Henri Provencher n'abandonne pas sa mission

Henri Provencher souhaite poursuivre l'oeuvre de la Fondation... (François Gervais)

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Henri Provencher souhaite poursuivre l'oeuvre de la Fondation Cédrika Provencher.

François Gervais

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(Trois-Rivières) Un mois après la découverte d'ossements de Cédrika Provencher, son grand-père demeure animé par une mission: celle d'empêcher qu'un tel drame se reproduise et qu'un autre enfant soit victime d'un prédateur.

Le 12 décembre en soirée, la nouvelle que tous craignaient depuis huit ans est tombée. À 23 h 06, la Sûreté du Québec (SQ) confirmait que les ossements trouvés la veille par un groupe de chasseurs dans un secteur densément boisé de Trois-Rivières étaient bien ceux de la fillette de neuf ans disparue le 31 juillet 2007.

«Nous avons passé une nuit à se demander si c'était elle ou non. Le lendemain, nous avons appris la nouvelle. Quelques minutes plus tard, ça sortait aux nouvelles», se souvient Henri Provencher. «Ça donne une claque, c'est sûr.»

Dès que la Sûreté du Québec a eu la confirmation qu'il s'agissait bien de restes de la petite Cédrika, une vaste opération regroupant jusqu'à 200 policiers a été mise en branle. Le secteur a été passé au peigne fin durant une dizaine de jours.

Bien qu'il n'est pas du tout au fait des découvertes de la SQ, Henri Provencher estime que les enquêteurs ont pu recueillir tous les indices toujours sur place. «Les policiers n'auraient pas quitté le site alors qu'il restait encore quelques journées propices aux recherches s'ils n'avaient pas été satisfaits», croit-il. «J'ai attendu durant huit ans avant qu'on retrouve Cédrika. Je peux attendre encore huit autres années s'il le faut avant qu'on arrête son meurtrier. Et ça va arriver tôt ou tard.»

La famille de la petite ne sait toujours pas à quel moment des funérailles pourront être célébrées. Henri Provencher indique que cette décision revient aux parents de la fillette. «Nous n'avons aucune information des policiers. Ils ont peut-être des tests à effectuer. On ne peut pas faire un service dans ces conditions», note-t-il.

Malgré les nombreuses questions qui demeurent toujours sans réponse alors que les policiers étudient les nouvelles pistes, Henri Provencher ne souhaite pas demeurer prisonnier du passé. Il désire maintenant regarder vers l'avant pour que plus aucun enfant ne connaisse le même sort que sa petite Cédrika. Animé par une sagesse certaine, il se détache des sentiments de haine qui pourraient facilement le submerger.

«Même si je braillais, même si je voulais tuer tout le monde, ma petite ne sera plus là. Ce n'est pas acceptable, mais il faut que tu puisses vivre avec ça sans te rendre fou ou t'imprégner de malheur pour le reste de tes jours», avoue Henri Provencher.

«Je vais toujours avoir une tristesse. Il va toujours y avoir des événements qui vont faire en sorte que tout ça va à nouveau me prendre au coeur. Même si je voulais tuer celui qui l'a fait à Cédrika, je vais lui faire la même chose qu'il a fait? Ça ne marche pas, c'est illogique dans ma tête. J'aimerais ça haïr, mais ce n'est pas dans ma nature. Je ne suis pas prêt à me détruire. Je sais qu'on peut tirer quelque chose de positif, c'est ce que j'espère.»

Déjà, Henri Provencher a commencé le ménage des locaux de la Fondation Cédrika-Provencher. Les affiches et les dépliants confectionnés pour retrouver sa petite-fille ne sont plus utiles. Ce processus rendu inévitable par la découverte de décembre dernier démontre clairement la volonté d'Henri Provencher de poursuivre les oeuvres de la fondation. «La Fondation Cédrika-Provencher continue exactement dans le même sens. Son but est d'éviter que cela arrive à d'autres», assure le grand-père de la fillette assassinée. «Ça me motive encore davantage à mettre toute l'énergie possible pour faire quelque chose de bien avec la fondation. Avant je prenais du temps pour les recherches de Cédrika, maintenant je prends tout mon temps pour la fondation.»

