Coupes de 120 millions $: les CPE en colère

Québec envisage d'imposer des coupes de 120 millions... (François Gervais)

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Québec envisage d'imposer des coupes de 120 millions $ dans le réseau des CPE.

François Gervais

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(Trois-Rivières) Les directions des Centres de la petite enfance (CPE) de la région affirment ne pas avoir les marges de manoeuvre nécessaires pour faire face aux nouvelles coupes de 120 millions $ envisagées par Québec. Elles sont également unanimes sur le fait qu'elles ne veulent sous aucune considération réduire les services offerts aux enfants.

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Marie-Andrée Gendron est présidente du Regroupement des CPE Mauricie-Centre-du-Québec et présidente-directrice générale du CPE Jean-Noël Lapin. 

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Bien qu'elles ne soient pas confirmées, ces coupes envisagées ont déjà été annoncées aux directions des CPE. Québec leur a affirmé qu'elles devraient faire face à des compressions équivalentes à 1000 $ par enfants.

«On nous a dit de nous préparer à des coupes de 120 millions $. Et c'est énorme. Nous sommes de notre côté un CPE avec 62 places, alors nous perdrons 62 000 $», souligne Marie-Andrée Gendron, la présidente du Regroupement des CPE Mauricie-Centre-du-Québec et présidente-directrice générale du CPE Jean-Noël Lapin à Trois-Rivières.

«Ça nous cause des inquiétudes», affirme quant à elle Chantal Gélinas, vice-présidente du Regroupement des CPE de la région et directrice du CPE L'Arbre Enchanté. «120 millions représentent pour un CPE comme nous environ 70 000 $ par année. Cela signifie que sur deux ans [avec les coupes de 2014], ça fait 120 000 $ de moins par année.»

Administratrice au Regroupement des CPE et directrice du CPE Gripette à Nicolet, Myrianne Boily affirme qu'il est impossible pour l'instant de déterminer l'avenir, tant que Québec n'a pas établi ses directives. «Nous serons très proactif par contre pour nous assurer que notre corporation demeurera en bonne santé financière.»

Les marges de manoeuvres pour faire face à ces compressions sont toutefois très limitées, affirment les trois directrices de CPE avec lesquelles Le Nouvelliste s'est entretenu. Parmi les options envisagées par les CPE, il y a l'abandon des sorties, des compressions dans le personnel ou bien des fusions entre CPE. 

«Ça fait depuis 2009 qu'on nous coupe constamment. Nous sommes très créatifs dans les services de garde, mais il y a une limite», précise Marie-Andrée Gendron. 

«Il ne faut pas oublier que nous sommes une entreprise qui ne peut pas augmenter sa clientèle, parce que nous avons un nombre de places, on ne peut pas diminuer notre masse salariale, car c'est le ministère qui décide, et on ne peut pas diminuer nos dépenses, parce qu'elles sont rattachées à une subvention.»

Mme Gendron affirme de plus que couper dans les services donnés aux enfants n'est pas envisageable. «C'est inadmissible pour nous de couper dans les services offerts aux enfants», soutient Mme Gendron. «Nous savons qu'un service de garde de qualité est très important et que c'est lui qui fait très souvent la différence pour des enfants qui subissent des inégalités sociales.»

Par ailleurs, l'analyse des dépenses effectuées par Québec et qui a déterminé qu'un tiers des CPE était plus performant ne respecterait pas les réalités vécues par plusieurs centres de la petite enfance. «On ne peut pas comparer des CPE. Le gouvernement y va seulement avec les chiffres. C'est à croire qu'ils n'ont jamais fait garder leurs enfants», dénonce Marie-Andrée Gendron.

Couillard justifie la réforme du financement

Le gouvernement Couillard justifie la réforme du financement des centres de la petite enfance (CPE) et des garderies privées subventionnées qui, selon les acteurs du réseau, entraînera d'importantes mises à pied.

Pour le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, «c'est du nivellement par le bas» qui ne tient pas compte de la qualité des services. «Le gouvernement s'évertue à affaiblir les CPE», a-t-il accusé.

«Il parle de nivellement par le bas, j'y vois plutôt une tentative de rehaussement vers le haut, vers les meilleures pratiques de gestion, le meilleur rapport entre l'investissement public et la qualité des services obtenues», a répliqué le premier ministre Philippe Couillard lors de la période des questions à l'Assemblée nationale jeudi. Il est selon lui «tout à fait correct de s'inspirer des meilleures gestionnaires possible, d'avoir les services publics de la meilleure qualité possible au meilleur prix possible.»

«C'est ce qu'on doit faire. Et si on avait fait ça depuis quelques années, on n'en serait pas là. On a réussi, et je vais m'exprimer en bon Québécois, à sortir le Québec du trou, et on va s'assurer qu'on garde la tête en dehors de l'eau», a-t-il ajouté. Pour M. Couillard, «il n'y a pas de coupures, c'est une saine gestion des fonds publics».

Les compressions de 120 millions pour 2016-2017 s'ajoutent aux coupes de 74 millions de cette année et à celles de 100 millions imposées en 2014-2015. Dans les circonstances, et en particulier avec la réforme à venir, il y aura des mises à pied «très importantes», dit-on dans le réseau des services de garde.

Des coupes inévitables, selon l'AQCPE

L'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) estime que les compressions prévues l'an prochain représentent l'équivalent de 2800 éducatrices. Des mises à pied sont inévitables selon elle. «Pour un repas et deux collations, ce qui est financé, c'est 2$ par enfant par jour. Pour le matériel éducatif, c'est 100$ par année par enfant. Il n'y en a pas de marge de manoeuvre. C'est pour ça qu'on arrive à la conclusion que le seul endroit qui reste, c'est les salaires», a affirmé son directeur général, Louis Senécal. Il rappelle que 80 % du budget d'un CPE est consacré à la masse salariale. 

Avec La Presse

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