Feu à Louiseville: une locataire accusée d'incendie criminel

L'immeuble de 12 logements est une perte totale.... (Stéphane Lessard)

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L'immeuble de 12 logements est une perte totale.

Stéphane Lessard

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(Louiseville) «Est-ce que ce feu aurait dû arriver? Non! Est-ce qu'il aurait pu être évité? Oui! Heureusement qu'il n'y a pas eu de mort. Mais peut-être que pour le gouvernement, c'est le temps de légiférer.»

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Jacques Ferron est rapidement arrivé sur les lieux de l'incendie, le 4 janvier.

Stéphane Lessard

Jacques Ferron, propriétaire de l'immeuble à logements de la rue Notre-Dame, à Louiseville, qui a été incendié le 4 janvier, souhaite que le gouvernement adapte ses lois en lien avec les soins à apporter aux personnes atteintes de maladies mentales.

M. Ferron estime que le gouvernement devrait avoir le pouvoir d'obliger ces personnes à recevoir des soins, peu importe qu'elles soient consentantes ou non, afin d'éviter des drames.

Une locataire de l'immeuble a été arrêtée, jeudi, en lien avec cet incendie. Il s'agit de Sonia Dumas, 45 ans. Elle a formellement été accusée d'incendie criminel et de bris de probation pour avoir omis de garder la paix et avoir une bonne conduite dans un dossier judiciaire antérieur.

La suspecte est d'ailleurs apparue désorientée dans le box des accusés lors de sa comparution. Et pourtant, elle venait à peine de recevoir son congé de l'hôpital à la suite d'un séjour en psychiatrie.

Me Karine Bussière, qui représentait alors l'avocat de la prévenue, Me Emmanuel Ayotte, a expliqué au tribunal qu'après une courte rencontre avec Sonia Dumas dans les cellules, elle avait constaté que celle-ci avait beaucoup  de difficulté à comprendre les procédures judiciaires. Elle a donc demandé au juge David Bouchard d'ordonner une évaluation psychiatrique visant à déterminer son aptitude à comparaître, ce qui lui a été accordée. 

La Couronne s'est par ailleurs objectée à la remise en liberté. La suspecte compte en effet des antécédents judiciaires en matière de vol. Son dossier a été reporté au 21 janvier.

Lors de l'incendie du 4 janvier, une autre locataire de l'immeuble, Stéphanie Bisson, avait identifié Sonia Dumas comme étant la responsable très probable de cet incendie. L'accusée est semble-t-il atteinte de maladie mentale, un état qui aurait engendré quelques transports par ambulance depuis qu'elle habite sur la rue Notre-Dame Sud, soit depuis octobre dernier.

«La dame va à l'urgence, en ambulance. Elle signe un refus de traitement. Elle revient à son logement. Les policiers ne peuvent rien faire. Est-ce que le système va prendre des mesures pour corriger ça? J'ai des grands doutes. Qu'est-ce qu'ils attendent?», demande M. Ferron.

Ce dernier sait fort bien que les droits de la personne sont pour tout le monde. Sauf que lorsqu'une personne atteinte de maladie mentale dérange son entourage à ce point, ce sont les droits des gens autour d'elle qui sont atteints, plaide le propriétaire.

«Le matin du feu, elle est descendue toute nue, rapporte M. Ferron. Quand même que la police l'aurait arrêtée pour indécence, la justice l'aurait relâchée avec une date de comparution, elle aurait été jugée comme un cas psychiatrique et aurait été acquittée. Qu'elle soit arrêtée, ça va changer quoi? Ça ne va pas changer grand-chose parce que les politiques du gouvernement ne sont pas adaptées à ce monde-là. C'est regrettable.

Si cette femme était suivie, ou en résidence, et qu'elle prenait ses médicaments, elle fonctionnerait bien. Pour mettre le feu et risquer ta vie, faut que tu sois délinquant et je ne pense pas qu'elle soit une délinquante quand elle prend ses médicaments. Souvent, dans ces cas-là, les gens ne prennent pas leurs pilules. Et c'est là que ça saute.»

