Djemila Benhabib, «entre guillemets»

Djemila Benhabib a été mal avisée de s'attaquer... (Sylvain Mayer)

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Djemila Benhabib a été mal avisée de s'attaquer au Conseil de presse en affirmant que l'organisme ait pu se prêter à une «job de bras» contre elle.

Sylvain Mayer

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «J'entends des bruits de ciseaux. Il y a un journaliste au travail.»

C'est une blague qui a longtemps circulé dans les salles de rédaction.

Elle faisait bien rire tout le monde chaque fois qu'on l'entendait, même si cela laissait entendre que les journalistes pouvaient n'être que de vulgaires copieurs. Les bruits de ciseaux, c'était bien sûr un texte glané quelque part qu'un journaliste s'affairait à découper pour le reproduire, ou s'en inspirer largement sans évidemment citer son auteur ou sa provenance.

Cela est bien sûr arrivé et pas seulement en journalisme. Même un grand succès des Beatles comme Hey Jude s'est avéré être un plagiat.

À la défense des journalistes qui travaillaient avec des ciseaux, il faut préciser que c'était une pratique effectivement répandue, mais avant tout parce que c'était la façon à l'époque de monter des dossiers pour éventuellement les mettre à jour, les commenter ou les resituer dans l'actualité. Il n'y avait pas tous les moteurs de recherche qui existent aujourd'hui et qui permettent de réunir rapidement toutes les informations requises, ou presque, pour ses besoins.

Mais comme ces sources sont accessibles à tous, il peut être périlleux de nos jours de se risquer à des emprunts un peu trop flagrants et même à des petites reformulations qui voudraient masquer l'appropriation qu'on ferait d'un texte d'un autre. La vigile populaire est grande et prompte à la dénonciation... parfois jusqu'au Conseil de presse. Djemila Benhabib vient de l'apprendre brutalement et elle se défend mal.

Mme Benhabib a été mal avisée de s'attaquer au Conseil de presse en affirmant que l'organisme ait pu se prêter à une «job de bras» contre elle, contre ses idées, contre ses écrits, contre ses combats ou même contre sa personnalité bouillante.

C'est peut-être la raison pour laquelle jeudi, elle a semblé nuancer ses attaques contre le Conseil de presse en lui reprochant seulement d'avoir été instrumentalisé par sa plaignante et ses opposants.

Il peut apparaître assez évident dans le nombre de griefs portés à l'attention de l'organisme et surtout par le caractère assez futiles de certains d'entre eux, que la plaignante nourrissait une forte aversion à son endroit et qu'elle entendait ne rien lui laisser passer, pas la moindre virgule de travers. D'ailleurs, ces «inexactitudes» ou ces «informations incomplètes» ont été rejetées par le comité des plaintes qui a analysé le dossier.

On comprend que la plaignante ait constamment eu à l'oeil Mme Benhabib dans tout ce qu'elle disait ou écrivait, pour des raisons qui lui appartiennent, légitimes ou pas. La présidente du Conseil de presse, Paule Beaugrand-Champagne, a rappelé à juste titre que son organisme n'a pas à juger des intentions qui motivent les personnes qui soumettent des plaintes, mais des faits qui sont rapportés.

La plaignante a peut-être scruté à la loupe tout ce que disait ou faisait Djemila Benhabib. Est-ce qu'elle l'a traquée comme celle-ci le prétend? Peut-être, mais c'est un gros mot.

Mme Benhabib doit comprendre, et accepter, que lorsqu'on est dans le domaine de l'opinion, lorsqu'on défend des positions qui prêtent à la controverse, lorsqu'on prend stature de grande combattante, cela ne peut que stimuler l'adversité chez ceux qui ne partagent pas votre point de vue, qui se sentent heurtés dans leurs convictions ou qui n'apprécient simplement pas votre personnalité.

Tous les chroniqueurs ou éditorialistes vous diront que leurs plus fidèles et irréductibles lecteurs, ce sont justement ceux qui ne les aiment pas. Ils vont inlassablement disséquer au scalpel tous vos textes pour y déceler la moindre faille, la plus petite erreur, même une faute d'orthographe ou d'accord, afin de vous prendre en défaut et, ultime réussite, vous déboulonner. Mais, quand on monte dans le ring et qu'on donne des coups, il faut prévoir en recevoir. On peut l'admettre, Mme Benhabib ne manque pas d'opposants prêts à en découdre avec elle, les fondamentalistes islamiques au premier rang. On n'est quand même pas allé, du moins pas encore, jusqu'à prononcer une fatwa contre elle.

C'est vrai par contre que le blâme «sévère» de plagiat venu du Conseil de presse, même s'il était pour des oublis de citations dans un blogue qui peuvent paraître plus que marginaux dans l'ensemble de l'oeuvre de Mme Benhabib, a été rapidement et largement médiatisé. Peut-on pour autant parler de «lynchage médiatique» ou de «police politique»?

Encore là, de gros mots. La diffusion de la décision du Conseil de presse la concernant n'a été qu'à la mesure de sa notoriété d'écrivaine-blogueuse et de la place importante qu'elle occupe dans l'espace public. C'est un peu la rançon de la gloire. D'autre part, Mme Benhabib a elle-même fortement contribué à cette couverture médiatique élargie en multipliant les mises au point et les répliques, avec le ton passionné et le vocabulaire tranchant qu'on lui connaît.

On pourrait pour finir, et adoucir la tempête, citer un ancien journaliste du Nouvelliste, Jacques Laberge, sans oublier les guillemets reconnaissants, qui expliquait aux jeunes journalistes qui le consultaient qu'un chien qui mord un évêque, ça ne fait pas une nouvelle. Mais que si l'évêque mord un chien, «on tue la une».

Coup de coeur

À la tabagie Grand-Père de Louiseville, parce que Michel Ringuette, l'âme des lieux, pourra enfin s'offrir quelques douceurs de vivre et que son nouveau propriétaire, Alexandre Cloutier, a promis de maintenir l'esprit des lieux, avec ses bancs pivotants et son coin des placoteux et chiâleux.

Coup de griffe

Mais gentil, au maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois qui veut ériger une tour de 50 pieds sur le quai de Sainte-Angèle. C'est manquer d'audace, de mégalomanie. Pour convenablement épier Trois-Rivières en face, avec son amphithéâtre et ses futures grosses lettres d'identification de la ville, il aurait fallu réclamer la venue de The Mile, cette tour d'un mile de haut que des promoteurs veulent ériger quelque part dans le monde.

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