Découverte à l'UQTR: le traumatisme cranio-cérébral affecte aussi l'odorat

Le sens olfactif sous la loupe du professeur... (François Gervais)

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Le sens olfactif sous la loupe du professeur Johannes Frasnelli.

François Gervais

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les traumatismes infligés au cerveau ont des répercussions dramatiques pouvant aller de la paralysie à la perte de la vue en passant par des atteintes cognitives, voire affectives et comportementales. Or il appert que ce genre de blessures affectent aussi le sens de l'odorat.

Une équipe de l'Université du Québec à Trois-Rivières dirigée par le professeur Johannes Frasnelli, titulaire de la chaire de recherche de l'UQTR en neuroanatomie chimiosensorielle et membre du Groupe CogNAC, a testé l'odorat de 63 victimes de commotions cérébrales et de traumatisés cranio-cérébraux (TCC) légers, modérés et sévères.

Toutes ces personnes ont reçu un test olfactif au cours de la première semaine suivant leur accident. «Nous avons observé que les deux-tiers de ces patients avaient un trouble de l'odorat», raconte le professeur Frasnelli.

Le chercheur ne s'attendait pas à un pourcentage aussi élevé, d'autant plus que la majorité des personnes aux prises avec un TCC ne se rendent souvent même pas compte qu'elles ont perdu leur odorat, a-t-il pu constater au fil de ses recherches.

Fait étrange, aucune étude antérieure n'avait présenté un pourcentage aussi élevé d'anosmie, ou perte de l'odorat, chez les traumatisés crâniens. Toutefois, ces études s'étaient attardées sur des cas de personnes souffrant d'anosmie des années après leur traumatisme.

Chez ces personnes, les cas de perte d'odorat «sont beaucoup moins élevés», a remarqué le chercheur. Cela laisse entendre que dans certaines situations, les traumatisés arriveraient à guérir de ce trouble sensoriel.

Le professeur Frasnelli a déjà rencontré une patiente, en Allemagne, qui avait passé neuf ans sans son odorat et qui a recouvré ce sens graduellement, comme l'ont prouvé une série de tests qui lui ont été administrés en laboratoire. Johannes Frasnelli veut savoir pourquoi et c'est le genre de défi qui intéresse le Groupe CogNAC (Cognition, Neurosciences, Affect et Comportement) de l'UQTR.

Si les traumatisés crâniens ne se rendent pas compte de leur anosmie, c'est que les goûts salé, amer, sucré et acide, eux, demeurent.

Mais c'est trompeur. «Ils ne perçoivent pas toutes les flaveurs qui sont associées», fait valoir le chercheur. «Ils ne verront donc pas une grande différence entre un ananas et une pomme», illustre-t-il.

La perte du sens de l'odorat peut sembler banal comparativement à la perte de l'ouïe ou de la vue, c'est pourquoi peu d'études scientifiques ont été réalisées à ce sujet jusqu'à présent, explique le professeur Frasnelli.

Pourtant, la perte de l'odorat peut comporter des dangers. «Il y a des circonstances où c'est important d'avoir un bon odorat», fait-il valoir. «Si, à la maison, on n'est plus capable de percevoir le gaz ou la fumée ou l'odeur des aliments périmés, là il y a évidemment un danger. Et il faut l'expliquer aux gens», plaide-t-il.

Le fait de perdre l'odorat, pour plusieurs personnes, fera aussi perdre le goût de manger.

L'étude de l'UQTR, qui vient d'être publiée dans le périodique scientifique Clinical Neurology and Neurosurgery n'a pas réussi à démontrer de lien entre le degré de sévérité du traumatisme cranio-cérébral et les troubles olfactifs qui apparaissent par la suite.

C'est la durée de l'amnésie causée par le traumatisme qui semble plutôt être le facteur déterminant. «Nous avons alors vu un lien entre l'atteinte amnésique et le trouble olfactif», dit-il.

Autre constat, dans cette recherche, c'est que la cause du traumatisme a aussi une influence sur les problèmes d'odorat. Il semble que les personnes qui ont été victimes d'une agression comportant un coup à la tête aient plus de problèmes olfactifs que ceux qui ont été victimes d'un accident, possiblement à cause de l'endroit où ils ont été frappés. Les personnes qui ont été frappées sur le nez se plaignent de parosmie, c'est-à-dire que les choses n'ont plus l'odeur qu'elles sont sensées avoir. Par exemple, «la vanille sent le caoutchouc brûlé», illustre le professeur Frasnelli.

La découverte stimule le professeur Frasnelli à poursuivre ses investigations.

«Nous voulons suivre les patients, les voir dans la phase aiguë et les revoir après six mois, puis après un an, afin de déterminer s'il vont développer un trouble olfactif chronique», dit-il.

Mieux comprendre l'état du sens olfactif chez les traumatisés cranio-cérébraux peut permettre de mieux les soutenir. «Dans une autre étude que je suis en train de mener, on tente de démontrer notre hypothèse voulant que les gens qui ont un trouble olfactif dans la phase aiguë vont développer, à plus long terme, des troubles d'anxiété, de dépression et d'humeur en phase chronique.»

La raison, indique le professeur Frasnelli, c'est que «le centre du cerveau responsable de l'odorat est aussi responsable des émotions.»

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