Pêche blanche: un départ en mouton pour 2016

Jacques Lefebvre... (Olivier Croteau)

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Jacques Lefebvre

Olivier Croteau

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(Sainte-Anne-de-la-Pérade) Il commence à peine, mais, d'emblée, il aura coûté cher, l'hiver 2016. Des millions $ aux uns, des milliers $ aux autres. L'arrivée tardive de la neige et du mercure sous la barre du zéro degré Celsius aura entraîné des pertes financières évaluées à 1,5 million $ pour l'Association des pourvoyeurs de pêche aux petits poissons des chenaux, sans compter les commerces de Sainte-Anne-de-la-Pérade qui accuseront d'importants déficits. Tous pointent du doigt l'attitude clémente de Dame Nature. Comme le dit la chanson: c'est la faute à El Niño.

Avec près d'un mois de retard, les amateurs de pêche blanche ont afflué timidement sur la rivière Sainte-Anne en fin de semaine. «Enfin, oui enfin!», souffle avec satisfaction Steve Massicotte, président de l'Association des pourvoyeurs. «Là, c'est parti, la saison est lancée. Il y a du monde, le festival s'en vient. Même si la rivière a l'air encore un peu déserte...», avoue-t-il avec réalisme.

«Habituellement, les 15 et 16 janvier, la rivière déborde de monde. Là, on ne déborde pas», laisse tomber M. Massicotte. Effectivement, quelques familles marchaient ici et là, rien pour provoquer des embouteillages.

Près de 300 cabanes étaient installées sur la glace, dimanche, les véhicules autorisés à y circuler, les pêcheurs cumulant les prises, jusqu'à 500 poissons pour les plus chanceux. «Le poisson est là, ça mord», assure M. Massicotte. N'empêche, l'année 2016 sera inscrite dans les annales de l'événement comme la pire saison depuis 1958. Les premiers hameçons étaient alors descendus dans le courant un 17 janvier.

Mais selon Steve Massicotte, mieux vaut tard que jamais. Au cours de la semaine, d'autres cabanes s'ajouteront. Le village flottant, fier de ses 425 maisonnettes, devrait être fin près pour le début du festival samedi prochain. Les réservations, elles, vont bon train. M. Massicotte invite la population à se présenter en grand nombre d'ici la fin de la saison le 14 février. «Il reste encore de la place, mais ça s'annonce bien. Pour les journées de samedi, on invite les gens à réserver leur cabane», signale-t-il.

Pour les pourvoyeurs, l'hiver 2016 aura été difficile. Jacques Lefebvre pêche sur la rivière depuis plus d'un demi-siècle. Avec sa douzaine de cabanes, il est parmi les vétérans deSainte-Anne. S'il avoue que, par le passé, d'autres années maigres ont été enregistrées, celle de 2016 bat tous les records.M. Lefebvre estime ses pertes financières à près de 40 %. Pertes qu'il mesure, entre autres, en regardant sa «chède à bois».

«La saison a commencé en retard. On a travaillé en fou pour être capable d'embarquer nos cabanes pour la fin de semaine. Oui, aujourd'hui, ça va bien, mais on est fatigué un peu. On a de la misère à prendre le dessus», mentionne M. Lefebvre, dont les installations seront fin prêtes pour le début du festival. «Surtout pour le début de mon portefeuille», avoue-t-il en riant. «Durant le temps des Fêtes, c'est très bon pour nous autres, mais on n'était pas là. On a eu zéro client. Si je me fie à ma chède à bois, rendu à la mi-janvier, elle est supposée être à moitié vide. Là, elle est pleine.»

Les pourvoyeurs ne sont pas les seuls à subir les contrecoups d'un hiver aux accents printaniers. Les restaurateurs tenant pignon sur rue à Sainte-Anne-de-la-Pérade misent également sur la pêche aux petits poissons des chenaux pour renflouer leur coffre. Au restaurant Le Toit rouge, situé à vingt pas du pont qui enjambe la rivière, quelques clients terminaient leur repas, dimanche. Habituellement, à pareille date, les serveuses ne fournissent pas à la demande. Le propriétaire, Gaétan Cloutier, prévoit une diminution de son chiffre d'affaires de l'ordre de «30 % à 40 %».

«Le retard de la pêche a eu des incidences, c'est sûr. En fin de semaine, c'est généralement une grosse fin de semaine pour nous, et là on est à la moitié de l'achalandage habituel. Il y a un petit peu de monde aujourd'hui, mais chose certaine, je perds entre 30 % et 40 %. En espérant qu'il fasse beau dans les fins de semaine qui s'en viennent... La pêche à Sainte-Anne, ça fait virer tous les commerces, autant les restaurants que la quincaillerie et l'épicerie», remarque M. Cloutier, qui espère déjà que la saison prochaine soit plus froide.

Tout compté, Steve Massicotte se fait plutôt philosophe. Les années catastrophiques se suivent rarement d'un calendrier à l'autre. Mieux vaut que 2016 soit moins bonne que 2017, année du350e anniversaire de fondation de Sainte-Anne-de-la-Pérade, voire 2018, qui célébrera la 80e édition de la pêche aux petits poissons des chenaux. Pour l'instant, le président des pourvoyeurs ne s'avance pas sur le terrain glissant des conséquences, à long terme, liées aux pertes financières essuyées cette année. L'avenir, dit-il, saura répondre à cette question.

Pêche blanche

Ailleurs en Mauricie, les pourvoyeurs de pêche blanche sont également dans le rouge. Sur le lac Saint-Pierre, les cabanes tardent encore à s'égrener ici et là. À Yamachiche, les automobiles ne sont toujours pas admises sur la glace, qui doit avoir au minimum 30 centimètres d'épaisseur. Un petit désagrément qui devrait être réglé dès lundi. Au centre de pêche Martin Pêcheur, les deux premières semaines de pêche sont tombées à l'eau, entraînant un déficit de 25 000 $. Autant de semaines qui ne pourront pas être reprises à la fin de la saison, puisque les permis de pêche blanche viennent à échéance le 31 mars, beau temps, mauvais temps. Au centre Martin Pêcheur, de la centaine de cabanes qui défient généralement les eaux du fleuve, seulement une quarantaine reçoivent actuellement les amateurs.

«On a un gros deux semaines de perdues», note le propriétaire Denis Saint-Pierre. «Ce sont deux semaines qui sont généralement très achalandées. On a des grosses pertes financières cette année. Avec la saison tardive, il y a beaucoup de clients qui n'embarqueront pas leur cabane cette année. Ce qui est passé est passé, on ne pourra jamais reprendre ça», résume-t-il.

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