«Il faut que tu vives avec, le cancer»

Photographe de passion, Rémi Garceau compose avec un... (Olivier Croteau)

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Photographe de passion, Rémi Garceau compose avec un cancer de la prostate depuis six ans. Sa passion l'a amené, un peu malgré lui, à tourner une vidéo pour sensibiliser la population à la cause du Movember.

Olivier Croteau

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(Trois-Rivières) Lorsqu'il a appris qu'un cancer de la prostate s'était logé dans son appareil génital, le Trifluvien Rémi Garceau est tombé sur le dos. Littéralement, à l'image des publicités Un coup dur diffusées par la Société canadienne du cancer il y a quelques années. Dans l'une d'elles, on y observe une femme qui tombe à la renverse lorsque le diagnostic du cancer s'écroule sur ses épaules comme une tonne de plomb. M. Garceau dit avoir vécu exactement la même expérience. «Ça fait bang», note-t-il.

C'était en 2009. Depuis un bout de temps déjà, le fonctionnaire municipal aujourd'hui à la retraite avait de la difficulté à uriner. Rien d'inquiétant, mais tout de même. Il décide donc de consulter son médecin de famille. Après des examens de routine, M. Garceau rentre chez lui sans nourrir d'inquiétude particulière. Deux jours plus tard, le verdict tombe.

Lorsque le cancer de la prostate a été confirmé, un «cancer agressif», M. Garceau ne cache pas que la nouvelle a été difficile à avaler comme une brique. «J'ai fait le saut et j'ai braillé. Oui...» Malgré des traitements de chimiothérapie, des visites répétées en radiologie, des injections, des pilules, une métastase prostatique de la taille d'un citron qui s'est logée à la racine de son cou, d'autres dans son dos, malgré tout, la vie a repris peu à peu son train-train quotidien.

Ou presque. Car l'homme doit désormais débourser plus de 45 000 $ annuellement pour un cocktail à base de comprimés qui lui fait le plus grand bien. Qui lui va si bien, en fait, que certaines journées passent sans que le cancer occupe toutes ses pensées. Seul hic au menu: pour l'heure, ce traitement est remboursé par ses assurances. Du moins jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de 65 ans. L'horloge sonnera pour lui l'an prochain.

«Là j'ai 64, mais à 65 ça va être fini», lance-t-il. Après cette date d'anniversaire, il ignore où il dénichera pareille somme. D'ici là, il se croise les doigts. «Mon médecin m'a dit que la compagnie qui fabrique le médicament pourrait me le fournir gratuitement ou me le rembourser en partie. Pour l'instant, je ne le sais pas, j'attends des nouvelles. Actuellement, je me sens correct. J'ai une certaine fatigue, mais quand je vais faire de la photo, je reste deux heures debout et je suis correct», remarque-t-il, en assurant que son bien-être actuel tient entre les mains dudit médicament et... de sa passion pour la lentille.

L'art comme échappatoire

Photographe de passion, M. Garceau apprécie comme si c'était des amis le personnel du commerce Gosselin Photo à Trois-Rivières. Un employé très impliqué dans la cause du Movember l'a récemment interpellé pour qu'il participe à sa campagne maison de sensibilisation. M. Garceau n'a pas hésité une seconde et s'est prêté au jeu d'un témoignage vidéo. Pour lui, il était tout naturel de partager son parcours, un parcours semblable à celui de 24 000 Canadiens chaque année. «J'ai dit o.k. Il m'a dit: penses-y. Mais j'ai répondu o.k tout de suite», lance-t-il.

«C'est important pour moi, car je veux aider des personnes qui ont le cancer de la prostate. Certaines personnes reçoivent le diagnostic et elles ont peur de ça. Encore dernièrement, je suis allé au restaurant et, derrière moi, deux messieurs discutaient. L'un dit à l'autre qu'il vient d'apprendre qu'il a le cancer de la prostate et qu'il a peur [soupir]. Tu l'as, tu l'as... Il faut que tu vives avec, le cancer. Moi, ça fait six ans que je l'ai.»

«Je sais que je l'ai, je vis avec. Je ne peux pas faire autrement. Je ne peux pas aller en dedans et l'ôter, le cancer, il est là. Je me résigne? Ça veut dire quoi se résigner? Tu jettes les choses et tu te laisses aller? Non. Ce n'est pas ça que je fais. Moi, je ne me laisse pas aller, je fais de la photo. Ça fait une différence. La photo, ça m'aide, parce que je ne voulais pas rester enfermé. En 2014, j'y allais tous les jours.»

Six années, donc, qui ne l'ont pas empêché de vivre sa passion, dont les fruits sont actuellement exposés au café Le Bucafin à Trois-Rivières. M. Garceau s'intéresse aux animaux en général, aux oiseaux en particulier. Une manière, en quelque sorte, de s'envoler au-dessus de la maladie, de s'évader. «C'est comme un genre de décrochage. Il faut nourrir ça, une passion, si tu veux continuer à vivre. Sinon, tu vas mourir avant le temps», philosophe-t-il en ajoutant ne pas prêter beaucoup d'importance au nombre d'années qu'il lui reste à vivre.

En bout de piste, M. Garceau souhaiterait que les gens qui reçoivent, comme lui, un diagnostic du cancer de la prostate «ne s'en fassent pas avec ça. Faut pas se casser la tête parce que, de toute façon, tu ne sais jamais de quoi tu vas mourir. Tu l'as, faut vivre avec», répète-t-il. «Il ne faut surtout pas mettre d'émotion là-dedans. Ça aide en rien de pleurer sur son sort.»

Movember

«Jusqu'à ce qu'on m'en parle chez Gosselin, je ne savais pas trop ce qu'était Movember. Maintenant que je sais, je ne me laisserai pas pousser la moustache», avoue M. Garceau en riant. Depuis 2003, la Fondation Movember («mo» pour moustache et «vember» pour novembre en anglais) s'est donnée comme défi de changer le visage des maladies masculines, dont le cancer de la prostate. Ainsi, les hommes sont invités à ne pas se couper la moustache durant le mois de novembre, organisant du même souffle des campagnes de financement pour soutenir la recherche. De 30 «Mo Bros» en 2003, ils sont aujourd'hui près de 5 millions à se laisser pousser les poils sous le nez, pour une somme totale amassée de 677 millions $.

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