Relance de La Pointe à Bernard: l'histoire d'une famille qui se serre les coudes

La grande corvée avant la réouverture de La...

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La grande corvée avant la réouverture de La Pointe à Bernard, prévue dans quelques jours. De gauche à droite: Claude Mayrand, Charles Belisle, Marie-Christine Noël, Danielle Clément et Philippe Bompeix.

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Ça sent la peinture fraîche à La Pointe à Bernard, cette vénérable adresse du petit milieu de la restauration au centre-ville de Shawinigan. Rassurez-vous: il ne s'agit pas d'un effluve d'une expérience osée du chef Philippe Bompeix, mais plutôt une des conséquences de la course contre la montre d'une famille tissée serrée qui a décidé de se retrousser les manches pour garder ce rendez-vous bien vivant.

Dans notre édition du 2 avril, on aurait cru qu'une autre tuile tombait sur la tête de Shawinigan. Un avis de faillite de la compagnie à numéro qui exploitait La Pointe à Bernard annonçait la cessation de ses biens. Un symbole fort dans un centre-ville qui compte sur l'été 2016 pour panser ses plaies à la suite de deux années de vaches maigres provoquées par les fameux travaux de réfection et d'embellissement.

Or, le restaurant survivra à la faillite de la compagnie à numéro, qui possédait très peu d'actifs. La propriétaire, Danielle Clément, louait un espace de l'immeuble appartenant à son conjoint, Claude Mayrand. Dans son bilan, elle déclare une dette de 92 551 $ à Revenu Québec, avec qui les relations se sont envenimées au cours des deux dernières années. Elle a aussi avancé personnellement 28 000 $ pour garder ses employés et prolonger la vie de son entreprise.

En fin d'après-midi le 23 mars, la femme d'affaires a réuni son personnel pour lui annoncer la faillite de sa compagnie à numéro.

«Un coup de poing en pleine face!», image Mme Noël. Elle et son conjoint ont toutefois décidé de profiter de l'occasion pour donner un nouveau souffle à La Pointe à Bernard. M. Mayrand a créé une compagnie d'exploitation et les activités du restaurant reprendront ainsi au cours des prochains jours.

Fidèle chef depuis 13 ans, M. Bompeix a décidé de suivre sa famille d'adoption, enfilant lui aussi un vieux tee-shirt et saisissant le marteau pour donner un nouvel éclat au restaurant. «C'est ma cuisine!», lance-t-il fièrement.

Après avoir digéré le choc, personne ne pouvait s'imaginer mettre bêtement un terme à cette aventure de 17 ans. Un changement d'appellation a été envisagé, mais l'enseigne est devenue trop significative pour être abandonnée.

Charles Belisle et Marie-Christine Noël représentent l'avenir du restaurant, où ils travaillent tous les deux depuis plusieurs années. S'ils n'avaient pas montré d'intérêt, le coin Tamarac et 4e Rue aurait vu apparaître une boutique quelconque au cours des prochains mois, jure M. Mayrand.

«On est optimistes», sourit M. Belisle. «Ça n'a pas été long que la nouvelle s'est propagée. Certaines personnes se réjouissaient de la faillite, mais nous avons eu beaucoup d'encouragement de nos clients.»

L'équipe promet quelques nouveautés, comme un menu pour enfants et le vin vendu au prix de la Société des alcools du Québec.

Temps durs

Les restaurateurs en ont bavé un coup en 2014 et 2015. Bien que nécessaires, les travaux au centre-ville n'offraient rien d'invitant aux gens qui osaient s'aventurer dans ce labyrinthe. M. Belisle avoue qu'il s'ennuie des belles années du Festival de théâtre de rue, du Festival d'été et du karting au centre-ville, des activités qui faisaient résonner les caisses enregistreuses.

«L'année 2014 n'a pas aidé», convient M. Mayrand. «On a mangé 65 000 $. Danielle voulait garder tout son personnel, n'envoyer personne au chômage. Ça a été très difficile. Cet été-là, on est passé d'une quarantaine de dîners par jour à trois ou quatre. Certains soirs, on fermait à 18 h 30 parce qu'on n'avait pas de clients.»

Ces derniers sont revenus progressivement en 2015, puisque les travaux étaient concentrés sur la 5e Rue. «C'était pas pire, mais on n'a pas été capables de récupérer», résume Mme Clément.

«Beaucoup de personnes se sont habituées à aller ailleurs», ajoute son conjoint. «Le temps que ça vire de bord, la situation n'était pas facile. Danielle a géré ça du mieux qu'elle le pouvait, mais ça lui a coûté cher. Elle aurait dû faire faillite bien avant.»

Un restaurant de moins aurait bien fait l'affaire des compétiteurs, déjà nombreux au centre-ville. L'arrivée du Pacini à l'Auberge Gouverneur attirera inévitablement l'attention des consommateurs, mais M. Mayrand se console à l'idée qu'il ne part pas de rien.

«La Pointe à Bernard, c'est une institution», souligne-t-il. «Nous avons été nommés coup de coeur quatre fois par le Guide des restos Voir. Nous avons une excellente réputation, mais la situation économique n'est pas facile. On parle beaucoup des travaux, mais il y a eu aussi la fermeture d'Alcan. Nous avions de très bons clients de l'usine.»

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