Changements climatiques: du pain sur la planche pour Trudeau en 2016

Après les beaux discours, c'est le temps de passer à l'action. Fraîchement... (Associated Press)

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Fannie Olivier
La Presse Canadienne

Après les beaux discours, c'est le temps de passer à l'action. Fraîchement revenu de la Conférence sur le climat à Paris, le gouvernement de Justin Trudeau doit désormais se retrousser les manches et poser des gestes tangibles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre au pays.

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Le gouvernement de Justin Trudeau doit désormais se retrousser les manches et poser des gestes tangibles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre au pays.

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La chose nécessitera une bonne dose de doigté et le sens du compromis, car les intérêts des provinces sont souvent en contradiction sur cet enjeu.

L'année 2015 aura été marquée par un virage à 180 degrés sur la façon dont Ottawa aborde la question des changements climatiques. Au pouvoir depuis près de 10 ans, les conservateurs de Stephen Harper s'étaient faits les ardents promoteurs des sables bitumineux de l'Ouest.

Au cours de leurs mandats, les lois de protection de l'environnement se sont progressivement affaiblies et peu a été fait concrètement pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) au pays.

Le gouvernement conservateur est sorti de son inertie en la matière au mois de mai pour proposer une cible de réduction des GES de 30 pour cent d'ici 2030, par rapport aux niveaux de 2005. Les partis d'opposition d'alors - Parti libéral compris - avaient dénoncé cet objectif jugé bien peu ambitieux.

Des mois plus tard, c'est toutefois cette cible que les libéraux au pouvoir ont présentée au monde entier à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques.

L'une des questions en suspens pour 2016 est de savoir si les libéraux fixeront un nouvel objectif de réduction des GES. La ministre de l'Environnement et des Changements climatiques, Catherine McKenna, a déjà indiqué que la cible des conservateurs était un «plancher» et non un plafond. Mais en entrevue, le premier ministre Justin Trudeau a semblé frileux à se montrer plus ambitieux, plaidant qu'au fond, le plan est bien plus important que la cible.

«Depuis 20 ans, les conversations politiques ont toujours été concentrées sur les cibles», a dit M. Trudeau à La Presse Canadienne.

«On a un jeu où les gens mettent des cibles et ne font rien pour les atteindre. Je refuse de jouer à ce jeu-là, parce que c'est justement le jeu qui a fait (en sorte) qu'on n'a rien fait quasiment depuis 20 ans là-dessus», a-t-il déploré.

Le premier ministre libéral a promis de tenir une rencontre fédérale-provinciale sur la lutte aux changements climatiques dans les 90 jours suivant la conférence de Paris.

Il reste donc un peu moins de trois mois à Mme McKenna pour faire le travail de débroussaillage. «Je planifie une rencontre avec mes homologues, les ministres de l'Environnement, aussitôt que possible, quelque part à la fin janvier, idéalement», a-t-elle indiqué à la sortie d'une réunion du cabinet avant les Fêtes, la semaine dernière.

Prix sur le carbone

À l'ordre du jour devraient figurer des discussions sur les façons de fixer un prix national sur le carbone - une chose que les libéraux se sont engagés à faire.

Avec l'Alberta qui a promis une taxe sur le carbone semblable à celle de la Colombie-Britannique, et le système de plafonnement et d'échange des droits d'émission du Québec qui s'étendra à l'Ontario et au Manitoba, le chemin est bien pavé par les provinces.

La Saskatchewan de Brad Wall se montre la plus récalcitrante, mais les libéraux semblent déterminés à aller de l'avant.

«Je vois difficilement comment ils pourraient ne pas le faire, peu importe les protestations de Brad Wall», a soutenu le directeur principal d'Équiterre, Steven Guilbeault, en entrevue téléphonique.

Les libéraux devront par ailleurs s'affairer à concrétiser leurs promesses électorales, comme des investissements massifs pour les infrastructures vertes et les transports collectifs.

Pour Pierre-Olivier Pineau, professeur spécialisé sur les questions énergétiques à HEC Montréal, il va de soi que les cibles actuelles de réduction des GES ne pourront être atteintes sans mettre en oeuvre un plan.

«On ne peut pas atteindre nos cibles avec les balbutiements de plans que nous avons. Il va falloir être bien plus agressifs dans nos politiques en transport et en bâtiment, notamment, pour pouvoir les atteindre», a-t-il signalé en entrevue. Dans ce contexte, ça ne servirait à rien d'établir une cible plus élevée, à son avis.

Pipelines

Ottawa devra aussi décider comment il entend gérer le dossier des oléoducs, notamment celui d'Énergie Est. Les troupes de M. Trudeau avaient promis en campagne de revoir entièrement le processus d'évaluation environnementale pour de tels projets.

Il est toutefois loin d'être certain que les évaluations pour les projets qui ont déjà commencé à être étudiés devront être reprises du début, ce que déplore Steven Guilbeault.

«En campagne, M. Trudeau avait été très clair qu'on reprendrait le processus d'évaluation pour Énergie Est après l'avoir mis à jour au niveau fédéral. Alors, là, ce qu'on entend, ce n'est pas du tout évident que c'est ça», a-t-il noté.

M. Trudeau répète que «ce sont les Canadiens qui vont décider» de l'acceptabilité des projets tels que celui de TransCanada, mais il ne spécifie pas comment il sondera la population.

Sur le terrain du transport du pétrole comme d'autres, ce ne sera pas de tout repos de s'entendre pour les provinces.

«Ça va être très difficile. Les économies des provinces sont extrêmement diversifiées, très différentes. Par exemple, en Saskatchewan et en Alberta, les émissions de GES par habitant sont plus que six fois plus élevées que les émissions québécoises», a signalé M. Pineau.

Le chercheur suggère une approche conciliante, axée sur une réduction de la consommation d'énergie pour faire fléchir la demande, et par ricochet, l'activité du secteur des hydrocarbures.

«Je suggérerais une approche qui n'implique pas la confrontation, mais qui est axée sur la réduction de la demande», a-t-il plaidé.

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