de leur alcoolisme et pour lesquelles aucune thérapie de désintoxication n'a réussi. Le simple fait de s'y sentir en sécurité a toutefois permis à plusieurs de diminuer de beaucoup leur consommation, signale avec fierté M. Simard.

Au Havre, aucun intervenant ne cherche d'ailleurs à changer les itinérants qui arrivent à l'hébergement d'urgence de la rue Brébeuf ou qui passent du temps au Chez soi, l'hébergement voisin pour hommes et femmes où la consommation d'alcool, dans ce cas, n'est pas tolérée. «On prend les gens où ils sont», explique M. Simard. «Je ne m'intéresse pas tellement au fait qu'une personne se drogue, crie ou est en délire. Je m'intéresse à ce qu'elle vit», explique-t-il. «Je vois quelqu'un qui a un besoin énorme de sécurité ou un besoin d'estime énorme et qui utilise des stratégies complètement désespérées pour répondre à ce besoin-là. La personne ne veut pas être où elle est», assure-t-il. «Et il y a de meilleures stratégies pour répondre à ses besoins. C'est notre rôle de l'aider là-dedans», explique-t-il.

Michel Simard aura donc créé des stratégies innovatrices dans le domaine de l'intervention auprès des itinérants. La première, c'est la création et la consolidation d'un modèle d'hébergement d'urgence. La seconde, c'est la création d'une équipe d'itinérance dans laquelle sont associés des organisations publiques et des organismes communautaires.

Dany Lacroix, le nouveau directeur, indique qu'au cours des dernières années Le Havre a connu une longue période de développement. Son but, dit-il, est de consolider ce développement au profit des personnes qui en ont le plus besoin.

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