Une famille éprouvée en quête de paix

Alia et Mohamed Badawa et leur plus jeune... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Alia et Mohamed Badawa et leur plus jeune enfant Mohamed Arabe, 3 ans.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Le problème ne vient pas du peuple. Le peuple peut s'entraider, accepter l'autre et aimer l'autre. Le problème, ce sont les gouvernements qui sont pourris», analyse Mohamed Badawa qui n'a eu d'autre choix, il y a trois ans, que de fuir la Syrie avec sa femme Alia et leurs sept enfants pour survivre.

La famille était en quête de paix, d'un pays «où la ségrégation n'existe pas», raconte Mohamed. Ce pays, ce fut finalement le Canada.

Lorsque la famille a été accueillie par les militaires canadiens en Jordanie, juste avant son départ pour le Québec, Mohamed a été surpris par leur gentillesse et leur empathie. «Les soldats de mon pays n'agissent pas comme ça», fait-il valoir. «Et les militaires russes sont venus chez nous, en Syrie, pour nous tuer», raconte-t-il.

Le jour où la famille Badawa a décidé de quitter définitivement la Syrie, personne n'avait son passeport pour se rendre en Jordanie, sauf Mohamed, qui a dû traverser seul la frontière par les voies normales. Sa femme, Alia et leurs sept enfants, eux, ont dû la franchir clandestinement par un autre chemin. La courte distance qui séparait leur village frontalier de la Jordanie était hautement risquée.

Heureusement, Alia et ses enfants étaient encadrés et protégés par des membres de l'armée libre.

Malgré cela, «je sentais la mort à chaque seconde», confie-t-elle. Son plus jeune n'avait pas un an. «À ce moment-là, je pensais à mes enfants plus qu'à moi. Je me disais à chaque moment qu'on risquait de mourir.»

Son fils Mohamed Nour, alors âgé de 13 ans, se souviendra toujours de ces personnes armées qui les accompagnaient. «Chaque fois que j'entendais la manoeuvre des armes, j'étais certain qu'un affrontement allait commencer», raconte le garçon.

Malgré les dangers qui les guettaient, ils n'avaient pas le choix de prendre le risque de franchir la distance qui les séparait de la frontière jordanienne.

Alia Badawa venait en effet de pleurer ses deux frères à la suite de leur arrestation par le régime.

«L'armée est arrivée dans le village et a commencé à brûler des maisons, une soixantaine au total. Les gens, parmi eux les frères d'Alia, avaient essayé d'éteindre les feux. Ils ont alors été emmenés par les soldats. Le village était encerclé par les soldats du régime. Personne ne pouvait en sortir», raconte Mohamed Badawa.

«Un des deux frères, qui était cardiaque, a été longuement torturé et s'est évanoui. Pensant qu'il était mort, les soldats l'ont jeté en dehors de la ville et abandonné. C'est un homme du village voisin qui l'a trouvé. Il n'était pas encore décédé. Le villageois l'a alors secouru, risquant ainsi de se faire tuer à son tour», poursuit Mohamed.

Malheureusement, le frère d'Alia n'a pas survécu longtemps à la suite de ces mauvais traitements. La famille a dû profiter du couvert de la nuit pour l'enterrer. «Il fallait faire vite pendant que les soldats n'étaient plus là», raconte Mohamed.

Peu après, la dépouille du deuxième frère d'Alia est elle aussi découverte au milieu de nulle part, à moitié recouverte de branches d'arbres, dans un état si lamentable qu'il était devenu difficile d'identifier le défunt. Ces deux hommes étaient très aimés des gens comme en ont témoigné les 3000 personnes qui ont assisté aux funérailles par la suite.

Malgré toutes ces horreurs, Mohamed Badawa ne voulait toujours pas quitter sa Syrie natale, en dépit des pressions de son épouse. Il se disait qu'il y mourrait si tel devait être son destin.

D'autres événements, comme l'explosion d'un obus à 10 mètres de sa maison, finiront toutefois par le convaincre de fuir au plus vite. Mais c'est le jour où un homme de l'armée libre a tiré à bout portant un soldat du régime en plein village afin de régler ses comptes avec lui que Mohamed a décidé qu'il quitterait définitivement la Syrie.

Trois de ses enfants, Abdullah, l'aîné, Mohamed Nour et le petit Moussa, alors âgé de 5 ans, ont été témoins de cette scène d'une violence inouïe. Moussa n'en dormira pas pendant deux nuits.

Mohamed Badawa a beaucoup insisté, en entrevue, pour remercier tous ceux qui ont contribué à la survie de sa famille, incluant le roi de Jordanie et surtout les membres du SANA de Trois-Rivières et bénévoles qui les aident aujourd'hui à rebâtir une nouvelle vie à Trois-Rivières.

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