Le sport envers et contre tous

Qu'il devienne, plus tard, hockeyeur professionnel ou professeur... (Olivier Croteau)

Agrandir

Qu'il devienne, plus tard, hockeyeur professionnel ou professeur d'éducation physique importe peu à Mathieu Basche. L'important pour le jeune Trifluvien, qui remonte actuellement la dernière pente d'une leucémie, c'est de continuer à pratiquer les sports qu'il affectionne.

Olivier Croteau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

(Trois-Rivières) «Quand je fais du sport, je me sens normal, je ne me sens pas comme un enfant malade.» Cette phrase, sortie de la bouche de Mathieu Basche, âgé de «onze bientôt douze ans», résume à elle seule le courage du jeune Trifluvien. En février 2013, Mathieu recevait un lourd diagnostic comme une tonne de plomb: la leucémie courait dans ses veines, précisément un lymphome lymphoblastique. Un verdict qui n'a guère refroidi l'ardeur sportive du garçon. Depuis plus de deux ans, sa persévérance en inspire plus d'un.

Mathieu rêve d'entreprendre une carrière professionnelle dans l'univers du sport. Sinon? «Je sais que ça n'arrivera pas, mais c'est un rêve. Sinon, comme travail, je veux être prof d'édu», lance-t-il avec conviction. Hockey, soccer, basket-ball, qu'importe. Trois ou quatre fois par semaine, il chausse tantôt ses espadrilles, tantôt ses patins, pour se donner corps et âme, tantôt sur un terrain gazonné, tantôt sur une patinoire. Chaque vendredi, il doit également recevoir un traitement de chimiothérapie qui occasionne chez le garçon une grande fatigue pendant deux jours. «Ça arrive parfois qu'il a une pratique de hockey le vendredi après l'école, c'est là qu'il a moins d'énergie, il a les jambes plus lourdes», souligne la mère de Mathieu, Pascale Chamberland.

Qu'à cela ne tienne, Mathieu ne se laisse jamais démonter par l'adversité. Deux ans et des poussières que le jeune blondinet démontre un tel dynamisme et une telle force de caractère qu'il sera reconnu comme l'une des têtes d'affiche de la 15e édition du 24 h de Tremblant. Notons d'emblée que l'événement philanthropique, qui se déroulera du 4 au 6 décembre, invite près de 200 équipes à skier sur les pentes, puis à marcher ou à courir au pied du mont Tremblant afin d'amasser des dons au profit des enfants. Cette année, l'organisation vise 2,5 millions $.

«Ça me plaît beaucoup d'avoir été choisi. C'est le fun de voir qu'avec toutes les personnes qu'ils auraient pu choisir, ils m'ont choisi moi», note Mathieu, les yeux rivés sur la glace de l'aréna Fernand-Asselin où son jeune frère s'apprête à commencer une pratique. «Je crois qu'ils m'ont choisi parce que je suis sportif.» Ah oui? Mais encore? «Parce que je garde le moral en tout temps», renchérit-il lorsqu'on lui tire les vers du nez. Son secret? «Je ne sais pas. Ça se fait tout seul.»

Mathieu en inspire plus d'un, donc, à commencer par sa mère. Professeure d'éducation physique, Mme Chamberland ne lésine pas sur les compliments lorsqu'il s'agit de reconnaître la vaillance de son fils. Si Mathieu demeure humble devant son parcours exceptionnel, sa mère est consciente de la force attractive qu'il dégage. «Je me dis que si d'autres enfants le voient, si d'autres sont au courant de son histoire, qu'il a passé à travers ça et qu'il s'est relevé, qu'il a foncé, eh bien d'autres sont capables aussi et s'en inspireront. Oui, la leucémie est une maladie grave, mais malgré tout on est capable de continuer à vivre et profiter de la vie.»

Pour la famille Chamberland-Basche, le sport est une religion, sans toutefois tomber dans l'extrémisme. En d'autres mots, l'activité physique joue un rôle phare dans l'organisation de l'horaire quotidien. Et ce, d'autant plus depuis que Mathieu remonte tranquillement la pente du cancer, jusqu'à sa rémission complète qu'on appelle de ses voeux pour avril 2016. «Quand Mathieu a été le plus malade, ce qui m'a tenue, malgré tout, c'est le sport. J'en avais besoin. J'ai côtoyé des parents dans les hôpitaux qui sont passés par le même chemin et qui sont sur les antidépresseurs, qui consomment des somnifères. Ça été mon remède à moi. Je sais que c'est le sport qui m'a gardé debout. Pour nous c'est une valeur», témoigne Mme Chamberland.

Un bon médicament, donc, le sport? «Oui», répond simplement Mathieu. Pourquoi? «Parce que j'aime ça bouger et dépenser de l'énergie», raconte-t-il. «C'est bon pour le moral aussi.»

Retour sur les bancs d'école

Lors des premiers traitements, en 2013, les effets secondaires étaient si dévastateurs que Mathieu n'arrivait plus à suivre son cursus scolaire. «Il avait zéro énergie. Il était comme une larve», reconnaît Mme Chamberland. «Durant la première année de traitement, il n'a jamais été capable d'ouvrir un livre.» Depuis janvier 2014, le jeune homme retrouve goût au tableau vert, ses notes montent en flèche, Mathieu rattrape ses camarades sans trop de difficulté. Celui qui, avant 2013, ne plaçait pas la grammaire et les mathématiques dans sa liste de priorités, trouve grand plaisir aujourd'hui à s'asseoir sur les bancs d'une classe au milieu de ses amis.

«Ce n'était pas un enfant qui aimait l'école. Lorsqu'il revenait le soir et que je lui demandais ce qu'il avait aimé dans sa journée, il me répondait: les récréations et l'éducation physique. On dirait que l'année qu'il a passée éloigné de l'école lui a fait réaliser qu'être à la maison ce n'est pas bien mieux. Elle est fine, maman, mais ses amis, sa gang... Quand tu es un an à végéter avec une tablette électronique, tu manques de stimulation. Et depuis ce temps-là, Mathieu aime l'école», se réjouit Mme Chamberland.

Le mot de la fin, Mathieu? «J'ai hâte de faire du ski à Tremblant», lance l'incorrigible sportif. Et pour l'avenir, on te souhaite quoi? «De continuer à faire mes sports.» Et aux autres enfants qui vont traverser les mêmes épreuves que toi, on leur dit quoi? «Bonne chance et ne lâchez pas.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer