Des immigrantes qui embrassent la région

Cécilia Protz Salazar et Amina Chaffai, deux femmes... (François Gervais)

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Cécilia Protz Salazar et Amina Chaffai, deux femmes immigrantes aux parcours très différents qui ont choisi la Mauricie.

François Gervais

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(Trois-Rivières) Cécilia Protz Salazar et Amina Chaffai sont deux amies qui ont plusieurs points en commun, dont celui d'avoir choisi la Mauricie pour s'établir et voir grandir leurs enfants. Ces deux femmes immigrantes ont pourtant eu des parcours très différents avant de connaître une vie heureuse dans la région.

Cécilia Protz Salazar comprend très bien ce que vivent les réfugiés syriens. Les images des marées humaines qui fuient les atrocités d'une guerre civile et les tueurs sanguinaires du Groupe armé État islamique lui brisent le coeur. Cela lui rappelle sa propre fuite du Chili en 1987 alors qu'elle était dans la jeune vingtaine et que le général Pinochet menait d'une main de fer ce pays d'Amérique du Sud. Cette dictature était sans pitié pour les opposants du régime, pour tous ceux qui pensaient différemment.

«J'étais très jeune quand j'ai quitté le Chili, j'avais 21 ans. J'étais une militante étudiante qui luttait contre la dictature, j'ai commencé très jeune. J'étais donc une réfugiée politique», confie la dame aujourd'hui établie dans la région où elle mène une belle vie de famille et professionnelle.

«J'étais à l'université à l'époque. Plusieurs personnes se faisaient tuer ou disparaissaient enlevées par la dictature.»

Tristement célèbre pour l'utilisation abondante de la torture, des enlèvements et des assassinats politiques, le régime de Pinochet n'hésitait pas à attaquer militairement sa population.

«Il y avait des morts partout. Le régime bombardait des quartiers le soir et il y avait des couvre-feux très tôt dans la journée. On ne pouvait pas sortir comme on voulait. On trouve encore des morts aujourd'hui», précise Cécilia Protz Salazar.

La jeune étudiante militante qu'elle était à l'époque n'a pas été épargnée par les crimes de la dictature chilienne. Plusieurs personnes de son entourage ont disparu ou ont été assassinées par le régime de Pinochet. «Ma propre mère a vécu la prison pendant longtemps. Elle a été torturée et a vécu l'exil en Argentine. Moi j'ai pu me sauver quand j'étais jeune, mais ma mère et mon petit frère ont été emprisonnés. Il n'avait même pas quatre ans», ajoute-t-elle. «C'est horrible de faire ça, uniquement parce que ma mère protestait contre le régime avec les autres femmes. Ce n'est pas des gens qui étaient violents ou qui posaient des bombes. Ils n'étaient simplement pas d'accord avec la dictature.»

À 21 ans, alors que tout le monde de son entourage se faisait emprisonner ou tuer, Cécilia Protz Salazar n'a d'autre choix que de quitter le pays. Elle était guidée par l'instinct de survie. Juste avant de quitter le Chili, des parents qu'elle ne connaissait pas lui ont confié leurs enfants. Un geste de désespoir qui bouleverse encore Cécilia Protz Salazar. Lorsqu'elle évoque ce souvenir, ses yeux se remplissent de larmes.

«Comme j'étais seule et que j'étais jeune, ils m'ont confié les enfants», souligne-t-elle. «Ce n'était pas un choix. Il fallait quitter, sinon c'était la mort. C'est le manque de choix. Je peux comprendre vraiment ce qui arrive aux réfugiés politiques de la Syrie. Les parents ne veulent même pas se sauver eux, mais sauver les enfants. Mais les enfants que j'ai amenés sont ici et vont bien maintenant. Ils ont tous étudié et contribuent à la société.»

À son arrivée au Québec, Cécilia Protz Salazar a été accueillie par un groupe communautaire, où elle a pu recevoir bottes chaudes et manteaux d'hiver. Les températures froides de novembre sont arrivées en même temps qu'elle. Comme bien des immigrants, elle a connu un véritable choc thermique. «J'ai trouvé que tout était beau, que c'était très tranquille et que les gens étaient calmes. Ce n'était pas du tout la même situation qu'on vivait au Chili. Même tard, on pouvait se promener dans la rue. Et il y avait des cafés et une vie nocturne», indique-t-elle en se rappelant la joie qu'elle avait de se retrouver dans une société en paix.

Vient ensuite l'apprentissage de la langue française, un passage obligé et nécessaire pour la jeune réfugiée. Une fois la langue de Molière maîtrisée, elle a fait une technique en nutrition puis un baccalauréat en travail social. Elle a fait de la lutte aux inégalités le combat de sa vie. «Je trouvais à mon arrivée que les gens avaient beaucoup de choses, dont l'accès à l'éducation, mais les gens n'en profitaient pas. Ils tenaient ça pour acquis. [...] J'ai un engagement envers le Québec. Je lutte contre la pauvreté et l'itinérance. Je n'accepte pas ça. La démocratie, on doit en prendre soin. Il faut s'impliquer. Et il ne faut pas la tenir pour acquise. Au Chili, on a toujours vécu en démocratie, avant que la dictature arrive.»

Si au début elle ne voulait pas quitter Montréal, Cécilia Protz Salazar s'est finalement laissé convaincre par son conjoint, un Québécois, pour s'établir en région. Après un passage à Joliette, ils ont trouvé du travail à Trois-Rivières.

«On s'est acheté une maison à Trois-Rivières et on a deux enfants (deux étudiants de 21 et 19 ans)», dit-elle avec un large sourire. «Lorsque je retourne à Montréal, je me dis que ne vivrais plus là. C'est plus chaleureux à Trois-Rivières.»

Embrasser le Québec jusqu'en politique

Amina Chaffai a également épousé entièrement la société québécoise. Celle qui est aujourd'hui l'attachée politique de la députée de Laviolette et ancienne ministre Julie Boulet a quitté le Maroc, son pays natal, dans des circonstances bien différentes. Elle n'a pas fui de guerre civile ni de dictature. Il n'en prenait pas moins du courage pour quitter le pays de ses ancêtres pour une contrée de glace et de neige.

Pour Amina Chaffai, la porte d'entrée du Québec a été l'Université du Québec à Trois-Rivières grâce à un programme de la Francophonie. Venant du Maroc, elle n'avait bien sûr pas la barrière de la langue. «Parmi les Marocains que j'ai connus, très peu sont restés en Mauricie. La plupart ont quitté pour une plus grande ville, comme Montréal», note celle qui est également arrivée seule dans la région.

Même si elle maîtrisait déjà la langue française, Amina Chaffai avoue avoir vécu un très grand choc. «Je suis arrivée la veille de Noël. J'ai été accueillie par une famille amie de la mienne. Et il faisait extrêmement froid. Je m'étais acheté au Maroc un beau petit manteau et des petites bottes. Je me suis très vite rendu compte que c'étaient des vêtements d'intérieur», confie-t-elle en riant. «Le choc de l'hiver, c'est quelque chose. Le vocabulaire était aussi différent. Je parlais français, mais c'était différent.»

Ces deux femmes aux parcours très différents, mais aujourd'hui parfaitement intégrées à la société d'accueil, estiment que les immigrants doivent faire les efforts pour s'intégrer. Pour y arriver, elles les invitent à faire du bénévolat, à se détacher du sentiment de confort que l'on retrouve au sein de sa communauté d'origine.

«Pour s'intégrer dans la vraie société, il fallait sortir de l'université. Ce que je dis à tous les immigrants qui arrivent, c'est de faire du bénévolat. Si tu viens du Chili et que tu es toujours avec des Chiliens, tu n'avances pas dans la société d'accueil», affirme la fille du désert qui oeuvre aujourd'hui en politique québécoise.

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