Sainte-Anne-de-la-Pérade: les pionniers quittent la rivière

Après 78 ans passés sur la rivière Sainte-Anne,... (Olivier Croteau)

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Après 78 ans passés sur la rivière Sainte-Anne, la famille Mailhot, dont le plus jeune représentant Rémi, passera le flambeau à un nouveau pourvoyeur l'année prochaine.

Olivier Croteau

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(Sainte-Anne-de-la-Pérade) Aux petits poissons des chenaux, le nom de la famille Mailhot est synonyme de pionniers. C'est le grand-père Robert qui, en 1938, a été le premier à développer la pêche commerciale sur la rivière. Après 78 ans, il est maintenant temps de passer le flambeau.

Huit ans après avoir pris la barre de l'entreprise, Rémi Mailhot a décidé de vendre la trentaine de cabanes dont il est propriétaire, et le mythique chalet reconnu pour son affiche aux couleurs du Réseau des sports. Une transition qui se fera avec l'aval du paternel, Jeannot. La mauvaise saison 2016 n'a rien à voir avec la décision, la tâche était devenue trop lourde pour son fils, qui voyage énormément pour son travail de gérant de projets chez Ganotec.

«Il comprend, il voit bien qu'on n'a pas le temps de s'en occuper, explique Rémi Mailhot. On ne vend pas parce que la saison n'a pas été bonne, mais je travaille 60 heures par semaine et je me déplace beaucoup. On utilise toutes nos vacances hivernales de travail pour la pêche, et toutes nos vacances estivales pour réparer les chalets.»

La vie de pourvoyeur sur la rivière Sainte-Anne n'est pas des plus faciles, puisque le marathon allant du 26 décembre au 14 février ne permet pas de se reposer.

«Je fais ça avec mon beau-frère et des oncles. Mais ils sont de plus en plus vieux et c'est difficile de trouver des gens qui veulent venir travailler», mentionne M. Mailhot, serein à propos de sa décision.

«On ne se met pas de pression. Si on vend cette année, ce sera tant mieux, sinon, on sera de retour l'an prochain.»

Un lieu de rassemblement

Pour plusieurs touristes, le chalet de la pourvoirie Robert Mailhot revêt un caractère mythique en raison de cette fameuse affiche où se retrouve le vieux logo de la station télévisée RDS. L'endroit est devenu un point de réunion pour plusieurs, et un guide pour d'autres lors des soirées plus arrosées.

M. Mailhot explique que c'est le lien entre son grand-père et le chroniqueur de pêche Jean Pagé qui a permis l'installation de la fameuse affiche. Surtout que plusieurs séquences télévisées ont été tournées à cet endroit.

«Jean, c'était un ami de mon grand-père. Il venait souvent à la pêche ici et nous envoyait des cartes à Noël.»

D'ailleurs, une visite dans le mythique chalet est un réel retour dans le temps. On y retrouve sur les murs de multiples photos et découpures de journaux où le site est en vedette, certaines remontant à plusieurs décennies.

«Mon grand-père a été un précurseur. Il y avait de la pêche sur la rivière, mais pas commerciale. Il était boucher et épicier, mais surtout un homme d'affaires. Il s'est dit: ''pourquoi ne pas louer des cabanes pour la pêche?''»

C'est en 1975 que Robert Mailhot a cédé l'entreprise à son fils Jeannot. Une époque où la pêche au poulamon attirait d'immenses foules.

«Dans le temps, il y avait 1200 cabanes sur la rivière, maintenant il y en a 400. Nous en avions 110 alors que maintenant, nous en avons 30. Ce n'est plus le party que c'était. Les gens arrivaient en autobus et ils déboulaient les marches. Maintenant, c'est plus familial, les mentalités ont changé.»

Le nom Mailhot pourrait bien rester sur la rivière, puisque Rémi croit que les nouveaux acheteurs conserveront l'appellation de l'entreprise.

«S'ils changent de nom, ce sont eux les pires! En gardant le même nom, ils n'auront qu'à répondre au téléphone pour prendre des réservations. C'est beaucoup plus facile!»

La fin pour les chalets

Dimanche, les derniers pêcheurs ont fait place aux tracteurs afin d'amorcer le nettoyage de la rivière et la saison a officiellement pris fin. Lundi, il ne devrait plus rester de trace du village.

L'année 2016 en aura été une catastrophique pour les pourvoyeurs, qui enregistreront des pertes de 50 %, soit 3 M$ de moins en retombées économiques pour la région. Environ 40 000 personnes ont mis le pied sur la glace.

«C'est la pire année depuis au moins 1958. On tourne la page, et l'an prochain, avec le froid, on va repartir!», lance le président de l'Association des pourvoyeurs de la rivière Sainte-Anne, Steve Massicotte.

Ironiquement, les pourvoyeurs ont enregistré une hausse de visiteurs de l'Ontario, en plus de quelques-uns du New Jersey. Ce sont les touristes de Montréal qui ne sont pas venus, puisque l'absence de neige dans la métropole a tendance à refroidir les ardeurs des pêcheurs. Les Montréalais représentent 80 % de la clientèle de la pêche aux petits poissons des chenaux.

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