De la Syrie à Trois-Rivières: nouveau départ pour les Badawa

À l'avant, Shaymaa, 11 ans, Moussa, 9 ans, Abdullah, 17... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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À l'avant, Shaymaa, 11 ans, Moussa, 9 ans, Abdullah, 17 ans, Sham, 7 ans, Shahd, 13 ans, Mohamed Nour, 16 ans, Mohamed Arabe, 3 ans. À l'arrière, Mohamed Badawa et Alia Badawa.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Mohamed Badawa est né en Syrie. Il y a élevé sa famille de sept enfants. Il avait toujours refusé de quitter son pays, malgré les horreurs de la guerre civile, même après qu'un obus eut tombé à l'endroit même où il était en train de discuter avec quelques-uns de ses proches deux petites minutes auparavant.

Employeur, agriculteur de profession, très doué pour la construction, en particulier pour l'installation de céramique et de marbre, Mohamed n'a finalement eu d'autre choix que de fuir vers la Jordanie avec les siens, il y a trois ans. C'était devenu une question de vie ou de mort.

Les Badawa sont arrivés au Québec, le 27 février, en tant que réfugiés et occupent, depuis, le rez-de-chaussée d'une maison à logements de Trois-Rivières.

L'endroit est humble, mais la famille s'y sent en sécurité et Mohamed se promet bien qu'un jour, il construira ici une maison pour les siens. Il a déjà bâti trois maisons de ses propres mains en Syrie et en Jordanie.

Mohamed Badawa est ce qu'on pourrait appeler, au Québec, un «gros travaillant». Alors que la famille se préparait à quitter la Jordanie pour s'envoler vers le Canada, le samedi 27 février, il a pris la peine de terminer un travail d'installation de carreaux, le jeudi 25. C'est tout dire.

Toute la famille amorcera la période de francisation obligatoire, le 4 avril et les enfants, comme les parents, ont très hâte.

Mohamed est en congé forcé jusqu'à ce que la période de francisation soit terminée. «J'ai hâte de travailler», raconte celui qui a une formation équivalente à un cours collégial. «Je veux être mon propre employeur ou travailler pour quelqu'un. Je n'ai jamais été aussi longtemps à ne rien faire de ma vie», explique-t-il au Nouvelliste grâce à Boumediane Zouaoui, un interprète patient et dévoué fourni par le SANA pour les besoins de l'entrevue.

C'est grâce aux talents manuels de Mohamed que la famille Badawa a pu rester en vie jusqu'à présent. En Jordanie, les réfugiés n'ont en effet pas le droit de travailler. Le gouvernement leur donne l'équivalent de 48 $ par personne par mois pour vivre. Le montant est remis sous forme de bons d'achats avec lesquels ils n'ont le droit d'acheter que de la nourriture, donc aucun produit d'hygiène ou de nettoyage. Or, le coût de la vie, en Jordanie, est équivalent à celui du Québec, raconte-t-il. Personne ne peut survivre là-bas avec si peu.

Mohamed explique qu'il a donc trouvé du travail au noir dans sa spécialité. C'est grâce à cela que la famille a survécu en Jordanie pendant trois ans. Tous les réfugiés syriens n'ont pas cette chance toutefois. Certains ont vu leurs prestations baisser à seulement 10 $ par mois et parfois toute aide était refusée. Certains réfugiés sont finalement morts de faim dans les camps, dit-il.

En travaillant au noir grâce à la maîtrise de son métier, Mohamed arrivait toutefois à récolter l'équivalent de 2000 $ canadiens par mois. «J'ai été le plus chanceux», reconnaît-il.

Ses oncles, qui vivaient en Jordanie, lui ont aussi prêté une parcelle de terre sur laquelle il a construit une maison pour sa famille, sans compter que ses enfants ont pu tous aller à l'école pendant ce temps, et même en garderie privée.

Mohamed, 43 ans, Alia son épouse, 38 ans et leurs sept enfants âgés aujourd'hui de 17 à 3 ans ont souvent le mot «chance» dans la bouche, encore plus depuis qu'ils sont arrivés à Trois-Rivières puisqu'ils vivent près d'une mosquée, près d'une boucherie halal et près du Cégep où leur fils aîné, Abdullah, 17 ans, espère étudier bientôt dans le but de devenir un jour ingénieur en agronomie. Mohamed Nour, 16 ans, le suivra car il veut devenir médecin ou enseignant. Ce sera ensuite au tour de Shahd qui n'a que 13 ans, mais qui rêve déjà de devenir pédiatre.

La famille Badawa provient d'un milieu rural. Alia et Mohamed se disent enchantés par leur nouvelle ville d'adoption, Trois-Rivières, qui compte tous les services mais n'a pas l'apparence d'une grosse ville où il n'y a que du béton et des édifices en hauteur, constatent-ils avec joie.

Pour Alia, cette arrivée à Trois-Rivières est une véritable renaissance. Il y a trois ans à peine, elle était certaine que sa vie et celles de ses enfants allaient se terminer.

C'était le jour où elle a dû passer clandestinement, seule avec eux, la frontière syrienne vers la Jordanie, certaine que l'armée du régime les intercepterait et mettrait fin à leurs jours.

Où en est-on avec l'accueil des Syriens?

Le Service d'accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières, seul responsable de l'accueil des Syriens pour la Mauricie, indique que jusqu'à présent, le nombre de réfugiés syriens prévu pour Trois-Rivières est toujours de 70. Jusqu'à présent, 58 d'entre eux sont arrivés. Douze de plus sont attendus dans les prochaines semaines.

De ce nombre, environ 60 % sont des enfants de moins de 18 ans.

Le directeur du SANA, Ivan Suaza, indique que d'autres familles syriennes pourraient éventuellement être dirigées vers Trois-Rivières.

Tous les réfugiés doivent obligatoirement passer par la francisation, même ceux et celles qui souhaiteraient travailler le plus vite possible.

Ivan Suaza explique que cette mesure permet d'assurer une autonomie linguistique aux nouveaux arrivants et facilitera le succès de leur nouveau projet de vie.

Le Canada voulait, au départ, accueillir 25 000 réfugiés Syriens.

En date du 24 mars, 26 202 étaient arrivés au Canada, 5330 au Québec (en date du 21 mars) dont 3262 à Montréal (donnée du 1er mars).

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