Le retour du Redlight?

Il faudra voir le genre de comptes rendus ou les commentaires de la presse... (François Gervais)

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François Gervais

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il faudra voir le genre de comptes rendus ou les commentaires de la presse nationale lorsqu'un chef politique ou même un premier ministre en visite à Trois-Rivières aura passé quelques heures à la Maison de débauche, le nouveau nom du Carlito.

On peut en présumer quelques sarcasmes de la part des commentateurs mais aussi des adversaires politiques qui ne manqueront pas de se bidonner.

Mais ce ne sera pas le seul endroit dont le nom pourra faire jaser. On ouvrira bientôt, au rez-de-chaussée du Temple, un restaurant qui s'appellera le Contrebandier. Il sera opéré par les actuels propriétaires du Pot, un autre nom qui peut porter à interprétation. Même si on le sait, cette appellation n'a aucun rapport avec une prévisible législation plus ouverte au «potte» justement. Il suffirait cependant qu'on ajoute une petite feuille allongée et légèrement échancrée entre la fourchette et le couteau qui s'entrecroisent sur l'enseigne du restaurant pour que la confusion arrive. Rassurons-nous, il y aura quand même un peu plus loin sur des Forges, au coin de Notre-Dame, un nouvel établissement dont le nom fera meilleure bonne conscience, les Soeurs Grises, une brasserie où on pourra aussi se sustenter, le Temps d'une pinte.

Les nouveaux commerces qui ouvrent ou se réactualisent au centre-ville de Trois-Rivières ont choisi en effet des noms qui peuvent faire sourire et prêter, bien momentanément, à questionnement.

C'est l'esprit festif de ces lieux qu'on veut bien sûr refléter. On veut intriguer et faire jaser.

Les propriétaires du Carlito ont expliqué qu'avec leur nouveau nom, ils voulaient évoquer une certaine débauche alimentaire et d'esprit de fête qui animera leurs lieux. Mais ils ont quand même aussi dit qu'ils voulaient faire un clin d'oeil à l'ancien Club Saint-Paul, lieu de débauche par excellence, s'il y en avait déjà eu un à Trois-Rivières.

À vrai dire, il y en eu plein dans le genre dans les années 50 et 60. Mais le Saint-Paul, sur des Forges, près du fleuve, propriété d'un conseiller municipal surnommé Ten Gallons Hat, parce qu'il avait toujours vissé sur la tête un chapeau à large rebord, était le royaume de Josée, la reine des prostituées et du terrifiant Eddy Sauvageau, le boss des gros bras de Vic Cotroni qui venait y ramener l'ordre, quand ça dérapait un peu trop.

Trois-Rivières était ce qu'on appelle une ville ouverte, très ouverte. Le Saint-Paul, même s'il reste une référence pour l'époque, était loin d'être le seul bordel en ville. À proximité, il y avait aussi sous la terrasse Turcotte «l'hôtel» Trois-Rivières, puis après le bar Marin, ou l'hôtel Saint-Louis, où chaque étage avait sa spécialité, gais, lesbiennes et les autres.

Il fallait bien distraire les milliers d'ouvriers qui avaient besoin de s'épancher après leurs longues et dures journées de labeur. Il y avait aussi les nombreux équipages de marins au petit comme au long cours qui avaient besoin de quelques soulagements... comme tous ces cultivateurs du sud qui empruntaient les traversiers pour venir écouler leurs récoltes.

Ça faisait du monde à entretenir dans le downtown, sans compter que dans les années cinquante, il y avait encore la prohibition du côté de Cap-de-la-Madeleine.

Les libations et les distractions, c'était forcément à Trois-Rivières que ça se passait. Ajoutez à cela que la télévision n'en était qu'à ses premiers balbutiements et que la police, deux grandes enquêtes publiques nous l'apprendront par la suite, était plus que complaisante. À la section moralité, on participait à la fête.

S'il y avait plein de lupanars et de bars louches, il y avait aussi des endroits chics. Qu'on pense au Riviera, à l'hôtel Saint-Maurice, au distingué Fleur de Lys ou au cabaret Rio. Des artistes de grande renommée internationale ont présenté des spectacles à Trois-Rivières comme Neil Sedaka avec son O'Carol (40 millions de disques vendus) ou Roy Hamilton et son You'll never walk alone, Bill Haley et ses Comets (Rock around the clock) sans oublier les célèbres Platter's et leur foudroyant succès, Only you. On n'oubliera pas le roucoulant Tony Massarelli que son beau-père Frank Cotroni venait applaudir, principalement au club des Forges, comme il adorait les grosses blagues salaces du comique trifluvien Roméo Pérusse. Il n'était pas le seul, il est vrai, à rire à pleine gorge à ses spectacles.

Frank aimait bien Trois-Rivières, mais ce n'était pas seulement pour Tony. Il y avait les affaires de la famille à surveiller et pour les affaires, c'était l'abondance. Il fallait bien contrôler tout cela: les paris de courses de chevaux, les barbottes, les filles... Frank ne se salissait pas les mains. Il se comportait toujours en grand gentleman. Il avait ses hommes pour les détails... comme le colosse Eddy mais aussi le patibulaire Reynald Chapeau Gagné, un boxeur du coin, qui s'était au départ «distingué» au Corvette, à Shawinigan, avant de s'imposer à Montréal et de finir avec cinq balles dans le corps ou le terrible Marcel Martel, lui aussi tué plus tard à Saint-Hubert. C'est la vie des fiers-à-bras.

C'était une époque plutôt fiévreuse qui a marqué Trois-Rivières. On imagine difficilement aujourd'hui comment la ville était chaude et survoltée. Qu'on ne s'inquiète pas, on n'y reviendra pas. Mais c'est plaisant de constater, à travers certains nouveaux noms de restos et de bars, que Trois-Rivières ne se renie pas et reste, comme le veut son slogan, une ville d'histoire... de toutes sortes d'histoires.

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