«Attache ta tuque avec de la broche»

À l'instar de Julie Biron et de ses... (Andréanne Lemire)

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À l'instar de Julie Biron et de ses collègues tricoteuses, Geneviève Raymond, copropriétaire de Pompon Laine Café, mettra l'aiguille à la laine pour confectionner le plus de tuques possibles afin de garder les réfugiés syriens bien au chaud.

Andréanne Lemire

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(Trois-Rivières) Elles espèrent «changer le monde une maille à la fois». Et les premières mailles, des tricoteuses trifluviennes les ont enfilées pour les réfugiés syriens qui devraient fouler le sol de la cité de Laviolette d'ici la fin de l'année. Associées au centre Pompon Laine Café de la rue Bonaventure, elles travailleront d'arrache-pied la laine des moutons pour confectionner autant de tuques pour autant de réfugiés qui débarqueront au coeur de l'hiver.

Depuis que le Canada a donné son feu vert à l'accueil de 25 000 réfugiés syriens au cours des prochains mois, Pompon Laine Café s'est transformé en point de chute pour ceux qui souhaitent offrir des tuques et autres vêtements de laine destinés aux citoyens fuyant la guerre civile en Syrie. Le lieu de rencontre, qui propose des cours de tricot et du café aux amateurs de longues aiguilles, troquera son activité de Noël, prévue jeudi, par une séance de tricot en règle au profit des futurs résidents québécois.

«Habituellement nous sommes dans la période où l'on fabrique des cadeaux express, des petits patrons pour les tricoteuses aguerries. Puis on a décidé de se réorienter et on a demandé aux gens de venir tricoter avec nous. En fait, les Syriens n'ont pas demandé à quitter leur pays. Ils s'en viennent dans un milieu qui peut être assez hostile. Il n'ont pas choisi d'être en exil. Donc, si c'est réconfortant pour nous, tricoter, on se dit que ce sera réconfortant pour eux. Tricoter un morceau, c'est comme un lien d'affection, une preuve d'affection, d'amitié, de bons voeux, de bienvenue», note l'une des propriétaires de Pompon Laine Café, Julie Biron, qui se réjouit de la trentaine de tuques déjà au rendez-vous.

«Les Syriens ne viennent pas pour nous envahir. Ils restent avec une plaie, une cicatrice. L'exil, c'est comme une longue nuit d'insomnie», ajoute-t-elle. Une froide nuit d'hiver.

Pour l'heure, la boutique a recueilli non seulement des tuques et des vêtements chauds, mais également des sacs d'école et autres objets d'utilité quotidienne comme autant de petits mots de bienvenue. L'initiative locale s'inscrit dans la lignée d'un mouvement d'envergure lancé par l'artiste Danielle Létourneau, qui souhaite ouvrir ses bras aux 25 000 réfugiés en leur faisant cadeau de 25 000 tuques. Une manière, en quelque sorte, de les accueillir chaleureusement. Presque 10 000 personnes ont déjà apprécié la page Facebook de l'événement 25 000 tuques. Une centaine de points de dépôt se sont enregistrés dans la danse un peu partout au Québec et au Canada, dont Pompon Laine Café, l'Université du Québec à Trois-Rivières et la SDC Centre-ville de Trois-Rivières (1650, rue Champlain).

«On sent un élan du coeur», ajoute Mme Biron, en rappelant les autres vagues de solidarité qui ont parsemé l'histoire québécoise, comme celle à l'origine des réfugiés chiliens en 1973 ou des boat-people vietnamiens. Et pourquoi des tuques? Pourquoi pas des mitaines, des foulards, des chaussettes? «Parce que la tuque, ça fait partie de notre culture», remarque Mme Biron. À preuve, dit la tricoteuse, cette expression tissée pure laine: «Attache ta tuque avec de la broche». «Il y a quelque chose de culturel dans ce petit objet. Ce n'est pas un bonnet, on ne tricote pas des bonnets, on tricote des tuques.»

Comme chaque projet de tricot est défini en fonction des goûts de la personne qui portera le résultat final, les tuques tricotées pour les réfugiés syriens auront, certes, une couleur particulière.

«Quand on tricote, on pense beaucoup à l'autre, quelle couleur il va aimer, qu'est-ce qui va être pratique, qu'est-ce qui va être chaud. C'est un geste d'empathie, tricoter. Quand on tricote pour quelqu'un d'autre, on se demande: qu'est-ce qui serait le mieux? Qu'est-ce qui va fonctionner avec sa garde-robe, coloré, passe-partout, chaud? Donc quand on tricote pour des réfugiés, on va essayer de faire des choses colorées, on va essayer d'utiliser des matières qui vont être belles mais qui ne demanderont pas trop d'entretien. Certains ont même mis des petits mots à l'intérieur des tuques. Des gens ont marqué un ''bienvenue'', un ''fait à la main'', un ''nous sommes heureux de vous accueillir''», rapporte Mme Biron. «On change le monde une maille à la fois», conclut-elle.

Les personnes intéressées à faire don d'une tuque peuvent passer directement au local de Pompon Laine Café, situé au 667, rue Bonaventure. On consultera la plage horaire du commerce en visitant son site Internet au www.pomponlainecafe.com.

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