Pas toujours facile d'être une oie sauvage

Serge Dulac et Yvon Montplaisir s'inquiètent de voir... (Olivier Croteau)

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Serge Dulac et Yvon Montplaisir s'inquiètent de voir des oies mourantes affronter le froid.

Olivier Croteau

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Baie-du-Febvre) Le bassin de décantation des eaux usées de Baie-du-Febvre est habité, depuis quelque temps, par une douzaine d'oies blanches qui ont choisi cet endroit clôturé pour se reposer et se mettre à l'abri des prédateurs à quatre pattes et des chasseurs à deux pattes.

Leur présence et leur état un peu piteux inquiètent toutefois certains citoyens de la place, comme Yvon Montplaisir et Serge Dulac qui se questionnent sur le sort de ces animaux visiblement faibles, blessés ou malades.

Les deux hommes craignent que ces oies des neiges ne puissent plus sortir de cet enclos, qu'elles ne trouvent pas assez à manger et surtout, ils craignent que leurs pattes se prennent dans la glace du bassin avec l'arrivée graduelle des grands froids.

Saisie de la situation, la Municipalité a décidé de recourir à Environnement Canada, lundi. «On attend des nouvelles d'un biologiste», indique la directrice générale, Maryse Baril.

La coordonnatrice du Centre d'interprétation de Baie-du-Febvre, Julie Pellerin, estime toutefois que ces oiseaux ne sont pas en aussi mauvaise posture qu'il en paraît à première vue.

Le bassin est riche en plantes aquatiques et en racines, dit-elle, une de leurs sources d'alimentation. «Elles ne sont pas totalement démunies», fait-elle valoir. Et si la glace prend autour de leurs pattes, les oies savent très bien quoi faire pour s'en départir. Lors de leur migration printanière, en avril, les oies sont souvent confrontées à des conditions de coups de froid et de gel dans les champs inondés, rappelle Mme Pellerin. Ce sont des habituées.

Les oies qui se retrouvent dans le bassin de décantation sont à l'abri, explique-t-elle. La présence de la clôture contribue à éloigner les prédateurs, fait-elle valoir. Et le secteur est interdit de chasse, rappelle de son côté Maryse Baril.

Leur présence n'est pas une première. Les oies qui y séjournent sont habituellement celles qui sont blessées, malades, trop jeunes ou encore trop vieilles pour faire les migrations.

«Les oies qu'on trouve dans le bassin ne sont pas nécessairement arrivées cet automne», explique Mme Pellerin. «Certaines ont passé l'été ici», dit-elle, au lieu de remonter vers l'Arctique, à l'Île Bylot.»

Le lac Saint-Pierre est en effet le plus grand arrêt pour la colonie des oies des neiges avant leur arrivée en Arctique pour la saison estivale, dit-elle.

Certaines des oies qui n'ont toutefois pas fait cette migration estivale pourraient tenter un départ vers les Caroline pour l'hiver, dit-elle. Mais le fait qu'elles ne se soient pas fait de muscles en migrant avec la colonie pourrait faire en sorte qu'elles ne soient pas assez fortes pour faire le voyage vers le sud cet automne, dit-elle.

«Alors souvent, la nature va faire son oeuvre. Je me dois de le dire ainsi», résume la coordonnatrice du Centre.

Non, les oies des neiges, comme la plupart des animaux sauvages, ne l'ont pas facile. «Certaines sont victimes de prédation, d'accidents, de maladies ou de conditions climatiques. La sélection naturelle s'exprime de différentes façons», fait valoir Natalie  Huneault, porte-parole d'Environnement Canada.

Des permis de réhabilitation peuvent toutefois être émis par le Service canadien de la faune d'Environnement et Changement climatique Canada qui permettent d'avoir en sa possession des oiseaux migrateurs pour les soigner. Il ne faut toutefois pas que les oiseaux soient achetés, vendus ou échangés», précise-t-elle.

Inutile d'alerter la Société protectrice des animaux ou le ministère de l'Agriculture des pêcheries et de l'alimentation qui est chargé de faire respecter la Loi sur la protection sanitaire des animaux. Les oies sauvages relèvent plutôt de la Convention des oiseaux migrateurs aux États-Unis et au Canada.

Même Canards Illimités, avec sa mission de conservation de la sauvagine, «n'est pas habilitée à donner suite à ce genre de situation», indique son chef de la conservation des habitats et biologiste, André Michaud.

C'est cruel, mais le fait est là: «La colonie des grandes oies des neiges est en surpopulation» présentement, indique Julie Pellerin, et ce, malgré les prédateurs et les efforts de chasse pour diminuer la colonie. «Maintenant on chasse le printemps et l'automne», indique-t-elle. Leur nombre varie malgré tout de 600 000 à 800 000 têtes. «Le fait qu'il y a ait des décès, à la limite, c'est bon pour la chaîne alimentaire», dit-elle.

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