Yannick Lupien: d'athlète olympique à pompier

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L'ex-athlète olympique Yannick Lupien est maintenant pompier à Trois-Rivières.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Six pieds quatre pouces, 220 livres, tout en muscles. L'ex-athlète olympique de 36 ans Yannick Lupien a su impressionner les quelque 590 élèves de l'Institut secondaire Keranna venus entendre sa conférence, mercredi.

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Yannick Lupien devant les élèves de l'Institut secondaire Keranna.

François Gervais, Le Nouvelliste

Et ce n'est pas juste à cause de ses exploits sportifs. À part ses deux participations aux Jeux olympiques de 2000 et 2004 et sa deuxième place aux championnats du monde à Montréal, au relais 4 x 100 m en 2005, contre le célèbre nageur Michael Phelps, Yannick Lupien a aussi réalisé son plus grand rêve, il y a quatre ans, celui de devenir pompier.

Obtenir cet emploi fut un aussi grand exploit, pour lui, que les 15 millions de coups de bras en piscine par année qu'il a donnés pendant sa carrière sportive, soit 12 kilomètres de natation par jour, tous les jours, sauf le dimanche.

Depuis quatre ans, le jeune homme originaire d'Aylmer est pompier pour le Service des incendies de la Ville de Trois-Rivières. Ce privilège, il l'a acquis au terme de six ans de patience, d'études et de travail acharné après son diplôme de l'École nationale des pompiers, en 2005.

Au secondaire, raconte-t-il, l'orienteur lui avait pourtant déconseillé de devenir pompier. «Il m'avait dit qu'il n'y avait pas d'emplois là-dedans et que c'était un métier dangereux», se souvient-il. «Je n'ai écouté personne.»

Yannick Lupien sera malgré tout diplômé peu après avoir pris sa retraite de la natation de compétition. Et il s'est avéré qu'en effet, trouver de l'emploi comme pompier n'a pas été de tout repos. Ce n'est qu'en 2012 qu'il sera choisi parmi 500 candidats et 15 finissants au Service des incendies de Trois-Rivières.

Entre les deux, l'athlète n'a pas perdu de temps. Il raconte avoir étudié très fort tous les jours ses livres techniques de pompier et avoir continué de s'entraîner pendant ces six années d'attente. Il avait bien l'intention de se démarquer. «La vie est une compétition», fait-il valoir.

Afin de faire la meilleure impression possible lors de l'entrevue qu'il allait passer au Service des incendies de Trois-Rivières, il s'était présenté en habit et cravate, contrairement à ses rivaux. 

«Mon habit m'a coûté 1500 $. Est-ce que c'était trop cher? Non. Je suis devenu pompier», plaide-t-il.

Le message qu'il a tenu à faire passer à son jeune auditoire, en racontant cette anecdote, c'est qu'il faut toujours bien faire les choses, et ce, du début à la fin. 

Lors d'une entrevue, fait-il valoir, «habillez-vous proprement. Les gens ont une heure pour vous évaluer».

Et surtout, il faut travailler fort pour se démarquer, dit-il. Quand il a essayé son costume tout neuf, le vendeur lui a demandé comment il avait fait pour avoir des bras aussi musclés. Ce dernier voulait en effet prendre de la masse musculaire, mais ça ne fonctionnait apparemment pas.

«Ça faisait seulement trois semaines qu'il s'essayait», souligne Yannick Lupien. «Ne soyez pas paresseux», a-t-il recommandé à son auditoire. «Le succès prend du temps. Arrêtez de prendre des raccourcis.»

C'est que l'humain, aujourd'hui, n'a pas souvent l'occasion de se dépasser et de faire des efforts pour réussir, constate-t-il. Quand on a faim, on se rend à l'épicerie. On s'y rend en voiture, de surcroît, et la voiture est garée le plus près possible de la porte.

«On veut tout avoir vite et facilement», déplore-t-il. Rien de pire si l'on aspire à atteindre des sommets.

Lorsqu'il a postulé au Service des incendies de la Ville de Trois-Rivières, Yannick Lupien a dû se soumettre à des épreuves physiques.

Âgé alors de 31 ans, le jeune athlète était plus que préparé. Il apprend qu'un des tests auquel il doit se soumettre se fera en piscine. Évidemment, ça l'a fait rire.

Il fallait nager 200 mètres en moins de 5 minutes et 15 secondes. Dans ses bonnes années, il parcourait cette distance en une minute 47 secondes. C'était du bonbon.

Toutefois, même si les tests de sélection se sont bien passés pour lui, les années de travail qui furent nécessaires en arrière-plan pour se distinguer des autres candidats furent colossales et l'ont mené tout droit vers les sommets de son sport. 

Yannick Lupien n'a rien tenu pour acquis malgré tout. Il confie avoir pleuré de joie lorsqu'un appel téléphonique lui a confirmé qu'il était embauché comme pompier à Trois-Rivières. C'était la récompense suprême, le cadeau d'une vie acquis au prix d'efforts titanesques dont il est le seul à connaître l'ampleur.

«J'ai gagné ma vie avec un Speedo», résume avec humour ce nageur qui fut considéré comme le plus rapide au Canada dans son sport pendant près de trois ans.

«Un rêve, ce n'est pas supposé être facile. Vous devez apprendre à travailler, surtout quand ça ne vous tente pas. Ne prenez pas le chemin le plus facile», conseille-t-il aux jeunes partout où il donne des conférences au Québec.

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