De la grande Nathalie... à Normandeau

Nathalie Normandeau... (PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL)

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Nathalie Normandeau

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Pourtant, elle avait plutôt bien paru lors de son passage à la commission Charbonneau, avec la solide assurance qu'on lui connaît.

Mieux que Julie Boulet, que l'interrogatoire serré de Me Sonia Lebel, fortement appuyée par la présidente Charbonneau et ses mimiques accusatrices, avait fait assez mal paraître. Suffisamment dans son cas pour que le doute sur son ignorance quant à la nécessité de devoir, en tant que ministre des Transports, engranger 100 000 $ par année dans les coffres du Parti libéral, ne soit pas vraiment levé.

Nathalie Normandeau avait bien admis pour sa part avoir en quelques occasions usé, comme Julie Boulet, de son pouvoir discrétionnaire pour forcer la main à des fonctionnaires récalcitrants dans des dossiers touchant sa région. Mais loin de la discréditer, les aveux de l'ex-vice-première ministre l'avaient renforcée dans son image de femme forte, dédiée aux intérêts de sa communauté.

Qu'on le veuille ou non, c'est ce qu'on attend de nos élus, surtout lorsqu'ils sont ministres et responsables de leur région. On veut d'eux qu'ils infléchissent l'appareil bureaucratique lorsqu'il apparaît insensible ou déconnecté des réalités locales. On applaudit lorsqu'ils tordent au besoin des programmes mal adaptés aux besoins.

Nathalie Normandeau était sortie de la commission Charbonneau la tête haute. Elle doit l'avoir entre les jambes aujourd'hui, car son arrestation jeudi matin et sa mise en accusation prochaine pour sa participation à des «stratagèmes criminels de financement politique» ont secoué le Québec et terrassé l'actuel gouvernement libéral, principal mis en cause dans ce dossier criminel. Deux des sept conspirateurs qui devront affronter la justice sont associés au Parti québécois, dont l'un est l'ancien directeur du bureau de comté de l'ex-première ministre Pauline Marois.

On croyait bien qu'après l'absence de blâmes dans le rapport final de la commission Charbonneau et la dissidence du commissaire Renaud Lachance dans la portion des liens, non établis selon lui, entre les dons aux partis politiques venant de firmes professionnelles ou d'entrepreneurs et les contrats qu'ils obtenaient par la suite du gouvernement, le livre de la suspicion était forcément fermé du côté de la classe politique gouvernementale. Même si le travail de l'Unité permanente anticorruption se poursuivait, on n'avait guère plus d'attentes du côté de l'ex-vice-première ministre, que certains avaient même vue à un certain moment comme une future chef du Parti libéral et éventuellement, première ministre du Québec.

Les quelques maires traduits depuis en cour de justice, dont le Lavallois Vaillancourt, sont toujours apparus comme bien peu, du menu fretin politique aux yeux d'une opinion publique désillusionnée après qu'on eut fait grimper si haut son indignation avec les révélations entendues à la commission Charbonneau.

Le peuple réclamait des têtes, plus de têtes, et surtout, des grosses têtes à guillotiner, libérales surtout, puisque ce parti occupe le pouvoir comme par droit divin. Avec Nathalie Normandeau, et toute l'aura qui a accompagné son passage en politique, on peut dire que le peuple a cette fois été gâté.

Mais attention! L'UPAC était quand même condamnée à une obligation de résultats, à plus de résultats et en particulier son commissaire, Robert Lafrenière, dont le renouvellement de mandat était loin d'être acquis. Il lui fallait frapper fort... et vite.

Il faut donc espérer que les preuves réunies contre les accusés, mais surtout contre l'ex-ministre, soient bien étayées, qu'elles tiennent la route, et non «accusons et on verra bien ce que le tribunal en jugera».

Beaucoup de gens ont applaudi aux arrestations de jeudi matin, mais il faut demeurer prudent dans ce dossier. Ce n'est pas parce que des accusations sont portées contre quelqu'un d'important que la faute reprochée est bien réelle ou la preuve assez étoffée pour entraîner une condamnation. Le tribunal populaire est toujours prompt à sanctionner. Il ne s'embarrasse pas des détails, l'intime conviction lui étant, plus souvent qu'autrement, suffisante. Les tribunaux, dans les intérêts supérieurs de la justice, doivent rendre justice en fonction de la preuve qui leur est soumise et pas seulement de l'espoir populaire.

Les arrestations de jeudi matin et les mises en accusation qui vont suivre ont au moins envoyé un signal fort que personne n'est au-dessus des lois.

Il faudra maintenant voir, puisque d'autres enquêtes sont en cours, si l'UPAC va épingler d'autres têtes couronnées.

Ceux qui aimeraient que la ministre Julie Boulet tombe à son tour à l'instar de son ancienne collègue, puisqu'elle avait aussi été assignée à venir expliquer certains de ses agissements devant la commission Charbonneau, risquent d'être déçus. Ne pas savoir, ou ne pas vouloir admettre qu'elle n'était pas au courant de son devoir de récolter 100 000 $ par année en dons politiques, n'est pas un crime en soi. C'est surtout là-dessus qu'on avait le plus insisté, plus que sur ses coups de gueule et de talon pour obtenir plus de pavage en Mauricie.

Par contre, il sera intéressant de suivre le dossier judiciaire de la firme Pluritec qui doit répondre de quinze chefs d'accusation, en principe pour fraudes fiscales.

C'est le croisement des renseignements obtenus dans deux enquêtes policières parallèles qui a permis à l'UPAC d'épingler Nathalie Normandeau. Or, non seulement le nom de la firme avait été évoqué à la commission Charbonneau, mais la Direction générale des élections avait aussi zieuté ses liens politiques.

Si c'est le cas, il ne faudrait pas attendre le jour du dépôt du prochain budget pour déposer les plaintes.

À suivre, peut-être...

Coup de coeur

Il irait à Denis Coderre, s'il accepte bien sûr que l'opulente Montréal acquitte la cotisation de l'indigente Trois-Rivières à l'Union des municipalités du Québec, comme le lui suggère Yves Lévesque.

Coup de griffe

Si je comprends bien le budget Leitão, c'est la rigueur pour le gouvernement, l'austérité prolongée pour la classe moyenne, la pauvreté accélérée pour les organismes communautaires.

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