Elle risque la prison pour ses chats

Si Kathie Legault devait purger une peine de prison de 13 jours, qui s'occupera... (Archives)

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(Trois-Rivières) Si Kathie Legault devait purger une peine de prison de 13 jours, qui s'occupera de ses trois chats? La Trifluvienne, bénéficiaire de l'aide de dernier recours du gouvernement du Québec, risque en effet de prendre le chemin d'une cellule à défaut d'avoir déboursé, au cours des dernières années, les sommes annuelles réclamées par la Société protectrice des animaux (SPA) de la Mauricie. Du côté de la Ville de Trois-Rivières, on estime que Mme Legault a raté sa chance et que nul n'est sensé ignorer la loi.

Sur les ondes de Radio-Canada, Kathie Legault plaide l'ignorance. Après avoir signalé à la Ville de Trois-Rivières qu'elle était prête à cumuler des heures de travaux communautaires pour acquitter les licences de ses trois chats, elle assure qu'elle ne savait pas qu'elle devait se présenter elle-même à l'hôtel de ville pour finaliser l'entente. «Ce que je ne savais pas, et ce que beaucoup de citoyens ne doivent pas savoir, je pense, c'est qu'il faut se trouver nous autres même une place pour faire des travaux communautaires», précise Mme Legault.

En bout de piste, elle a reçu un avis de convocation et devra se présenter en cour le 28 janvier prochain. L'épée de Damoclès qui lui pend au-dessus de la tête: 13 jours de prison.

«Je comprends que ça aide [le paiement des licences] pour la SPA, pour avoir des revenus pour les animaux, et tout ça. Mais câline, il faut comprendre que s'ils [les chats] sont bien traités, s'ils sont bien soignés, s'ils sont bien nourris, qu'ils ne sont pas maltraités... Je ne suis pas capable [de payer]», se désole Mme Legault.

Cette dernière risque donc la prison, car non seulement n'a-t-elle pas réglé la facture de la SPA Mauricie, mais également l'amende de quasi 300 $ que la Ville de Trois-Rivières lui a fait parvenir pour non-paiement. «J'ai toujours payé mes plaques, mais cette année je ne travaille pas, ça ne va pas bien», affirme la femme de 47 ans. «Ça fait plusieurs années que ça traîne», note pour sa part le porte-parole de la Ville de Trois-Rivières, Yvan Toutant.

Du côté de la Ville, justement, on conçoit que la situation de Mme Legault est un cas rare et bien désolant, pour ne pas dire le seul que le porte-parole ait vu durant sa carrière, mais somme toute, nul ne peut se réfugier dans l'ignorance pour justifier un non-paiement de facture. La Ville estime avoir fait preuve de bonne volonté dans ce dossier, mais qu'il revenait à la citoyenne de passer de la parole aux actes en se présentant à ses bureaux pour concrétiser l'entente paraphée entre les deux parties. Maintenant, admet M. Toutant, c'est trop peu, trop tard.

«Elle avait accepté les travaux communautaires, mais elle ne les a jamais réalisés», mentionne M. Toutant. «L'ignorance n'est pas une défense. Je trouve ça triste, je trouve ça malheureux, mais on a donné à Madame toutes les chances. Avant d'en arriver-là, nous lui avons proposé toutes sortes de chances pour qu'elle puisse régler ce qu'elle devait», assure M. Toutant, en prenant en exemple d'autres situations où, après moult pourparlers, la Ville n'a eu d'autre choix que de se tourner vers les tribunaux.

«Malheureusement, c'est ce qui va arriver dans ce cas précis. Nous, on ne veut étouffer personne, mais en même temps on ne peut pas dire: on va laisser faire. La Ville a fait des efforts. Le dossier de Madame a été mis en collection, on est revenu à la charge une première fois, une deuxième fois, une troisième fois, on s'est entendu pour des travaux communautaires, tout a été accepté, mais elle ne les fait pas. C'est bien facile dire: je ne le savais pas», renchérit M. Toutant.

Du même souffle, il affirme que si Mme Legault avait téléphoné pour prendre arrangement, «même de 5 $ par mois pendant tant de temps», la Ville l'aurait accepté, mais encore aurait-il fallu que la citoyenne respecte sa parole. «On a du bon vouloir, mais un moment donné... Il n'y a pas eu d'effort, alors on est rendu là», conclut M. Toutant.

Notons qu'il revient à la SPA Mauricie d'appliquer le Règlement sur la garde d'animaux, dont l'enregistrement obligatoire des chats et des chiens sur le territoire de Trois-Rivières, ainsi que la perception des frais exigibles donnant ce droit de garde. Idem à Shawinigan, à Saint-Boniface et à Saint-Étienne-des-Grès. À Trois-Rivières, les propriétaires de chat doivent débourser entre 25 $ et 35 $ annuellement pour flatter leur bête en toute légalité.

Enfin, selon le Groupe d'aide et d'information aux personnes judiciarisées, il en coûte 179 $ par jour du trésor public pour incarcérer une personne dans une prison de niveau provincial, 322 $ par jour dans une prison fédérale. Grosso modo, environ 10 % des prisons provinciales du Québec hébergent des citoyens qui, en vertu de règlements municipaux, font face à des défauts de paiement.

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