Lise Thériault est féministe sans le savoir, estime Pauline Marois

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L'ancienne première ministre du Québec, Pauline Marois, a présenté une conférence à Trois-Rivières à l'occasion de la Journée internationale des femmes.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) Lise Thériault, la vice-première ministre du Québec et ministre responsable de la Condition féminine, est, malgré ce qu'elle dit, féministe sans le savoir, estime la seule première ministre de l'histoire du Québec, Pauline Marois.

«Le mot [féministe] fait peur parce que certains ont un souvenir peut-être de propos amers tenus par certaines féministes ou peut-être de luttes où on a un peu dérapé finalement. Certaines croient qu'être féministe, c'est être frustrée ou quelqu'un qui veut dominer l'autre. On a été dominée pendant des siècles, on ne veut pas dominer les autres. Le féminisme ce n'est pas ça, c'est le contraire. C'est l'égalité», a déclaré en entrevue l'ancienne chef du Parti québécois en marge d'une conférence présentée à Trois-Rivières à l'occasion de la Journée internationale des femmes.

Une centaine de personnes, femmes et hommes, étaient réunies au musée Boréalis pour l'entendre parler de condition féminine et de son expérience politique. Pauline Marois était l'invitée des Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de Trois-Rivières et de Shawinigan (CALACS) ainsi que d'Entraid'Action.

Pour une très rare occasion, Pauline Marois a accepté de sortir de sa «retraite» pour prononcer une conférence. L'ancienne première ministre du Québec a avoué d'emblée que les organisatrices de la soirée ont su se montrer «très convaincantes».

Pauline Marois a toujours embrassé les combats féministes de notre société. Elle n'a de plus jamais hésité à se qualifier de féministe, un terme qui fait pourtant craindre certaines femmes politiques de 2016. «Je vais parler de féminisme, c'est à la mode», a déclaré Mme Marois afin de mettre la table à son discours.

«Il faut prendre notre place partout où c'est possible», a-t-elle ajouté en rappelant que le Québec a été la dernière province canadienne, en 1940, à accorder le droit de vote aux femmes. «Ce que nous sommes en tant que femme est un apport et un enrichissement pour notre société.»

Adversaires politiques mais alliées pour la cause des femmes, Pauline Marois a évoqué les positions de Monique Jérôme-Forget, l'ancienne ministre libérale des Finances, concernant notamment la faible représentation des femmes sur les conseils d'administration. Comme Mme Jérôme-Forget, Pauline Marois estime que malgré les immenses progrès de la condition féminine ces dernières décennies, un plafond de verre empêche toujours les femmes de prendre véritablement leur place dans les sphères de pouvoir.

«Dans certaines entreprises, il y a eu une nette augmentation de la productivité lorsqu'il y a plusieurs femmes sur les conseils d'administration», a déclaré Mme Marois.

Afin de corriger cette faible représentation, des mesures collectives devraient être prises, estime Mme Marois, afin de permettre aux femmes d'enfin fracasser ce plafond de verre.

«Du côté des partis politiques, il y a des efforts à faire. Il peut y avoir des incitatifs pour amener un plus grand nombre de femmes à se présenter», a-t-elle souligné. «Il est essentiel que les chefs de partis s'engagent à atteindre la mixité pour avoir 40 % de femmes sur les conseils d'administration et à l'Assemblée nationale.»

Malgré que les femmes soient maintenant plus nombreuses que les hommes sur les bancs des universités de la province et qu'elles réussissent mieux, celles-ci gagnent globalement moins d'argent que leurs collègues masculins une fois sur le marché du travail. Pauline Marois indique que lorsqu'un homme fait 1 $, une femme gagne 88 cents.

L'égalité entre les sexes commence à la maison avec les enfants, croit Pauline Marois. Les responsabilités des couches, des biberons ainsi que les tâches ménagères doivent être partagées. «C'est fondamental. Si on croit vraiment à l'égalité entre les hommes et les femmes, c'est aussi la responsabilité de la société. On offre des possibilités aux familles pour que les parents puissent concilier le travail et la famille», affirme Mme Marois en citant les exemples de la mise en place sous sa responsabilité des réseaux des centres de la petite enfance, de la maternelle à temps plein à 5 ans ainsi que des congés parentaux.

«Je hais le gouvernement actuel pour sa décision sur les CPE. En donnant accès à des services de garde à 5 $, on a fait reculer la pauvreté. Les femmes monoparentales chefs de famille décidaient de retourner sur le marché du travail et améliorer leur situation financière», a déclaré Mme Marois.

Grande travaillante devant l'Éternel et mère de quatre enfants, Pauline Marois invite les femmes «à lâcher prise» et à se détacher du syndrome «de la première de classe». «On veut partager le pouvoir avec nos collègues, alors acceptons de le faire à la maison», a précisé Mme Marois.

Citant à nouveau l'ancienne ministre des Finances du Québec, Monique Jérôme-Forget, Pauline Marois soutient que plusieurs femmes manquent généralement de confiance en elles.

«J'aurais eu beaucoup plus de candidates si j'avais réussi à faire comprendre aux femmes qu'elles devaient se faire plus confiance et prendre des risques. Ça vient de notre passé où les femmes étaient plus soumises. C'est resté dans notre inconscient collectif. Il faut lutter contre ça», a-t-elle affirmé.

«Les femmes ont encore un peu de difficulté avec le pouvoir. Elles ont une certaine peur du pouvoir. [...] Mais c'est un moyen puissant pour changer les choses. Si nous ne sommes pas là pour prendre des décisions, d'autres le feront. Je n'ai pas peur d'un autre mot. C'est d'être ambitieuse.»

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