COMSEP: «On marche sur un fil de fer»

La coordonnatrice de COMSEP, Sylvie Tardif, estime que... (Ariane Samson)

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La coordonnatrice de COMSEP, Sylvie Tardif, estime que l'apport direct de la population est devenu indispensable pour que son organisme communautaire puisse offrir des services de qualité aux plus démunis.

Ariane Samson

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(Trois-Rivières) L'an passé, l'austérité s'était invitée chez l'organisme COMSEP de Trois-Rivières. Coupes de services, mises à pied de personnel, régime minceur budgétaire; malgré les efforts, force est d'admettre que cette année, l'austérité s'est installée pour de bon dans les locaux du centre d'aide situé sur la rue Saint-François-Xavier.

De nouvelles coupes sont à prévoir, d'autres mises à pied, des augmentations de tarifs supplémentaires. Coordonnatrice de COMSEP depuis près de trente ans, Sylvie Tardif regarde avec inquiétude un nouveau manque à gagner de 75 000 $ venir à l'horizon. Du même souffle, elle en appelle de la générosité populaire pour boucler sa fin d'année financière.

L'an dernier, l'organisme communautaire avait fermé ses livres avec un déficit de 47 000 $. Après avoir sollicité les automobilistes sur le coin des rues, après un souper-bénéfice, ce déficit avait été ramené à 5000 $. Cette année, les prévisions ne sont guère plus réjouissantes. Pour l'exercice financier 2015-2016, 75 000 $ pourraient manquer à l'appel. Un montant qui, espère-t-on, diminuera si la population plonge à nouveau la main dans sa poche. En mai prochain, des bénévoles se planteront sur le coin des rues. Une activité de financement qui, austérité oblige, pourrait bien devenir la norme à COMSEP. «Sans la population, on n'y arrive pas», lance Mme Tardif. «On est rendu au point où il faut aller quêter sur le coin des rues», se désole-t-elle.

«Les citoyens payent déjà, à même leurs impôts, le soutien aux organismes communautaires, mais là il faut que tu ailles les relancer pour qu'ils te soutiennent encore!»

Sylvie Tardif se croise les doigts pour qu'un pépin de dernière minute ne survienne pas en cours de route. «Au niveau des liquidités, c'est très serré», note-t-elle. S'il fallait que la bâtisse dont COMSEP est propriétaire subisse un bris majeur, s'il fallait qu'un organisme locataire brise son bail faute de fonds pour payer le loyer, la situation financière pourrait devenir plus précaire encore. Il y a quelques semaines, l'organisme a dû annuler une visite de partenaires faute d'avoir déniché les 500 $ nécessaires pour louer un autobus.

«Les gens nous demandent, par exemple, de ramener aux deux semaines des activités qui ont maintenant lieu à tous les mois. Mais on n'a pas d'argent. C'est tout ce qu'on peut faire pour l'instant», résume Mme Tardif. Cette année, la carte de membre de COMSEP est passée de 1 $ à 2 $, le repas qui coûtait 3 $ pourrait être proposé à 4 $ ou 5 $, des activités qui étaient offertes gratuitement seront payantes. Sylvie Tardif compte sur de nouvelles collaborations avec, entre autres, Moisson Mauricie, pour atténuer le plus possible les effets collatéraux des mesures gouvernementales.

À bout de souffle

Si certaines mesures instaurées par le gouvernement touchent négativement les plus démunis de la société, dont certains utilisent les services de COMSEP à Trois-Rivières, elles minent également le moral des intervenants communautaires qui, eux aussi, sont à bout de souffle. Précarité d'emploi, charge supplémentaire pour l'équipe de direction, stress accru sont autant de nouvelles réalités qui poussent certains intervenants à rentrer au travail à reculons.

«Les choix du gouvernement nous touchent aussi, les intervenants, individuellement. Ça, nous n'en n'avions pas pris conscience avant de rencontrer une spécialiste de la santé mentale en décembre. Une intervenant de longue date me disait qu'elle trouvait ça lourd, maintenant, de venir travailler», reconnaît Mme Tardif en qualifiant les mesures d'austérité de «violence institutionnelle». «Certains intervenants me disaient qu'ils n'avaient jamais eu envie de prendre leur retraite, mais qu'ils avaient l'impression d'être rendus là tant la précarité de l'organisme est lourde à porter.»

«Entre nous, on appelle ça de la violence institutionnelle», renchérit-elle. «Nous avons suivi une formation intitulée ''Les impacts de l'austérité sur la santé mentale''. Nous avons vu les conséquences de ces impacts sur la santé des gens, mais également sur la santé des intervenants, sur nous comme équipe de travail. On ne dort pas bien. Une responsable de la comptabilité m'a avoué qu'elle ressentait toujours une pression. On marche sur un fil de fer tout le temps.»

«C'est un grand recul», conclut Sylvie Tardif. «Le gouvernement n'a aucune compassion par rapport aux personnes pauvres. Une indifférence qu'on n'a jamais sentie auparavant, même sous le gouvernement Charest.»

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