Le Centre-du-Québec se mobilise contre l'importation de lait diafiltré

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Dans l'ordre habituel, on retrouve Jean-Luc Leclair, président de la Fédération de l'UPA Centre-du-Québec, Alain Rayes, député fédéral de Richmond-Arthabaska, Louis Plamondon, député fédéral de Bécancour-Nicolet-Saurel, Denis Morin, président des Producteurs de lait du Centre-du-Québec, René Moreau, premier vice-président d'Agropur, et Alain Hébert, président de la Fromagerie L'Ancêtre.

Sylvain Mayer Le Nouvelliste

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Bécancour) Avec des importations de lait diafiltré qui causent en moyenne des pertes de 10 000 à 15 000 dollars par producteur dans la région et un manque à gagner national de 200 millions de dollars, les intervenants du Centre-du-Québec unissent leur voix pour exiger du gouvernement fédéral de régler ce problème «rapidement et une fois pour toutes».

Une sortie qui survient après celle de la semaine dernière en Mauricie.

Voulant mettre de la pression sur les libéraux de Justin Trudeau, les producteurs de lait peuvent compter sur l'appui du député bloquiste de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, et du député conservateur de Richmond-Arthabaska, Alain Rayes.

À la frontière, le lait diafiltré est classé comme ingrédient laitier (concentré de protéines laitières de plus de 85 % sur une base sèche) et exempté de tarifs. Une fois au Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) le considère comme du lait et non comme ingrédient laitier dont l'ajout est plafonné dans les recettes de fromage.

«Si elle n'est pas colmatée, cette brèche menace clairement la pérennité de notre politique agricole canadienne pour le secteur laitier. Le problème est connu des autorités gouvernementales depuis au moins deux ans, mais n'est toujours pas réglé.

La solution est politique et le gouvernement libéral a montré, dans plusieurs dossiers, qu'il est capable d'agir rapidement», a déclaré, lundi, le président des Producteurs de lait du Centre-du-Québec, Denis Morin, dans les locaux de la Fromagerie L'Ancêtre, à Bécancour.

D'autant plus que le gouvernement a formellement reconnu l'existence du problème.

«Nous travaillons afin d'assurer que les règles sont claires pour tous. Le Canada reconnaît l'importance de mesures de contrôle efficaces des importations et gère ses importations conformément à ses obligations en matière de commerce international», indiquait en février le ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Lawrence MacAulay.

«Nous sommes conscients des préoccupations de l'industrie concernant l'utilisation du lait diafiltré dans la fabrication du fromage. Selon les normes compositionnelles du fromage, il n'a jamais été dans les intentions que le lait diafiltré soit utilisé au lieu du lait», avait-il affirmé. 

Selon les partenaires de la filière agroalimentaire, cette problématique de contournement des contrôles frontaliers par l'importation sans limites et sans tarifs de concentrés protéiques liquides a pris des proportions «très inquiétantes».

L'importation des produits laitiers au Canada est limitée par des tarifs douaniers, un contrôle jugé essentiel au bon fonctionnement de la gestion de l'offre. C'est le moyen par lequel les producteurs de lait établissent le meilleur équilibre possible entre l'offre et la demande de leurs produits et qui leur permet de tirer leur revenu entièrement du marché, sans subventions. 

Or, depuis la fin des années 90, des ingrédients laitiers entrent au pays sans tarifs en utilisant des failles du classement tarifaire pour contourner les limites d'importation.

Le cas actuel le plus grave est celui des isolats de protéines laitières (IPL) et du lait diafiltré, des concentrés de protéines laitières qui remplacent de plus en plus la protéine du lait frais canadien dans la fabrication de certains produits laitiers. 

«Ces produits sont choisis pour l'importation puisqu'ils permettent à la fois d'éviter les tarifs douaniers et par manque de cohérence entre l'Agence des services frontaliers du Canada et l'ACIA. Ils permettent aussi d'éviter la limite d'utilisation prévue par les normes de composition des fromages du Canada», déplore M. Morin.

Au Centre-du-Québec, on compte 835 fermes laitières qui font travailler directement et indirectement 5600 personnes, pour une valeur de production de 340 millions de dollars. On y retrouve également 13 usines, pour 4816 emplois directs et indirects, et une valeur de 612 millions de dollars.

«C'est bien ici qu'on ressent l'impact majeur de l'importation de lait diafiltré», a fait remarquer le président de l'UPA Centre-du-Québec, Jean-Luc Leclair, évoquant les problèmes de liquidités et de relève ainsi que la remise en question de projets qui en découlent.

Si pour le premier vice-président d'Agropur, René Moreau, c'est au gouvernement de clarifier le statut du lait diafiltré, le président de la Fromagerie L'Ancêtre, Alain Hébert, plaide pour des règles équitables au niveau de la concurrence.

«Ce n'est pas une question de partir en guerre avec les États-Unis. On veut faire entendre raison au gouvernement, mais le ministre n'a pas semblé négatif à 100 %», a commenté le député bloquiste Louis Plamondon pour qui «c'est une question de survie du système de gestion de l'offre». 

Finalement, le député conservateur Alain Rayes a rappelé aux producteurs laitiers que le milieu rural et agricole avait été ignoré dans le Discours du Trône du gouvernement libéral. 

«C'est un problème bureaucratique et ça prend de la volonté politique», a conclu celui qui parle d'un secteur économique névralgique.

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