Erreur à la morgue de l'hôpital de Trois-Rivières

Une erreur d'identification de deux dépouilles a vraisemblablement... (Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

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Une erreur d'identification de deux dépouilles a vraisemblablement été commise la semaine dernière à l'hôpital de Trois-Rivières.

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «J'avais l'impression d'être dans un film.»

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Le corps du beau-frère de Daniel Brouillette, grand patron des stations de radio Cogeco en Mauricie, a été envoyé à la mauvaise résidence funéraire, ce qui aurait pu entraîner la crémation du corps d'une autre personne. 

François Gervais, Le Nouvelliste

Ronny Bourgeois est le directeur général de la... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste) - image 1.1

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Ronny Bourgeois est le directeur général de la maison funéraire JD Garneau du secteur Cap-de-la-Madeleine. 

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

La dernière semaine de Daniel Brouillette et de sa famille a été plutôt rocambolesque. Son beau-frère, Jean-Guy Bouchard, est décédé dans la douleur jeudi dernier, deux heures avant de recevoir la visite prévue du médecin répondant à sa demande d'aide médicale à mourir.

Et le lendemain, M. Brouillette réalise que le corps de son beau-frère a été envoyé à la mauvaise résidence funéraire, ce qui aurait pu entraîner la crémation du corps d'une autre personne. Mais la vigilance du complexe funéraire JD Garneau a permis d'éviter à la famille de M. Bouchard d'honorer à son insu les cendres d'un inconnu.

M. Bouchard est mort au Centre hospitalier de Trois-Rivières. Une erreur dans l'identification de sa dépouille a fait en sorte que cette dernière a pris le chemin d'une autre maison funéraire, alors que le corps d'un autre homme a été récupéré par les gens de JD Garneau, ces derniers croyant avoir pris en charge la dépouille de M. Bouchard. Mais lors de la vérification du corps à ce complexe funéraire, on a vite réalisé le problème.

«La photo de M. Bouchard et l'apparence du défunt dans notre laboratoire ne concordaient pas du tout. On a fait identifier le corps par la famille et ce n'était pas le bon. Il y a eu erreur d'identification au niveau de l'hôpital», déclare Ronny Bourgeois, directeur général du complexe funéraire JD Garneau.

Daniel Brouillette accompagnait sa soeur et sa nièce vendredi après-midi pour fixer les arrangements funéraires avec la direction de JD Garneau. Le grand patron des stations de radio Cogeco en Mauricie ne s'attendait pas du tout à ce que la maison funéraire demande à la famille d'identifier le corps. Mais il salue cette initiative.

«On s'asseoit au salon funéraire et on nous demande si le défunt a changé depuis les derniers temps. M. Bourgeois nous emmène voir le corps d'un monsieur. Ma nièce voit tout de suite que ce n'est pas son père. Je le vois et ce n'est pas lui. Ce n'est pas du tout un cas de ''séparés à la naissance''. Le technicien du salon funéraire avait un doute et Ronny Bourgeois avait un doute. Il a été d'un grand professionnalisme», témoigne M. Brouillette, en déclarant que cet épisode a causé un certain remous au sein de sa famille.

Selon Ronny Bourgeois, l'erreur s'explique fort probablement par le fait qu'une autre résidence funéraire de Trois-Rivières porte un nom semblable à celui de JD Garneau. C'est à cet endroit que se trouvait le corps de M. Bouchard. Les deux maisons funéraires ont rectifié le tout.

Trois identifications

Ronny Bourgeois explique qu'un corps est identifié à trois endroits par les centres hospitaliers. Un bracelet est fixé au poignet de la dépouille et une autre étiquette est posée sur un gros orteil. Une troisième fiche d'identité est placée sur l'enveloppe qui recouvre la dépouille.

«Quand on va à l'hôpital, on vérifie (l'identité) au gros orteil et sur le linceul, ajoute M. Bourgeois. Quand on arrive à nos installations, on déballe le linceul et on fait le processus de vérification. Dans ce cas, c'était le bon nom aux deux endroits vérifiés à l'hôpital, mais le bracelet du poignet ne concordait pas.»

