Enlevée, séquestrée... et facturée

Évelyne Thivierge n'en revient pas qu'on réclame à... (Sylvain Mayer)

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Évelyne Thivierge n'en revient pas qu'on réclame à sa mère des dommages qui ont été causés par son agresseur l'an dernier.

Sylvain Mayer

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(Trois-Rivières) Une dame de Trois-Rivières qui a vécu un véritable cauchemar l'an dernier, en étant menacée, séquestrée et enlevée par un individu qui voulait lui voler de l'argent, a reçu comme une claque en plein visage une missive d'Hydro-Québec qui la tient maintenant responsable des dommages qui ont été causés par son agresseur lorsque ce dernier s'est enfui après avoir volé le véhicule de sa victime.

La dame, qui vit encore très difficilement tous ces événements, n'a pas souhaité accorder d'entrevue. Par contre, sa fille, Évelyne Thivierge, a voulu prendre la parole pour questionner les façons de faire qui font qu'aujourd'hui, sa mère replonge dans ce cauchemar dont elle peine encore à se remettre.

Les événements sont survenus au printemps 2015. Le suspect, Éric Roch, s'était introduit par effraction chez la dame en pleine nuit, lui avait placé un couteau sous la gorge et l'avait forcée à prendre son véhicule, dans l'espoir de se rendre à un guichet automatique pour y retirer de l'argent. En chemin, il s'était arrêté à un dépanneur, forçant la dame à aller lui acheter des cigarettes. La dame avait été en mesure d'avertir le commis de prévenir la police et avait ensuite refusé de remonter à bord du véhicule. Éric Roch aurait alors volé le véhicule, laissant la dame à cet endroit, pour poursuivre sa route et terminer sa course sur le boulevard Thibeau.

Dans sa course folle, il aurait endommagé des équipements appartenant à Hydro-Québec. Ce sont ces dommages qui sont aujourd'hui réclamés par la société d'État à la propriétaire du véhicule. La lettre reçue cette semaine fait état que «sous toutes réserves», la dame est tenue responsable, et qu'une facture lui sera envoyée dans les prochaines semaines.

La fille de la victime questionne aujourd'hui les procédures administratives qui ont fait que cette lettre ait été acheminée à sa mère. «Il y a un trou quelque part. Est-ce qu'ils sont au courant à qui ils s'adressent? Est-ce qu'ils font des recherches avant de contacter le propriétaire du véhicule impliqué? Le dossier est fiché à la police, au palais de justice, ça a été très médiatisé, et malgré tout, on reçoit une lettre comme ça, qui fait replonger ma mère dans son traumatisme. Elle commençait à peine à remonter la pente, et ça fait juste la faire retomber encore», constate Évelyne Thivierge.

Il faut dire que depuis un an, la victime a dû multiplier les démarches administratives pour régler ce dossier, tant auprès des assurances que de l'IVAC, et avait même reçu, à l'été, un constat d'infraction de la cour municipale de Trois-Rivières, pour avoir conduit sans permis. L'infraction avait pourtant été commise par le suspect. L'enquêteur au dossier est cependant intervenu pour régler ce malentendu et le constat a été annulé.

Évelyne Thivierge, pour sa part, entend multiplier les démarches pour que ce qui vient d'arriver à sa mère ne se produise plus jamais, pour aucune autre victime. «Je n'arrêterai pas. Je veux qu'on mette en place des processus qui font que la communication entre les différents organismes soit meilleure. Je ne veux pas que quelqu'un d'autre subisse quelque chose comme ça. C'est honteux», conclut-elle.

Éric Roch, pour sa part, a été arrêté et a comparu quelques jours après les événements pour de très nombreux chefs d'accusation d'agression armée, séquestration, menaces, voies de fait avec lésions, introduction par effraction et vols dans des résidences, des commerces et même à la Cour municipale de Trois-Rivières. Il est présentement détenu et doit revenir en cour le 5 avril pour la suite des procédures.

Hydro-Québec s'excuse

Mise au courant de la situation jeudi après-midi, Hydro-Québec a analysé le dossier à la demande du Nouvelliste. En soirée, la société d'État a confirmé qu'à la lumière des circonstances, la victime ne serait pas facturée. «Nous n'étions pas au courant de sa mésaventure avant d'envoyer la lettre l'informant de la situation. Nous sommes de tout coeur avec la dame et elle n'a pas à s'inquiéter, aucune facture ne lui sera envoyée», a confirmé Nathalie Vachon, conseillère en stratégie médias pour Hydro-Québec.

Cette dernière explique que lorsque des bris surviennent lors d'accidents automobiles, Hydro-Québec demande toujours le rapport d'accident à la ville concernée ou à la SAAQ. «Dans ce cas-ci, le rapport demandé à la Ville de Trois-Rivières en juin 2015 et reçu le 18 mars 2016 ne faisait aucunement mention d'un vol de véhicule ni d'une prise d'otage. Nous allons donc poursuivre notre enquête auprès du service de police», ajoute Mme Vachon.

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