Ainsi, Henri Provencher continuera de développer Mobilisation Cédrika, un outil qui suggère des pistes à suivre lors d'une disparition d'enfant, de même que la Journée mondiale de prévention des enlèvements d'enfants ainsi que les trousses de sensibilisation aux enlèvements destinées aux enfants. L'humaniste qu'est M. Provencher rêve également à une grande assemblée des nations, à l'image de l'Organisation des nations unies (ONU), qui se pencherait sur le sort des enfants de partout sur la planète. «Des enfants sont enlevés par dizaines en Afrique pour qu'ils deviennent des soldats ou pour qu'on vende leurs organes.»

Mais pour réaliser ou développer ces projets, l'argent demeure le nerf de la guerre. La Fondation Cédrika-Provencher vit essentiellement par les dons de personnes touchées par sa mission. Du bout des lèvres, Henri Provencher avoue qu'il aimerait bien qu'un mécène vienne en aide à la fondation, mais il ne se fait pas d'illusion. Les finances de l'organisme demeurent malgré tout toujours précaires.

Le grand-père de Cédrika rêve certes à un monde meilleur, à une société qui respecte ses enfants et qui les protège, mais il invite tous et chacun à ne pas laisser place à une «hystérie collective». Conscient que l'enlèvement et le meurtre de sa petite-fille ont entraîné les parents à être plus méfiants face aux inconnus, il ne croit toutefois pas qu'on doive tous les associer à d'éventuels prédateurs.

«Lorsque je travaillais, je mangeais souvent mon lunch dans un parc. Je relaxais en regardant les enfants jouer. Aujourd'hui, tu ne peux plus faire ça. Quelqu'un s'assoit sur un banc de parc seul et tu vas voir rôder la police ça ne sera pas long. Ce n'est pas normal, ça ne se peut pas. Il s'agit d'être prudent sans toutefois paranoïer», note-t-il.

«On est capable de montrer à un enfant qu'il peut répondre à un adulte qui lui parle. Il doit toutefois rester à une certaine distance et demeurer vigilant afin de pourvoir partir s'il ne se sent plus en sécurité»,

Pour mieux faire connaître la mission de la Fondation Cédrika-Provencher, des imprimeurs ont décidé de produire gratuitement des dépliants d'information. L'organisme est maintenant à la recherche de bénévoles pour les distribuer. Henri Provencher invite donc les personnes intéressées à se manifester auprès de la fondation.

La population a d'ailleurs toujours été d'un très grand soutien pour la Fondation Cédrika-Provencher. Son fondateur en est d'ailleurs très reconnaissant. Les nombreux témoignages de solidarité laissés sur le site de la découverte des restes de Cédrika - des citoyens continuent d'ailleurs d'amener des animaux en peluche sur le site - démontrent qu'on ne peut rester insensible devant le meurtre d'une enfant, même inconnue.

Des citoyens touchés par le meurtre de Cédrika... (François Gervais) - image 2.0

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Des citoyens touchés par le meurtre de Cédrika Provencher continuent de déposer des animaux en peluche près du site de la découverte d'ossements de la fillette disparue en 2007.

François Gervais

Le fil des événements

Cédrika Provencher est disparue à l'été 2007 à l'âge de 9 ans. Elle aurait été vue pour la dernière fois précisément le 31 juillet, à 20 h 27. À 18 h, elle quittait son domicile pour aller rejoindre une amie dans son quartier paisible. Trois minutes plus tard, son vélo était retrouvé, abandonné contre une borne-fontaine. Depuis, aucune trace de la fillette, jusqu'au 12 décembre 2015.

À 19 h 15, le soir du 31 juillet 2007, des témoins auraient aperçu une voiture de marque Acura rouge mal stationnée en bordure de la rue. Son conducteur, un homme, en sortait et se rendait dans un boisé, d'où il ressortait au moment où Cédrika et sa petite amie passaient à proximité.

Dès le 1er août, la disparition de Cédrika Provencher entraînait une mobilisation monstre. En hélicoptère, en bateau ou à pied, une cinquantaine de policiers fouillaient le secteur. Quelque 175 bénévoles participèrent aux recherches. Le boisé situé près du poste d'Hydro-Québec, sur le boulevard des Chenaux, était fouillé au peigne fin. En après-midi, le vélo de la fillette était découvert derrière un conteneur à déchets sur la rue Dubé. Il sera déterminé plus tard que ce sont des jeunes qui l'y avait mis après l'avoir trouvé à l'angle des rues Chapais et Chabanel.