Selon Jacques Ferron, les dommages causés à son immeuble sont tellement importants que la bâtisse est considérée comme une perte totale.

Pas de solution optimale... mais des options disponibles

Tout en invitant la population à ne pas tomber dans la paranoïa à l'égard des personnes atteintes de maladie mentale, Raymond Leclair reconnaît qu'il n'y pas de solution optimale face aux différentes situations qui peuvent être engendrées par leur état.

M. Leclair est directeur-conseil à l'organisme Solidarité régionale d'aide et d'accompagnement pour la défense des droits en santé mentale du Centre-du-Québec et de la Mauricie. S'il n'existe pas de solution optimale, différentes options sont disponibles pour amener une personne souffrant de santé mentale à suivre un traitement.

«Une personne avec une problématique en santé mentale a les mêmes droits que tout le monde. Elle peut refuser les traitements, mais les médecins peuvent la garder de façon provisoire durant 72 heures pour l'examiner. Mais quelqu'un de la famille ou une personne ayant de l'intérêt pour cette personne peut demander une évaluation psychiatrique si on redoute un danger, si la personne est à risque de se faire du mal ou de faire du mal à autrui.»

Cette requête se fait devant la Cour du Québec. Si un juge accepte la requête, la personne est hospitalisée durant une semaine pour être évaluée. Si les rapports psychiatriques confirment que la personne est perturbée et dangereuse, elle reprend le chemin de l'hôpital et va y séjourner durant 21 jours afin d'y être traitée.

«C'est la garde en établissement, mais la loi P-38 demeure une loi d'exception, souligne M. Leclair. La loi n'oblige pas la personne à suivre le traitement. Si la personne collabore, elle va être stabilisée et va retrouver sa liberté. Si la personne refuse les traitements au bout de 21 jours, le centre hospitalier peut retourner devant le juge et demander une ordonnance de soins.»

Cette ordonnance de soins est fixée par un juge, qui a ainsi le pouvoir d'aller au-delà des droits de la personne. Habituellement, cette dernière est hospitalisée pour ajuster la médication. Mais elle pourrait continuer son traitement tout en étant à l'extérieur d'un centre hospitalier. Elle aurait l'obligation de se présenter à un centre de santé afin de recevoir une injection une fois par mois, par exemple.

Ces options valent essentiellement pour les gens qui sont dans la famille de la personne atteinte d'une maladie mentale. Mais de quelle façon un locataire peut agir s'il craint que son voisin de palier commette des gestes dangereux?

«Un voisin peut appeler la police pour des agissements qui l'insécurise, souligne M. Leclair. Mais ça prend plus que des soupçons. Ce n'est pas parce qu'une personne a une maladie mentale qu'il y a des risques. Sinon, on ne voudrait plus de personnes âgées dans un bloc appartement. Il y a des personnes âgées qui peuvent souffrir de démence.

En état de démence, ils peuvent être violents, ils peuvent mettre le feu en oubliant un chaudron sur la cuisinière. Une personne peut se parler seule dans la rue, mais est-elle dangereuse? Pas nécessairement. Si elle défonce les murs de son logement ou si elle fait un feu de camp dans son salon, c'est une autre paire de manches.»

Un signalement peut aussi être fait auprès d'un centre de santé si un voisin estime que la personne semble désorganisée. Un voisin peut aussi simplement aviser la famille de la personne ou directement l'aborder.

«Avant que ce ne soit trop grave, on peut discuter avec la personne en essayant de savoir si elle a de l'aide de la famille, un réseau autour d'elle. Ce serait un moyen préventif. Malheureusement, un moyen infaillible, il n'y en a pas.»

Hausse des interventions policières

Les cas de maladies mentales ne sont pas uniques à Louiseville. Le dernier rapport de la Sécurité publique de Trois-Rivières indiquait que le nombre d'interventions impliquant des personnes souffrant de maladies mentales a augmenté de 60 % en 2014.

Selon Raymond Leclair, le rythme de vie effréné entraîne son lot de stress chronique, de burn out et de mauvaise hygiène de vie. Les psychoses déclenchées par la consommation de drogue jouent aussi un rôle important dans ce rayon.

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