Claire Kirkland-Casgrain s'éteint

Élue députée en 1961, Claire Kirkland-Casgrain a aussi... (Archives La Presse, Paul-Henri Talbot)

Agrandir

Élue députée en 1961, Claire Kirkland-Casgrain a aussi dirigé plusieurs ministères, dont les Transports et des Communications, le Tourisme, et les Affaires culturelles.

Archives La Presse, Paul-Henri Talbot

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Presse Canadienne
Québec

Une figure marquante de l'histoire politique du Québec et une pionnière de la cause des femmes, Claire Kirkland-Casgrain, est décédée à l'âge de 91 ans. La première femme députée du Québec aura droit à des funérailles nationales, une première pour une femme.

S'il y a un qualificatif qui convient bien à Claire Kirkland-Casgrain, c'est bien celui de pionnière. Première femme élue députée à l'Assemblée nationale (à l'époque l'Assemblée législative), première femme nommée ministre, première femme juge à la Cour du Québec, elle aura ouvert bien des portes aux femmes et fait en sorte que leurs droits soient mieux reconnus.

Élue députée en 1961, puis nommée ministre l'année suivante, elle aura été une des artisanes de la Révolution tranquille. Grâce à elle, le grand vent de changement qui secoue alors le Québec dans différentes sphères d'activités s'applique aussi à la famille et à la vie privée, alors que s'amorce une profonde remise en question du rôle des femmes dans la société.

Née en 1924, elle obtient sa licence en droit de l'Université McGill et exerce la profession d'avocate à Montréal, à compter de 1952. Fille de député, elle a la politique dans le sang et milite très tôt au Parti libéral du Québec, où elle s'illustre à différentes fonctions, notamment à la présidence de la Fédération des femmes libérales du Québec.

En 1961, son père, le député libéral de Jacques-Cartier depuis 20 ans, Charles-Aimé Kirkland, meurt subitement. Ce drame personnel devient une occasion inespérée de se faire valoir: même si jamais une femme n'a réussi à devenir députée à Québec, elle offre ses services pour terminer le mandat que son père avait reçu de la population. Le 14 décembre 1961, âgée de 37 ans, elle est élue avec une forte majorité et entame une carrière politique peu banale. Elle sera réélue en 1962 dans Jacques-Cartier, puis dans Marguerite-Bourgeoys en 1966 et en 1970.

Un an après son entrée en politique, elle fait encore une fois écarquiller bien des yeux en étant appelée à occuper la fonction de ministre sans portefeuille dans le cabinet de Jean Lesage. Par la suite, dans le cabinet Lesage, puis dans celui de Robert Bourassa, elle dirigera différents ministères: Transports et Communications, Tourisme, Chasse et Pêche, Affaires culturelles.

Mais on retiendra surtout de son passage en politique l'avancée spectaculaire qu'elle permet de faire aux femmes, même si - comme bien des femmes de sa génération - elle refusera toujours d'être étiquetée de «féministe».

En 1964, au Québec, une femme mariée ne peut toujours pas faire des choses aussi banales qu'ouvrir un compte à la banque ou signer un bail, sans avoir obtenu l'autorisation écrite de son mari. Mme Kirkland-Casgrain met un terme à cette injustice en faisant adopter la Loi 16, qui élimine l'incapacité juridique de la femme mariée et place les époux sur un pied d'égalité.

De tout ce qu'elle a accompli dans sa carrière, «c'est ce dont je suis le plus fière», a déjà dit Mme Kirkland-Casgrain, lors d'une entrevue à la Gazette des femmes, en 1997. Il faut dire que quelques années avant l'adoption de la Loi 16, la députée fraîchement élue avait elle-même vécu une situation humiliante, quand elle était débarquée à Québec pour louer un appartement et que le propriétaire avait exigé la signature de son mari.

On lui doit aussi, notamment, la modernisation des régimes matrimoniaux et la création du Conseil du statut de la femme, en 1973.

Des réactions dans la région

La ministre du Tourisme et ministre responsable de la région de la Mauricie, Julie Boulet, a affirmé que le Québec vient de perdre une pionnière de la politique. «Elle était une femme inspirante et admirable. Elle a marqué l'histoire des femmes», a souligné la députée de Laviolette. «Elle a de plus occupé des postes importants et stratégiques au conseil des ministres. Je suis inspirée par le courage de cette femme.»

L'ancienne députée de Trois-Rivières, Danielle St-Amand, estime que toutes les femmes sont redevables de Claire Kirkland-Casgrain. «C'est grâce à elle qu'on peut maintenant signer un chèque ou un bail sans la signature de notre mari», a-t-elle noté. «Elle a défoncé le plafond de verre à plusieurs reprises. On ne peut que saluer tout le travail que cette grande femme a fait.» 

Noëlla Champagne partage cette vision. «Elle a tracé la voie», a affirmé d'emblée l'ancienne députée de Champlain. «Elle a pris sa place et elle a débroussaillé le chemin pour toutes les femmes.»

Une vie après la politique

En 1970, lasse des exigences de la vie publique, Claire Kirkland-Casgrain avait choisi de ne pas se porter candidate au scrutin de cette année-là, mais le nouveau chef du parti, Robert Bourassa, l'avait convaincue de rester. Mais le sursis ne durera que trois ans car en 1973, à 49 ans, elle tire un trait sur sa carrière politique, qui aura été «un accident de parcours» dans sa vie, déclara-t-elle un jour.

Peu après son départ de la vie publique, elle devient juge à la Cour provinciale et présidente de la Commission du salaire minimum. Elle avait pris sa retraite en 1991, à l'âge de 67 ans.

Claire Kirkland avait épousé l'avocat Philippe Casgrain en 1954. Le couple a eu trois enfants et a divorcé quelques années plus tard. En 1990, elle avait épousé l'avocat Wildham Alfred Strover, un ancien compagnon de classe. 

Avec la collaboration de Gabriel Delisle

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer