Enquête publique du coroner: les psychiatres témoignent

Luc Malouin, coroner.... (Stéphane Lessard)

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Luc Malouin, coroner.

Stéphane Lessard

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'enquête publique du coroner Luc Malouin sur le décès de Ginette Poisson, survenu au CHAUR le 5 octobre 2013, a pris fin, vendredi, avec les témoignages de deux psychiatres et les représentations des parties intéressées.

Dans un premier temps, le Dr Fabrice Pelletier, psychiatre, a précisé que celle-ci avait des idées suicidaires pratiquement en continu mais que jamais il ne les avait prises à la légère. Selon lui, elle vivait une grande souffrance et avait perdu le contrôle de sa vie.

Malheureusement, elle aurait été réfractaire à la plupart des interventions médicales, sauf pour les électrochocs. «Mon travail n'est pas de traiter le suicide mais de comprendre l'essence de cette souffrance. Dans son cas, elle ne nous donnait pas accès à ce qui se passait à l'intérieur d'elle», a-t-il mentionné.

Il a ajouté que même si sa dernière hospitalisation en juillet 2013 était volontaire, elle exigeait sa liberté tout en agissant de façon à leur donner tous les outils pour la lui enlever.

Interrogé sur les raisons qui l'avaient poussé à ne pas demander une surveillance constante pour sa patiente, il croit que cela ne l'aurait pas aidée à se sortir de la mécanique sous-jacente qui l'amenait à songer au suicide. Cela aurait même accru son désespoir.

Le coroner a d'ailleurs abondé dans le même sens, précisant qu'une personne qui veut vraiment se suicider va y parvenir même si elle est surveillée 24 heures sur 24.

Pour sa part, le Dr Henri Boucher, psychiatre, a raconté avoir resserré la surveillance à la suite d'une tentative de suicide le 22 septembre en privant notamment Mme Poisson de congés temporaires. Il s'est défendu lui aussi d'avoir minimisé ses intentions suicidaires tout en admettant qu'il les jugeait faibles parce qu'elle était hospitalisée.

En d'autres mots, et c'est ce qui est ressorti des plaidoiries des avocats qui défendent les médecins et le CIUSSS, le décès de Mme Poisson était inévitable. Maintenant, le coroner aura justement à décider quelles sont les améliorations qui peuvent être apportées pour éviter qu'un tel événement se reproduise dans les hôpitaux, surtout chez les personnes souffrant de problématique de santé mentale et de dépression.

En ce sens, Me Luc Malouin a clairement manifesté l'intention d'émettre une recommandation pour s'assurer que les traitements d'électroconvulsivothérapie soient disponibles en tout temps, sans délai et que l'appareil soit conforme. Sur ce point, le CIUSSS soutient avoir déjà apporté les correctifs nécessaires.

Un autre point qui risque fort de faire l'objet de recommandations est relié au soutien et à l'accompagnement à apporter aux proches des personnes hospitalisées dans l'aile psychiatrique. La fille de Mme Poisson, Élyse Granger a en effet clairement demandé que des actions soient faites en ce sens, et ce, afin d'outiller et guider les familles et de parfaire les communications.

Dans le cas présent, elle a déploré ne jamais avoir su quelles étaient ses responsabilités et son rôle lors des sorties temporaires de sa mère. Le coroner a convenu qu'il s'agissait en effet d'un minimum.

De son côté, le CIUSSS se targue d'avoir déjà apporté plusieurs changements significatifs depuis les plaintes formulées par les familles mais entend prendre les mesures nécessaires pour améliorer l'aspect des communications avec les familles sous réserve des paramètres clinique et juridique.

D'autres éléments qui risquent d'être examinés par le coroner à la demande de la famille ont trait à la présence ou non d'objets tranchants dans l'aile psychiatrique, les draps et les normes en matière de sécurité et surveillance. Mme Granger a pris soin de mentionner au coroner qu'une unité psychiatrique devait être un lieu hautement sécuritaire.

Le rapport du coroner devrait être rendu public au plus tard au printemps prochain.

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