Faire cadeau de sa vie au suivant

Devant une salle comble de 300 personnes, Denis... (Olivier Croteau)

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Devant une salle comble de 300 personnes, Denis Lord a témoigné de sa reconnaissance au jeune donneur de 21 ans qui lui a permis de recevoir deux poumons tout neufs, mais surtout il a rappelé à l'assistance l'importance de signer sa carte de don d'organes et d'aviser ses proches de sa volonté de donner sa vie au suivant.

Olivier Croteau

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(Yamachiche) La vie. Voilà le cadeau de Noël que Denis Lord a reçu, un peu à l'avance, en juillet dernier. Après avoir subi une double greffes des poumons, l'homme de 56 ans était à Yamachiche, samedi, où il a prononcé devant 300 personnes une conférence pour remercier son donneur de l'inestimable présent qu'il lui a fait. Encore à bout de souffle au milieu de l'été, M. Lord reprend peu à peu haleine, à l'orée du temps des Fêtes qu'il escompte bien passer près de sa famille.

Avant de recevoir l'appel salvateur de son médecin le 10 juillet 2015, Denis Lord arrivait tout juste à monter une marche tant l'air peinait à parvenir jusqu'à ses poumons. «Deux marches, c'était trop», se souvient-il comme d'un mauvais rêve. Des poumons ravagés par 35 ans de tabagisme et autant d'années à travailler, sans masque, dans les vapeurs nocives d'un carrossier. Aujourd'hui, après une greffe des deux poumons, offrande inespérée d'un jeune homme de 21 ans, M. Lord a récupéré près de 92 % de ses capacités pulmonaires. Elles n'étaient que de 18 % en 2013. «C'est le jour et la nuit», avoue-t-il. «C'est le feu et l'eau», renchérit sa fille, Olivia Lord, architecte derrière le souper-conférence de samedi, organisé afin d'amasser des fonds pour la Fondation des greffés pulmonaires du Québec.

«Juste avant ma greffe, je suffoquais. Je n'avais plus de vie. Je m'étouffais avec ma salive. Certaines nuits, je m'empêchais de dormir pour être sûr d'avoir les yeux ouverts le lendemain», relate celui qui dit avoir vu, plus d'une fois, la lumière au bout du tunnel. «Pour donner un exemple, 18 % de capacité pulmonaire, c'est comme si tu te bouches le nez et la bouche et que tu respires avec une paille. Lorsque le temps est humide, il faut pincer la paille. Lorsque j'avais des infections, il faut la pincer encore. Un hiver, j'ai fait neuf pneumonies. Ma vie, avant la greffe, elle arrêtait au mois de novembre et elle recommençait au mois d'avril. Je vivais sur pause», témoigne-t-il. «Encore au mois d'avril dernier, je me suis ramassé à l'hôpital de Trois-Rivières parce que je crachais une demi-tasse de sang.»

Depuis sa transplantation, un nouveau jour s'est levé sur la famille Lord de Yamachiche. On ne déballe pas ce genre de cadeau deux fois, admet M. Lord. Si bien qu'il entend prendre soin du don qu'il a reçu, sa vie, agrémentant chacune de ses phrases d'une reconnaissance palpable envers ceux qui lui ont donné cette deuxième chance. «Merci aux médecins, mais surtout merci au donneur», répète-t-il. «Avec mes nouveaux poumons, je suis millionnaire. La richesse, je l'ai, c'est la santé.»

«Je vois la vie différemment. Juste un moineau et je suis émerveillé. Je vois un char tout pourri et je le trouve beau pareil», lance-t-il non sans une pointe de poésie.

Un point de vue repris en écho par sa conjointe, Denise Yergeau. La femme avoue avoir goûté à toute la gamme des émotions depuis juillet dernier. «Quand j'ai appris qu'il allait recevoir sa greffe, ça l'air que j'avais l'air d'une poule pas de tête. Je suis venue le visage mauve tellement j'étais rouge», se rappelle-t-elle. «J'ai pris ma retraite le 5 juillet et mon chum était opéré le 10. C'est un beau cadeau de retraite.»

Lors de sa conférence, prononcée à brûle-pourpoint et sans préparation, M. Lord a martelé un seul message, ou presque: l'importance de signer sa carte de don d'organes, mais également d'informer ses proches et sa famille de son choix. Car il importe de rappeler que même si l'on paraphe cette carte, rien n'oblige la famille éplorée à respecter cette volonté. Les vivants auront toujours le dernier mot sur les morts. À ce propos, M. Lord se veut rassurant: selon son expérience, un immense respect entoure le prélèvement des organes. «Ce n'est pas de la charcuterie», image-t-il.

Olivia Lord a mis en place le souper-conférence dans le cadre d'un projet de fin d'année au Cégep de Trois-Rivières. Mais c'est surtout pour témoigner sa reconnaissance envers la Fondation des greffés pulmonaires du Québec qu'elle a réservé le sous-sol de l'église de Yamachiche, plein à craquer samedi. «On a dû refuser des gens», indique-t-elle, tant les billets se sont vendus comme des petits pains chauds.

«Avant la greffe, mon père avait de la misère à manger, se laver était une corvée. Maintenant, il ne court pas, mais presque, et ça fait quand même juste quatre mois qu'il a été opéré. Je me disais donc que j'étais, entre guillemets, redevable à la Fondation, car c'est aussi eux qui lui ont sauvé la vie. Si j'ai encore mon père, c'est grâce à eux.»

Avec ses poumons tout neufs, M. Lord compte bien la reprendre, sa vie, là où il l'avait laissée, en excluant cependant la cigarette de ses gestes quotidiens. C'est là, en somme, le second message qu'il a transmis, samedi, devant l'assemblée. «Je veux sensibiliser les gens pour qu'ils ne commettent pas les mêmes erreurs que moi. Quand j'étais jeune, les gens me disaient: porte un masque en travaillant. Ou bien: fumer, ce n'est pas bon. Je leur répondais: c'est ma vie à moi. Chaque personne veut faire sa vie et vivre ses propres expériences. Mais si je suis capable de faire allumer du monde, tant mieux», voire, dans ce cas précis, en faire éteindre quelques-uns.

«Un de mes oncles me disait que j'avais reçu un mandat, celui d'aider du monde. Alors si ma conférence a pu aider du monde, sauver des vies, tant mieux. C'est la plus belle chose que tu ne peux pas avoir, un don d'organe, la vie. Il n'y a pas de plus beau cadeau que ça.»

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