Le 2 août, les recherches se poursuivirent. Plus de 300 bénévoles affluaient sur les lieux. La Sûreté du Québec prenait la relève de la Sécurité publique de Trois-Rivières. Une trentaine d'enquêteurs travaillèrent sur ce dossier. La thèse de l'enlèvement était de plus en plus évoquée alors que les policiers continuaient d'affirmer que toutes les hypothèses demeuraient sur la table. L'inquiétude était palpable dans la population, la Ville révisait même à la hausse ses mesures de sécurité dans ses camps de jour.

Le 7 août, le nombre d'enquêteurs affectés à ce dossier passait d'une trentaine à une soixantaine. Six barrages routiers étaient érigés dans le quartier Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle dans l'espoir de dénicher de nouvelles informations. Le lendemain, quelque 200 bénévoles entreprenaient des recherches à la demande de la famille. Un site Internet sur la disparition de Cédrika était mis en ligne. En soirée, un large périmètre de sécurité était érigé dans un boisé au nord de la ville après la découverte de sous-vêtements d'enfants et de magazines pornographiques. Il s'agissait finalement d'une fausse piste.

Le 31 janvier 2008, une Acura rouge était saisie par la Sûreté du Québec. Toutefois, les expertises effectuées ne donnaient aucun résultat.

Toujours sans nouvelle, la famille Provencher faisait appel, le 9 juin 2009, à l'avocat Guy Bertrand pour recueillir des informations pouvant mener à la découverte de Cédrika. Ces information permirent de nouvelles recherches effectuées par des bénévoles dans un boisé de Trois-Rivières. En vain.

Le 25 juin 2010, la famille de Cédrika Provencher procédait au dévoilement d'une plaque commémorative située sur la Roseraie Cédrika Provencher, sur le boulevard des Chenaux à Trois-Rivières.

Le 10 août 2010, la Fondation Cédrika-Provencher voyait le jour, présidée par le grand-père de Cédrika, Henri Provencher. La Fondation souhaitait innover dans le domaine de la prévention des enlèvements d'enfants en plus d'assister et soutenir les familles qui vivaient un tel drame.

Le 31 juillet 2013, la Fondation Cédrika-Provencher organisait la toute première Journée de prévention des enlèvements d'enfants. Même si une quarantaine de personnes se présentaient au parc Chapais de Trois-Rivières, la messe commémorative qui se déroulait en soirée au petit sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, avait tout de même rassemblé un peu plus de 200 personnes. Idem le 31 juillet 2015, où la population était conviée au parc Pie-XII dans le cadre de la Journée mondiale de prévention des enlèvements d'enfants.

En juin 2015, la Fondation Cédrika-Provencher mettait en branle Mobilisation Cédrika, c'est-à-dire «un protocole opérationnel, une stratégie d'intervention concertée et structurée en recherche de personnes disparues», notait alors le grand-père de Cédrika.

Depuis sa création, la Fondation Cédrika-Provencher n'a cessé de mettre en place des actions pour que la mémoire de la petite fille ne s'éteigne auprès du public: randonnée en moto, bijou en mémoire de la jeune Trifluvienne, outil de recherche pour personne disparue, soutien aux familles, spectacle équestre, chaîne humaine contre les enlèvements, vente de rosiers, activité de zumba, collecte de fonds au Grand Prix de Trois-Rivières, etc.

En octobre 2015, le réalisateur Stéphan Parent tournait, à Trois-Rivières, un documentaire sur la disparition de Cédrika Provencher. Parmi les 350 informations qu'il a colligées pendant les semaines auparavant, la déclaration d'une personne originaire de la région pourrait, estimait-il, lancer les recherches policières sur une nouvelle piste et, espérait M. Parent, clore le dossier Cédrika Provencher avant que son documentaire ne paraisse sur les écrans en 2016.

Le 11 décembre 2015, trois chasseurs de la région découvrent des ossements dans un secteur densément boisé de Trois-Rivières, à la limite avec la municipalité de Saint-Maurice. La Sûreté du Québec établit un poste de commandement à cet endroit.

Le 12 décembre à 23 h 06, la Sûreté du Québec confirme que les ossements trouvés sont ceux de Cédrika Provencher.

Du 13 au 22 décembre, la Sûreté du Québec a passé le secteur au peigne fin afin de découvrir d'éventuels indices pouvant mener à l'identification du meurtrier. Certaines journées, près de 200 policiers ont participé aux recherches.

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