Les abus commis par l'Église catholique dénoncés

Ghyslain Parent, professeur titulaire au Département des sciences... (Olivier Croteau)

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Ghyslain Parent, professeur titulaire au Département des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Olivier Croteau

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(Trois-Rivières) Le professeur Ghyslain Parent récidive. Après avoir offert des services conseils, en août dernier, à une victime d'abus sexuels posés par des membres québécois de l'Église catholique, le professeur titulaire de l'Université du Québec à Trois-Rivières en remet une couche, cette fois en signant une lettre d'appui à une autre victime, M. de Liguori (nom fictif), missive qui sera postée cette semaine au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, et au pape François.

M. Parent travaille depuis près de 10 ans à décortiquer le scandale planétaire des abus sexuels commis par des hommes en robe. Il y a quelque temps, il prenait une année sabbatique pour éplucher la question, rencontrer des victimes, leur tendre une oreille attentive, une oreille qui donnerait foi à leur histoire et à leur misère. C'est dans ces heures de bénévolat qu'il a eu le loisir d'échanger avec M. de Liguori, 81 ans. Ce dernier a rédigé un plaidoyer de 400 pages où il expose en menus détails les sévices sexuels et financiers qu'il a subis. Pour donner une crédibilité supplémentaire à ce volumineux document, le professeur Parent a accepté d'en préfacer l'incipit sous forme épistolaire.

M. de Liguori est un homme «solide, articulé et organisé», note M. Parent. À l'âge de huit ans, alors qu'il pataugeait dans une enfance «baignée à l'eau bénite», il a subi une première agression. «Sa propre mère lui a donné une gifle à la figure lorsqu'il [l'enfant] lui a révélé les abus qu'un religieux lui infligeait», écrit le professeur. Aussitôt, M. de Liguori s'est plongé dans le mutisme. Du moins jusqu'à ce qu'il rédige, en 1979, 400 pages racontant le calvaire où il a cheminé. 400 pages qui devront patienter 35 ans avant de sortir de leur tiroir de silence. «Il savait que s'il se taisait, le poids de son cercueil serait trop lourd à porter», note M. Parent.

Même s'il inscrit une partie de ses actions dans le cadre des services à la communauté que tout professeur universitaire doit remplir, M. Parent avoue qu'il est particulièrement touché par la cause des moins bien outillés de la société qui, pour certains, jonglent quotidiennement avec des idées suicidaires. Calme et serein, il ne nourrit pas un venin particulier contre l'Église catholique, bien qu'il admette que son statut d'intellectuel et ses valeurs personnelles l'amènent à jeter un regard méfiant sur la religion, toutes les religions, particulièrement depuis les attentats de New York le 11 septembre 2001.

«Moi, je me sens une certaine responsabilité sociale envers toutes les personnes qui vivent des détresses. Autant présentement avec ce qui se passe avec les mesures d'austérité où des femmes, des jeunes et beaucoup de personnes se retrouvent en situation de problème et de détresse. Je suis sensible à ça», mentionne M. Parent, qui oeuvre dans le domaine de la réadaptation depuis plus de 40 ans. «Dans ma carrière, j'ai vu plusieurs souffrances, mais celle-là, elle est spécifique parce que très longtemps, les personnes abusées par les prêtres n'ont pas été crues.»

M. Parent est bien conscient que le passé de M. de Liguori serait mort dans l'oeuf si personne ne l'avait admis comme vrai, d'une part, et si personne n'avait donné suite à son document. Convaincu que l'Histoire gagnerait à conserver ce témoignage de source primaire, il reconnaît du même souffle que les chances d'obtenir une réponse et de l'ONU et, surtout, du Vatican, sont plutôt minces. M. de Liguori, lui, souhaite partager son expérience au plus grand nombre afin de faire la lumière sur ce sombre chapitre de l'Église catholique. Une histoire «singulière», mentionne M. Parent, dans laquelle un producteur pourrait trouver un certain intérêt.

«Je pense que nous sommes rendus à l'étape où il faut dénoncer et protéger la société», conclutM. Parent, en espérant que d'autres collègues universitaires monteront avec lui aux barricades.

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