Erreur à la morgue: une autre famille en colère

Le couple Marcel et Nicole Léveillé, avec une... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Le couple Marcel et Nicole Léveillé, avec une photo de Réjean Léveillé.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «On a été laissés dans l'ignorance totale et je n'accepte pas ça. Ce n'est pas agréable d'apprendre des affaires de même par les journaux.»

Nicole Léveillé est encore chamboulée d'avoir appris par ses propres moyens que le corps de son beau-frère, Réjean Léveillé, est celui qui a été pris pour celui de Jean-Guy Bouchard dans l'histoire de l'erreur d'identification commise à la morgue de l'hôpital de Trois-Rivières.

Contrairement à la famille de M. Bouchard, qui a su rapidement qu'une erreur avait été commise, la famille de Réjean Léveillé affirme avoir dû se débrouiller par ses propres moyens pour connaître le fond de l'histoire sans jamais avoir reçu d'excuses de la part de la direction de l'hôpital trifluvien qui pourrait faire l'objet d'une plainte formelle.

C'est en écoutant les bulletins de nouvelles et en consultant le site Internet du Nouvelliste que Nicole et Marcel Léveillé ont eu de sérieux soupçons, lundi. Marcel est le frère de Réjean, un célibataire sans enfant. Étant donné que Réjean Léveillé est décédé le 2 juin à 7 h 50, soit moins d'une heure avant le décès de Jean-Guy Bouchard survenu dans le même établissement, ils ont pensé que le corps qui avait été identifié comme étant celui de M. Bouchard était en réalité celui de M. Léveillé.

«Les deux personnes sont décédées au cinquième étage de l'hôpital. Les deux corps ont probablement été descendus en même temps, mais la personne qui les a identifiés n'a pas regardé leur bracelet», commente Mme Léveillé, qui assure que Réjean portait son bracelet d'admission à l'hôpital au moment de son décès.

Un doute s'était logé dans l'esprit du couple quelques heures après le décès de Réjean Léveillé. Une personne de l'hôpital a téléphoné à son domicile jeudi après-midi pour savoir à quelle résidence funéraire la dépouille devait être acheminée.

L'information avait pourtant été fournie par Marcel Léveillé, mais l'employé de l'hôpital répliquait qu'il y avait plus d'un salon funéraire à porter des appellations semblables à Trois-Rivières.

«Vendredi matin, on est au salon Châteaudun (du Groupe Garneau). J'ai demandé si le corps était arrivé. Les gens m'ont dit oui. Ils nous ont demandé si on voulait voir Réjean. On a refusé, on leur faisait confiance», ajoute Mme Léveillé.

Déjà affligé par la mort de son frère, Marcel Léveillé a passé des heures à se poser des questions concernant la possible confusion dans l'identification du corps. Il a contacté directement le salon funéraire qui s'occupe du dossier de Jean-Guy Bouchard afin de savoir si l'erreur d'identification concernait également son frère.

«Avec ce qui circulait à la télévision et dans Le Nouvelliste, je voulais en avoir le coeur net. J'ai appelé chez JD Garneau hier (mardi). Le type a été franc. Tout de suite, j'ai eu la confirmation», raconte Marcel Léveillé.

Le couple est très amer face au comportement de l'hôpital trifluvien. Depuis vendredi, il a reçu quelques appels de la part d'une psychologue demandant s'il avait besoin d'un soutien particulier. Jamais il n'a été question d'une erreur d'identification de corps dans les discussions avec cette psychologue qui a offert ses excuses à Marcel Léveillé lorsque celui-ci l'a rappelée mardi après avoir découvert la vérité. Mais le couple assure que jamais le CIUSSS ne s'est excusé, contrairement à ce que l'organisme affirme.

«Identifier les corps est un ouvrage délicat. Je suis déçu de la façon dont ça s'est passé. C'est une compagnie de broches à foin. Je n'accepte pas que ce soit moi qui ai fait la police pour découvrir ce qui s'est passé. J'ai passé des nuits à ne pas dormir à penser à tout ça», critique Marcel Léveillé.

Mme Léveillé ne jette pas le blâme sur le Centre funéraire Châteaudun. Mais selon elle, la résidence aurait dû aviser la famille de la situation.

