Aspirants policiers: des interventions plus réalistes

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Les résultats d'une étude commandée par le ministère de la Sécurité publique sur le travail des policiers lors d'interventions ayant mené à des enquêtes indépendantes ont été rendus publics, hier, à l'École nationale de police du Québec à Nicolet.

François Gervais

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(Nicolet) Une étude commandée par le ministère de la Sécurité publique sur le travail des policiers lors d'interventions ayant mené à des enquêtes indépendantes pourrait relancer le débat sur l'utilisation plus élargie du pistolet à impulsion électrique dans les corps policiers. Cette étude, dont les résultats ont été rendus publics hier à Nicolet, a déjà permis d'adapter et d'améliorer plusieurs facettes de la formation donnée aux aspirants policiers à l'École nationale de police du Québec.

L'étude, menée par l'experte Annie Gendron, a répertorié 143 événements survenus entre 2006 et 2010 et qui ont mené à la tenue d'une enquête indépendante sur le travail des policiers impliqués. Ces enquêtes indépendantes surviennent généralement après qu'il y ait eu décès ou blessures, collisions routières, tentatives de fuite, suicide ou tentative de suicide en présence policière.

Dans la très grande majorité des cas, la chercheuse en vient à la conclusion que ces interventions se déroulent auprès d'individus résistants, affectés par des problèmes de santé mentale ou intoxiqués, suicidaires ou encore armés et agressifs, et que les policiers sont appelés à s'adapter très rapidement à une situation complexe et parfois explosive.

Une donnée a d'ailleurs retenu l'attention des spécialistes de l'École nationale de police, soit celle du taux d'atteinte des tirs policiers lors de ces interventions. Sur 215 tirs effectués, 46 % avaient atteint l'individu impliqué. Une statistique qui peut paraître faible, mais qui ne l'est pas, fait remarquer Bruno Poulin, expert conseil en emploi de la force à l'ÉNPQ. «À l'école, les policiers doivent obtenir une note de 48 sur 50 pour réussir le cours. Mais ce sont des cibles immobiles, dans un contexte de formation. Dans la réalité, les policiers bougent, les individus aussi, et le facteur de stress entre en ligne de compte», fait-il remarquer, ajoutant que le taux d'atteinte aux États-Unis est de 15 % à 30 %.

Par ailleurs, la distance moyenne d'un tir policier est de 4,3 mètres, dont plus du 2/3 qui étaient effectués avec une arme de poing l'étaient à moins de 3 mètres. Selon Bruno Poulin, il pourrait s'agir là d'un argument en faveur d'une utilisation plus large du pistolet à impulsion électrique, le «taser gun». «Dans certaines circonstances, effectivement c'est une arme qui pourrait permettre d'agir efficacement et qu'il y ait moins de décès», constate-t-il.

Toutefois, l'utilisation de cet instrument ne fait toujours pas partie de la formation initiale des aspirants policiers, étant donné le nombre très restreint de corps policiers qui en font usage. Seule une formation en perfectionnement, donnée à quelques policiers en charge de l'utilisation de cette arme au Québec, est disponible.

Par ailleurs, l'étude démontre que 95 % des sujets impliqués dans les événements étaient des hommes, que 63 % étaient judiciarisés et que près de 80 % d'entre eux présentaient un trouble de santé mentale, un état d'intoxication ou encore les deux. On compte 47 événements qui impliquaient une tentative de suicide par policier interposé, soit que l'individu impliqué provoquait délibérément une réponse policière dans le but d'être blessé mortellement. Dans 25 % des cas, l'intervention s'est soldée par une blessure mortelle. Lors de ces interventions pour le moins imprévisibles, la chercheuse a découvert que les appels indiquaient à 45 % la présence d'une arme, alors qu'en réalité, c'était plutôt 88 % des personnes qui étaient réellement armées, ce qui modifie grandement l'intervention policière lors de l'arrivée des policiers sur les lieux.

Les méthodes de formation de l'ÉNPQ ont été enrichies à la suite de cette étude. Différents séminaires et mises en situation sur la gestion du stress ainsi que l'intervention auprès de personnes en crise, armées ou non, suicidaires ou non, avec un état de conscience altéré ou alors intoxiquées sont désormais proposés aux aspirants policiers. Plusieurs activités ont aussi été modifiées pour augmenter l'intensité et le réalisme des interventions.

Le perfectionnement professionnel a aussi été enrichi pour les policiers, notamment en techniques de désescalade, en plus de l'intégration du tir réactif tant dans la formation initiale que dans le perfectionnement.

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