Depuis 1997, le complexe funéraire JD Garneau demande systématiquement aux familles d'identifier le corps. Les techniciens de la maison funéraire arrangent au préalable le visage pour qu'il ait l'aspect le plus naturel possible afin de permettre à la famille de commencer son deuil avec une image plus paisible de ce qu'elle a pu voir à l'hôpital.

Ce processus de vérification visuelle de la dépouille, qui n'est pas une obligation pour les résidences funéraires, selon M. Bourgeois, permet aussi d'éviter des erreurs.

«C'est un événement malheureux, car la famille n'a pas besoin d'avoir ce stress. Les centres hospitaliers doivent prendre une leçon de ça pour ne pas que ça se reproduise. Si on avait été une maison funéraire sans processus de vérification, on aurait incinéré la mauvaise personne», constate M. Bourgeois, en signalant que cet événement est le premier à survenir à cette entreprise depuis sa fondation en 1919.

La directrice générale de la Corporation des thanatologues Annie Saint-Pierre confirme que les protocoles de vérification sont non seulement stricts mais efficaces.

«Nous en avons la preuve maintenant. Tous les membres de la Corporation doivent respecter un protocole d'identification lorsqu'ils prennent possession d'un corps. Ils ont l'obligation de demander aux familles d'identifier le corps. Si celles-ci refusent, l'identification devra se faire par une photo récente ou dans le pire des cas, par un aspect physique comme un tatouage ou la fiche dentaire», a-t-elle expliqué. 

Le même protocole de vérification s'applique pour la crémation. «Il n'y a aucun danger d'erreur», a ajouté Mme Saint-Pierre.

Les maisons funéraires sont tenues d'attendre un minimum de 12 heures après le décès avant de disposer du corps. Dans le cas présent, les maisons funéraires répondent aux plus hauts standards de la Corporation de sorte qu'elles doivent attendre 24 à 48 heures pour éviter tout geste précipité. 

Daniel Brouillette prend avec calme toute la situation qui est maintenant réglée. Il souligne qu'il ne veut jeter la pierre à personne dans ce dossier. Il invite toutefois le milieu hospitalier à faire preuve de plus de vigilance afin d'éviter la répétition de telles histoires.

«Jean-Guy était mort depuis 36 heures, on craignait que le corps ait été déjà incinéré. Les gens doivent savoir que c'est important d'identifier le corps. Par son honnêteté, Ronny Bourgeois a demandé de vérifier l'identité du corps. Il aurait pu ne rien dire et s'arranger pour retracer le corps de Jean-Guy. C'est une bizarre de semaine», déclare M. Brouillette, qui affirme que ce dernier aurait assurément bien ri de la situation.

Le CIUSS MCQ s'excuse

Conscient d'avoir fait une erreur, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) tient à offrir toutes ses excuses aux familles dont le corps a été transporté vers la mauvaise maison funéraire le 3 juin dernier.

Dans un communiqué émis en milieu d'après-midi lundi, le CIUSS soutient avoir contacté les familles endeuillées pour leur offrir tout le soutien dont elles pourraient avoir besoin.

«Il s'agit d'une situation d'exception qui est traitée avec la plus grande importance. D'après les premières analyses, le CIUSSS MCQ reconnaît qu'il s'agit malheureusement d'une erreur d'identification. Un rappel sur la procédure et sur l'importance de la double identification a d'ailleurs été déjà effectué auprès du personnel du secteur», peut-on lire dans le communiqué.

Le CIUSSS promet qu'une analyse plus approfondie sera effectuée permettant d'identifier les mesures correctives nécessaires à mettre en place afin d'éviter la récurrence d'un tel événement.

Enfin, il tient également à remercier les centres funéraires concernés pour leur vigilance et offre ses condoléances aux deux familles.

Avec la collaboration de Nancy Massicotte

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