Changements climatiques: le Grand Nord écope aussi

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Esther Lévesque, spécialiste de l'écologie végétale arctique de l'UQTR.

François Gervais

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Depuis 26 ans, Esther Lévesque met régulièrement le cap sur le Grand Nord. Spécialiste de l'écologie végétale arctique de l'Université du Québec à Trois-Rivières, la scientifique étudie les effets des changements climatiques sur les écosystèmes des secteurs du Québec qui s'étendent jusqu'à l'extrême nord de l'Arctique.

Des changements climatiques, il y en a toujours eu, dit-elle, «mais là, c'est rapide», constate-t-elle. «Il ne faut pas être naïf et penser que rien ne change.»

Ces changements, elle les documente surtout en observant la végétation en lien avec l'état du pergélisol.

Même s'il n'est pas clair encore que la limite des arbres se déplacera ou non vers le nord, certaines espèces d'arbustes, celles qui s'adaptent le plus vite, deviennent plus abondantes et plus grosses, constate-t-elle. «Et il y a des endroits où les arbres poussent mieux qu'ils poussaient», dit-elle.

«Mais ce qui est très marquant, ce sont les arbustes près de la limite des arbres en ce moment», dit-elle.

Ils font en effet compétition aux espèces à petits fruits très prisées par les populations locales, comme la canneberge sauvage, le bleuet et la camarine, qui deviennent de plus en plus difficiles d'accès.

C'est que ces plants à fruits, qui poussent en milieu ouvert, se retrouvent de plus en plus en sous-couvert végétal et sont donc moins abondants.

Les réactions de l'écosystème nordique aux changements climatiques ne sont pas identiques partout, toutefois, explique la chercheuse qui est aussi membre du Centre d'études nordiques.

«Ce qu'on remarque le plus, c'est la dégradation du pergélisol qui amène des glissements de terrain», dit-elle. Ces changements ne sont toutefois pas égaux dans l'ensemble du territoire, nuance-t-elle.

Dans certains secteurs, on trouve du pergélisol jusqu'à 500 mètres de profondeur tandis qu'ailleurs, il n'occupe que de petits espaces. C'est à la limite sud de l'Arctique que la dégradation est la plus observable, indique Esther Lévesque.

Si le territoire est bien drainé, la fonte n'attirera pas beaucoup l'attention, mais si le sol est gorgé de glace et que cette dernière fond, «l'eau coule et l'on perd du volume, donc le sol se tasse. On a alors une transformation topographique. Maintenant, il y a des études de risques pour évaluer où mettre les maisons et pour trouver les secteurs où l'on risque le moins d'avoir du tassement», dit-elle.

En fondant, ces sols libèrent du gaz carbonique et du méthane, rappelle-t-elle, deux gaz à effet de serre puissants. «Il y a des endroits, en Russie, qui sont assez inquiétants parce qu'il y a de grandes quantités de carbone», dit-elle.

Même si les zones polaires sont visiblement affectées par les changements climatiques, les recherches actuelles «montrent surtout que c'est hétérogène. On ne peut pas prendre un modèle et dire qu'on l'applique partout», fait valoir la chercheuse.

Certains aînés, parmi les populations de ces secteurs, observent plus de neige qu'avant alors que d'autres constatent qu'il y a moins de neige et que la glace est plus épaisse, dit-elle. «C'est compliqué, la compréhension des changements», fait valoir Esther Lévesque, d'où l'importance, selon elle, de bien documenter le phénomène dans plusieurs secteurs et de faire beaucoup de comparaisons.

Malgré cela, résume la professeure Lévesque, «la tendance est la même. Ça change.»

La Terre a déjà connu des périodes de réchauffement beaucoup plus intenses que de nos jours, rappelle-t-elle. «Il y a déjà eu des Everglades à Ellesmere (dans le Nunavut)», dit-elle, comme le démontrent des fossiles de bois pétrifiés de 40 millions d'années trouvés dans le Grand Nord et qu'elle conserve précieusement dans son bureau. Bref, sans aucune dérive des continents, les régions arctiques auraient déjà connu un climat subtropical dans un lointain passé, explique-t-elle.

Cette fois-ci, toutefois, la professeure Lévesque estime que c'est l'influence de l'activité humaine, notamment l'intense déforestation et l'envahissement des périmètres urbains bétonnés et asphaltés qui est le plus à l'oeuvre pour expliquer la rapidité des changements climatiques actuels. Pour les populations et les écosystèmes du Nord, le grand défi sera de s'adapter tout aussi vite.

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