Vallée du parc à un carrefour

Alain Beauparlant, directeur général de la station Vallée... (François Gervais)

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Alain Beauparlant, directeur général de la station Vallée du parc, reconnaît que les prochains mois seront cruciaux pour déterminer comment exploiter cette attraction touristique douze mois par année.

François Gervais

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) La station de ski Vallée du parc doit relever un défi pas piqué des vers: alors que des millions de dollars devront être investis plus tôt que tard pour diversifier son offre, Dame Nature a plombé ses revenus de 20 % depuis deux ans et les coûts fixes continuent d'augmenter. Le directeur général, Alain Beauparlant, doit résoudre la quadrature du cercle dans un court horizon.

«Les prochains 18 mois seront importants», confie-t-il. «Chose certaine, on n'a pas cinq ans devant nous.»

Lorsque l'homme d'affaires Claude Gauthier a sauvé la station en 2009, il a rapidement réalisé trois phases d'investissements qui ont totalisé 14 millions de dollars. Après la cure de Jouvence, il fallait passer au développement. Or, les changements attendus, notamment pour faire de Vallée du parc une destination touristique ouverte à l'année, se font attendre.

Le 18 février 2013 pourtant, M. Beauparlant avait présenté les grandes lignes d'un développement domiciliaire et récréotouristique dans ce secteur dans le cadre d'une assemblée publique de consultation pour modifier le plan d'urbanisme. Mais de grands pans de cet investissement estimé à dix millions de dollars ont été abandonnés.

«Le projet de chalets locatifs n'offrait pas de rentabilité à court terme», explique M. Beauparlant. «En tout cas, l'idée de joindre ce concept à un centre de ski, ce n'était pas une bonne formule. Ça n'amenait pas assez de volume.»

Le parc aquatique intérieur, une affaire d'une dizaine de million de dollars, n'est pas encore classé dans la filière 13. Mais dans le contexte économique actuel, le propriétaire a choisi ses combats.

«C'était pertinent en 2009, mais est-ce que ça l'est encore? Je ne le sais plus», se questionne M. Beauparlant.

Vers quoi?

Même si les spectaculaires investissements prévus tardent à se manifester, Vallée du parc a quand même injecté d'importants montants pour ses infrastructures et ses équipements au cours des dernières années. Par exemple, le nouveau garage a nécessité des débours d'un demi-million $ et la nouvelle dameuse, 335 000 $. 

Les investissements, dans ce milieu, se calculent rarement en petites coupures. Ainsi, un montant de 2,4 millions $ est également prévu pour une nouvelle remontée mécanique, une décision dont la pertinence n'est justifiée que par le maintien de la qualité de service.

M. Beauparlant précise que selon les indicateurs d'une étude réalisée en 2014 pour l'Association des stations de ski du Québec par Michel Archambault, professeur émérite à l'Université du Québec à Montréal, l'exploitation de Vallée du parc entraîne des retombées économiques de 8,6 millions $ pour environ 26 semaines d'activité. Ce montant varie évidemment selon le nombre de jours skiables, d'où l'importance de bénéficier de conditions favorables.

Si Dame Nature ne collabore pas, les canons à neige s'activent et les coûts d'exploitation montent en flèche. Mais en décembre, alors que les skieurs trépignent à l'idée de sauter sur leurs planches, Vallée du parc doit offrir de bonnes conditions le plus rapidement possible.

«Comme station, on doit être plus performant à basse température», reconnaît le directeur général. «Pour nous, c'est un enjeu important.»

Pour la saison hivernale, M. Beauparlant mise sur le développement de produits d'appel pour attirer les touristes et sur ce point, la luge alpine constitue une révélation depuis deux ans.

«Soixante-dix pour cent de nos clients viennent de l'extérieur de la Mauricie», précise le dirigeant. «Les gens se déplacent pour ce produit. L'an prochain, on regarde la possibilité d'avoir une piste de luge éclairée et développer des forfaits.»

En ce qui concerne les plans d'exploitation de la station à l'année, M. Beauparlant assure qu'il s'agit toujours d'une priorité.

«Si on reste une station conventionnelle, je ne peux pas dire dans quel état on sera dans dix ans», laisse-t-il tomber.

L'homme d'affaires estime que «80 % du chemin est tracé», mais il ne veut révéler aucun indice sur les plans en cours pour attirer les visiteurs pendant les trois autres saisons. Il lui faut du volume et une rentabilité rapide. Or, la lourdeur administrative nuit beaucoup à l'évolution du projet, tant à la Ville de Shawinigan qu'au gouvernement du Québec où il doit parler à plusieurs ministères, particulièrement celui du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Il s'agira toutefois d'un moindre mal si tous ces efforts permettent à Vallée du parc de se distinguer par son offre à l'année. Un peu comme Fred Pellerin a réussi à le faire avec Saint-Élie-de-Caxton, jalouse M. Beauparlant.

Pas de petites économies

La résolution pouvait surprendre. Lors de sa séance régulière de mars, le conseil municipal de Shawinigan a accordé une aide financière de 60 000 $ à la station de ski Vallée du parc, soit 30 000 $ en 2016 et 30 000 $ en 2017.

La Loi sur les compétences municipales permet à Shawinigan d'accorder un crédit de taxes de 100 000 $ par exercice financier à des entreprises privées de son territoire. Questionné sur les motifs de cette aide, le maire, Michel Angers, avait répliqué qu'il s'agissait d'une somme peu significative par rapport aux montants investis par l'homme d'affaires Claude Gauthier depuis 2009.

«Quand nous avons des entreprises privées avec des projets d'expansion, avec des investissements importants, donc une plus importante évaluation municipale, il arrive qu'on puisse faire des contributions», expliquait-il. «Beaucoup de millions de dollars ont été investis là-bas et il y en a d'autres à venir. On a un investisseur privé qui met énormément d'argent là-dedans. Il nous a fait une demande et nous l'avons acceptée. On sait très bien qu'on va récupérer cet argent rapidement.»

Le directeur général de Vallée du parc, Alain Beauparlant, se désole des insinuations selon lesquelles les propriétaires de stations de ski sont au-dessus de leurs affaires et peuvent se passer d'un soutien public. Dans le contexte économique actuel, toute aide est bien accueillie.

Il faut rappeler que depuis deux ans, Dame Nature s'amuse à écourter les saisons. De 110 000 jours - ski en 2013-2014, Vallée du parc est passée à 90 000 l'hiver dernier. Après une baisse de revenus de 8 % en 2014-2015, principalement en raison du temps froid, le recul atteint 12 % en 2015-2016, cette fois à cause des fortes variations météorologiques et d'un début de saison tardif.

«Les coûts fixes augmentent de façon substantielle», pointe aussi M. Beauparlant, identifiant notamment les tarifs d'électricité et les taxes municipales.

«Un crédit de 30 000 $ après un hiver comme celui que nous venons de vivre, je vais le prendre.»

Rappelons qu'en haute saison, Vallée du parc emploie environ 225 personnes.

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