«Lundi, le salon a téléphoné. Le salon tenait absolument à ce qu'on identifie le corps, mais jamais on ne nous a spécifié l'erreur qui avait été faite. Me semble que ça aurait été leur devoir de nous avertir», ajoute Mme Léveillé, en précisant qu'elle et son époux ont identifié le corps de Réjean Léveillé mardi après-midi.

Nicole et Marcel Léveillé songent à déposer une plainte contre l'hôpital de Trois-Rivières, mais ils veulent le faire en compagnie de la famille de Jean-Guy Bouchard. Selon un membre de la famille, il serait étonnant que cette dernière porte plainte contre l'hôpital.

Le CIUSS maintient avoir présenté ses excuses

Alors que le CIUSSS maintient avoir présenté ses excuses à la famille Léveillé pour l'erreur d'identification d'un corps à la morgue à l'hôpital de Trois-Rivières, le Groupe Garneau admet avoir été pris de court par toute cette histoire qui a résonné dans plusieurs régions du Québec.

Lorsque la nouvelle est sortie sur la place publique, lundi, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec a émis un communiqué dans lequel l'organisme présentait ses excuses. Le CIUSSS affirmait avoir contacté les familles afin d'offrir tout soutien.

Mis au courant des prétentions de Nicole et de Marcel Léveillé, le service des communications du CIUSSS a effectué mercredi une vérification auprès de la direction de l'organisme.

Selon Guillaume Cliche, des excuses ont bel et bien été présentées aux deux familles concernées par la mauvaise identification de deux corps.

«J'ai la confirmation que la famille Léveillé a été contactée à plus d'une reprise pour offrir du soutien et présenter des excuses. C'est la gestionnaire responsable des services de la morgue qui a contacté la famille», soutient M. Cliche, agent d'information au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

La famille affirme avoir été contactée par une psychologue qui offrait ses services pour l'aider à la suite du décès de Réjean Léveillé, mais jamais pour l'informer de l'erreur d'identification. M. Cliche ne veut pas se lancer dans un débat à savoir qui dit vrai ou faux. Mais il assure que la gestionnaire en question s'est excusée.

«Ce qu'il faut comprendre est que l'objectif poursuivi par le CIUSSS, lundi, était de présenter nos excuses aux familles et offrir tout soutien. Et de leur dire que notre porte est ouverte en tout temps. Mais on comprend que c'est émotif. Est-ce que ça a été mal compris? Peut-être que ça a été mal perçu. Si ça a été compris différemment, on s'en voit désolé.»

Rien à cacher

Le Groupe Garneau est propriétaire du Centre funéraire Châteaudun.

Valérie Garneau croit que son entreprise aurait probablement dû aviser la famille Léveillé de l'erreur d'identification dès samedi, alors que les corps de M. Léveillé et de Jean-Guy Bouchard ont été transférés entre sa résidence funéraire et le complexe JD Garneau, même si l'erreur d'identification a été commise par l'hôpital de Trois-Rivières.

«On est une entreprise qui fonctionne en disant la vérité. On n'a rien à cacher. Notre embaumeur était en congé en fin de semaine. Le corps ne pouvait donc pas être préparé durant la fin de semaine. Il a été placé en chambre réfrigéré. On n'avait pas encore ouvert le linceul.

Lundi, avec l'embaumeur, on a fait préparer le corps et on a avisé la famille pour qu'elle vienne voir le corps afin d'éviter tout malentendu. On voulait aussi les aviser de l'erreur d'identification, mais on ne voulait pas faire ça par téléphone. Mais tout a été plus vite», explique Mme Garneau, en faisant référence au tourbillon médiatique entourant l'histoire.

D'autre part, le centre funéraire a été contacté par l'hôpital, lundi, selon les informations fournies par des employés du centre funéraire à Valérie Garneau.

«L'hôpital a parlé avec des gens chez nous lundi pour dire qu'il allait s'excuser auprès des familles. Une personne de l'hôpital a dit avoir communiqué lundi avec la famille», ajoute Mme Garneau.

Cette dernière précise que son entreprise applique un processus rigoureux d'identification de toute dépouille. Ce travail est effectué lorsque l'embaumeur ouvre le linceul pour préparer le corps afin qu'il soit présenté durant quelques instants à la famille.

Le Groupe Garneau possède sept centres funéraires, dont plusieurs dans la région de Lévis.

Depuis la diffusion de cette nouvelle, en début de semaine, les résidents de ce secteur demandent davantage à voir leur défunt lorsqu'il est rendu dans une résidence funéraire, selon Valérie Garneau.

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