Les loisirs pour contrer l'alcoolisme

Anne Larose est finissante au DESS à l'UQTR... (Marie Noël, Le Nouvelliste)

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Anne Larose est finissante au DESS à l'UQTR où elle vient de terminer une étude sur les besoins en loisirs des personnes rétablies de l'alcoolisme.

Marie Noël, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les loisirs peuvent avoir des effets dévastateurs sur les personnes présentant un problème d'alcoolisme.

Qu'il s'agisse de la bière qui circule dans les estrades durant les joutes de baseball, du 19e trou au golf ou des finales de hockey, tous les loisirs peuvent devenir des prétextes pour boire.

Une chercheuse de l'Université du Québec à Trois-Rivières, Anne Larose, a toutefois découvert que paradoxalement, les loisirs sont aussi des moments privilégiés et nécessaires pour faciliter le rétablissement de l'alcoolique, en autant que ceux-ci représentent plus que des façons de s'occuper.

«C'est un paradoxe», reconnaît Mme Larose, «mais on sait que le loisir est bon pour la santé. C'est bon pour le rétablissement social», dit-elle. Dans le cas des alcooliques rétablis de leur consommation, «ces derniers doivent réapprendre le plaisir sans alcool et c'est là que le loisir va prendre toute son importance», explique-t-elle.

Selon diverses recherches menées sur le sujet, chez l'alcoolique, tous les besoins sont comblés par l'alcool, «besoin de socialiser, de se divertir, de se désennuyer», dit-elle.

Malheureusement, «on ne peut pas remplacer l'alcool par le loisir», explique-t-elle. Toutefois, «on peut aider la personne à combler ces besoins-là avec différents loisirs pour qu'elle réapprenne le plaisir sans alcool», explique-t-elle.

L'alcoolique qui cesse de boire et retourne à une vie en société constatera vite, toutefois, que l'alcool sera omniprésent autour de lui. Au Québec, en effet, pas moins de 89 % des personnes de 15 ans et plus en consomment, signale Mme Larose.

Cette dernière estime que les gestionnaires en loisirs doivent prendre conscience qu'il existe de telles personnes dans la population. Elle conseille de penser à elles lorsque des événements sont organisés.

La chercheuse, qui présentera ses conclusions au congrès de l'ACFAS, mardi à Montréal, indique que les alcooliques rétablis qu'elle a rencontrés dans le cadre de sa recherche ne veulent surtout pas que les gens changent leurs habitudes à cause d'eux. Elle assure aussi que «ce n'est pas aussi dangereux qu'on pense de retourner des personnes dans un milieu où il y a de l'alcool. Cela peut-être délicat, toutefois, avec les personnes fraîchement rétablies», nuance-t-elle.

En pareille circonstance, plaide-t-elle, il faut «prévoir des coupes de vin pour tout le monde et des coupes où il y aurait autre chose», illustre-t-elle, ce qui permet à la personne de ne pas attirer l'attention sur elle.

«Les neurosciences nous apprennent que l'alcoolisme est une maladie», souligne Mme Larose. «L'Organisation mondiale de la santé nous informe que c'est une maladie du cerveau au même titre que le Parkinson ou la démence. Ça affecte le système neuronal de la récompense», explique-t-elle.

Si les loisirs peuvent représenter des occasions de rechute, l'activité physique, en revanche est un des moyens le plus efficaces contre la rechute», indique Mme Larose. «Le sport est en mesure d'amener la dopamine qui manque à la personne», explique-t-elle.

«Le système neuronal de la dépendance est un système dopaminergique», dit-elle.

La chercheuse signale que les loisirs culturels et le bénévolat pourraient avoir eux aussi des effets positifs sur la dopamine, à condition qu'ils fassent plus que de tenir une personne occupée. D'autres recherches à ce chapitre sont toutefois nécessaires pour le confirmer.

Il est clair que la société doit contribuer au rétablissement des personnes alcooliques. «C'est très rare que les gens arrivent à s'en sortir seuls», plaide-t-elle. «On peut contribuer en ne donnant pas la première place à l'alcool, mais en mettant de l'avant l'activité de loisir en tant que telle», résume la chercheuse. «Il ne faut pas protéger les gens de l'alcool, mais protéger les gens de la pression à en consommer», résume-t-elle.

Finissante au DESS (diplôme d'études supérieures spécialisées) à l'UQTR, Anne Larose est aussi bachelière en communications, option journalisme.

En 2010, elle a fait un certificat à la faculté de médecine de l'Université Laval en dépendances. «J'ai alors vu qu'il y avait une énorme différence entre ce qui était véhiculé dans les médias de masse sur l'alcool et l'alcoolisme et ce que j'apprenais sur les bancs d'école à la faculté de médecine. «J'ai souhaité redonner ce que j'avais appris sous forme de recherche», dit-elle.

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