Les plus pauvres plus touchés par les coupes

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Sylvie Tardif, coordonnatrice de COMSEP et Richard Gravel, président du Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On l'entend crier sur tous les toits. Les restrictions budgétaires imposées par le gouvernement Couillard font mal à bien des organismes, mais il semble que les plus durement touchés soient, au bout du compte, les personnes les plus pauvres de la société.

La coordonnatrice de l'organisme COMSEP, Sylvie Tardif, le constate avec horreur. Elle a profité du lancement chez elle, mercredi, du plus récent avis du Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale pour exprimer son inquiétude.

COMSEP, illustre-t-elle, recevait en effet de l'aide financière d'Emploi Québec par le biais du programme PASS Action, comme plusieurs autres organismes communautaires, qui lui permet de recevoir des personnes en situation de pauvreté et d'exclusion afin de leur faire vivre diverses activités, comme l'alphabétisation par exemple. Ce genre d'activité permet à ces personnes de contribuer à la société au lieu d'être isolées, dit-elle.

Or ce programme, qui offrait 125 $ par mois par personne, a été lourdement amputé. À lui seul, l'organisme COMPSEP est maintenant privé de quelque 30 000 $ de subventions, indique Mme Tardif. «Le nombre de places dans la région a été énormément coupé. Il y a des gens qui sont sur une liste d'attente», déplore-t-elle.

«Il y a 25 ou 30 participants qu'on n'a pas pu accueillir. Or, il y a de ces personnes qui ne seront jamais capables d'intégrer l'emploi», assure-t-elle. «Ces gens retournent donc dans la pauvreté. Certains ne viennent plus ici. Ils restent chez eux et sont isolés», dit-elle.

«Ils n'ont pas d'argent pour payer les frais de garde ou le lunch du petit qui va rester à l'école pendant que sa mère va venir ici. Ils sont de plus en plus pauvres. Je me demande comment ils font pour être encore sains d'esprit», se questionne Mme Tardif.

Ce genre de situation, c'est exactement ce que dénonce le Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale dans son plus récent avis intitulé «L'emploi pour lutter contre la pauvreté: les défis à relever.».

L'organisme, produit des avis au gouvernement depuis 2006 après avoir tenu des chantiers sur la fiscalité, l'exclusion sociale et l'emploi.

Le nouveau document contient 10 recommandations à l'attention du gouvernement du Québec, dont la première est justement de soutenir la formation et l'encadrement des activités de participation citoyenne, tant pour les intervenants que pour les citoyens.

«Le fait qu'un comité de cette importance-là dise au gouvernement qu'il ne doit pas regarder seulement l'emploi, mais aussi comment on peut aider les gens à mieux participer, c'est majeur», fait valoir Mme Tardif. En aidant ces personnes, croit-elle, peut-être que certaines d'entre elles vont réussir éventuellement à réintégrer le marché de l'emploi. Mais il demeurera toujours des gens qui n'y arriveront pas et qu'il faudra soutenir adéquatement, estime-t-elle.

Le comité recommande d'ailleurs «d'assurer un financement général plus adéquat de la mission globale des organismes communautaires dont une partie doit être destinée à favoriser la participation des personnes en situation de pauvreté.»

Sylvie Tardif indique que la tranche de la population subissant le plus de discrimination au Québec présentement est celle des assistés sociaux.

Le Comité, parmi ses 10 recommandations, souhaite d'ailleurs que le gouvernement assure «une reconnaissance publique à l'intérieur d'une campagne sociétale contre les préjugés envers les personnes en situation de pauvreté» et donne «de la visibilité à la qualité de leur travail et de leurs implications dans la participation citoyenne.»

«On a déjà fait une étude, à COMSEP, selon laquelle pour 50 % des gens qui étaient très, très éloignés du marché de l'emploi, on ne pensait pas qu'ils seraient capables d'y arriver. Alors que fait-on avec eux?», se questionne Mme Tardif. «Est-ce qu'on peut tous les intégrer à l'emploi? Non. Mais ils veulent quand même participer et contribuer. La personne bénévole au comptoir de vêtements usagés sort de la maison et voit des gens, mais elle ne serait pas capable de travailler dans un commerce», plaide-t-elle. En lui assurant une participation citoyenne, «elle peut faire sa petite part et elle est fière d'elle», fait valoir la coordonnatrice de COMPSEP.

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