Le monde politique ébranlé

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Nathalie Normandeau, ex-ministre libérale, à la Commission Charbonneau le 18 juin 2014.

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(Québec) L'UPAC a frappé au coeur de la démocratie québécoise, jeudi, en épinglant l'ex-vice-première ministre libérale, Nathalie Normandeau, en lien avec des «stratagèmes criminels» de financement politique.

L'arrestation au petit matin de l'ex-politicienne et animatrice vedette du FM93 à son domicile a eu l'effet d'une bombe dans l'univers politico-médiatique québécois. La station de Cogeco a tôt fait de suspendre sans solde la coanimatrice de la populaire émission du midi Normandeau-Duhaime «en accord avec les normes et pratiques de l'entreprise».

Mme Normandeau a été raflée avec six autres personnes, y compris son ancien chef de cabinet Bruno Lortie et l'ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté. Les policiers de l'UPAC ont aussi cueilli un ex-attaché politique péquiste, François Roussy, un ex-employé du bureau de circonscription de Pauline Marois, Ernest Murray, et deux grosses gommes de la firme de génie Roche, Mario Martel et France Michaud.    

Au terme des enquêtes Joug et Lierre, l'UPAC a constaté des stratagèmes «systémiques» permettant aux élus d'obtenir des cadeaux ou du financement politique et aux gens d'affaires des contrats ou des subventions. L'ex-vice-première ministre Normandeau est sous le coup de chefs d'accusation tels que complot, corruption de fonctionnaires, fraudes envers le gouvernement et abus de confiance.

«Ces infractions sont graves», a noté le commissaire à l'UPAC, Robert Lafrenière. «Non seulement elles sont en violation de la loi, mais elles mettent en péril les principes même de la démocratie et de la bonne gestion des biens communs.»

Les faits reprochés aux accusés se sont déroulés entre 2000 et 2012. 

Le cas de Mme Normandeau a été abordé par la commission d'enquête sur l'industrie de la construction. La défense présentée dans son témoignage n'a pas été crue par les commissaires France Charbonneau et Renaud Lachance. Contrairement à ses prétentions, «elle ne pouvait ignorer» qu'en utilisant son pouvoir discrétionnaire pour privilégier certains projets, elle favorisait la firme Roche impliquée dans son propre financement politique, peut-on lire dans le rapport. 

Le dossier de l'usine d'épuration des eaux à Boisbriand a aussi retenu l'attention des policiers au fil du temps. L'ex-ministre des Affaires municipales avait accordé en 2007 une subvention de 11 millions $, malgré de nombreux avis défavorables de ses fonctionnaires. 

Sur les ondes du FM93, l'avocat de Mme Normandeau, Me Maxime Roy, s'est dit «surpris et étonné» par les accusations. Sa cliente n'a «absolument rien à se reprocher sur le plan criminel», a-t-il affirmé. Mme Normandeau plaidera non coupable. 

Le PQ veut savoir

Le Parti québécois veut savoir qui a pu mettre sur pied le «système de financement» observé par les policiers de l'UPAC. «Elle était vice-première ministre», souligne la députée péquiste Agnès Maltais. «Il y a des accusations de corruption de fonctionnaires au plus haut niveau de l'État. Vous vous rendez compte de la gravité? C'est monstrueux.»

Les deux personnes liées au Parti québécois (PQ) paieront pour leur crime si elles les ont commis, a poursuivi Mme Maltais. «On n'a aucune pitié pour des gestes de financement illégal», a-t-elle dit. Mais il faut faire la différence parce qu'il n'y a pas de «système en cause» et que le PQ était dans l'opposition, a-t-elle ajouté. À son arrivée au pouvoir, le PQ a fait adopter trois lois pour assainir le financement politique, a dit Mme Maltais. 

La Coalition avenir Québec juge que la situation est «plus grave que ce qui s'est passé avec le scandale des commandites». Le premier ministre doit s'excuser au nom du Parti libéral du Québec (PLQ), rembourser toute somme ayant été récoltée illégalement et rassurer la population quant à la probité des autres membres de son équipe, a demandé la caquiste Nathalie Roy. «Les accusations criminelles déposées démontrent que le PLQ était probablement gangrené de la tête aux pieds», a-t-elle lancé.  

Chez Québec solidaire, la co-porte-parole Françoise David estime que Philippe Couillard ne pourra pas «s'en sauver aussi facilement» qu'avec le rapport Charbonneau. «Écoutez, M. Couillard, M. Hamad, d'autres ministres étaient présents au moment où était organisé un système de collusion et de corruption politique, a dit Mme David. Ou ils ont fait preuve d'une ignorance ou d'un aveuglement extraordinaire ou ils savaient et ils ont préféré fermer les yeux.»

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