Pénalisé par l'aide sociale pour avoir donné sa maison

André Robichaud ne sait plus à quel saint... (Stéphane Lessard)

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André Robichaud ne sait plus à quel saint se vouer pour que l'itinérance ne soit pas l'ultime récompense du cadeau qu'il a fait à sa fille.

Stéphane Lessard

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(Trois-Rivières) Lorsqu'il a cédé gratuitement sa maison à sa fille, en février dernier, André Robichaud était loin de soupçonner que ce geste de générosité pouvait le mener directement à la rue, voire aux portes du Centre Le Havre de Trois-Rivières. Criblé de dettes à l'aide sociale, à quelques semaines d'être évincé de l'habitation à loyer modique où il habite, avec moins de 250 $ par mois en poche, M. Robichaud ne sait plus à quel saint se vouer. Le hic: l'aide sociale considère que le cadeau qu'il a donné à sa fille n'est pas valide et que, par conséquent, il doit en payer lui-même le prix.

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Intervenant au Centre Le Havre depuis plus de 25 ans, Yves Provencher constate que depuis le début de l'été, l'aide sociale est davantage à cheval sur sa réglementation.

Stéphane Lessard

En début d'année, M. Robichaud esquisse avec sa fille un portrait de vie qui pourrait leur embellir l'avenir à tous les deux. D'abord, le père de famille lègue sa petite maison de Bécancour à sa fille. En retour, cette dernière s'engage à construire une extension à la résidence afin que son père puisse y couler des jours heureux. Une entente verbale est conclue entre les deux parties, le rendez-vous est pris chez le notaire, les papiers sont dûment paraphés, la transaction est complétée. À l'époque, M. Robichaud traverse une profonde dépression. Lorsque sa fille décide, finalement, de le mettre à la porte, il se retrouve, ni plus, ni moins, complètement démuni, un pied dans la rue, sans le sous, ni même pour défrayer le coût de ses médicaments.

«J'ai toujours tout donné à mes enfants, ils n'ont jamais manqué de rien. Jamais», note l'homme de 62 ans, propriétaire d'un garage sur la rive sud jusqu'à ce que la maladie, physique et psychologique, l'oblige à vendre son commerce et à demander l'aide de dernier recours du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale du Québec.

«Nous avions convenu que ma fille allait me garder jusqu'à ma mort, puisque mon état de santé dégringolait rapidement», relate M. Robichaud, en entrecoupant chaque phrase d'un trémolo révélateur de sa détresse. «Mais comme ma fille n'a pas eu le prêt qu'elle voulait avoir, ça fini que la rallonge de la maison, elle ne s'est pas faite. Elle était supposée me faire un loyer dans le sous-sol, mais ça ne s'est pas fait non plus parce que ça coûtait aussi cher que la rallonge. J'ai voulu me construire une petite maison sur le terrain, mais ce n'était pas possible, car tu ne peux pas avoir deux maisons sur le même terrain. On a eu une petite discussion ma fille et moi. J'ai compris que je venais de me faire embarquer d'aplomb. Elle s'est fâchée après moi et elle m'a mis dehors.»

À ce moment, M. Robichaud est prestataire de l'aide sociale et reçoit un chèque mensuel de 937 $, puisqu'il est considéré inapte au travail. Or, selon l'article 12.04 de l'aide sociale, «une personne adulte ou une famille est libre de disposer de ses biens, pourvu que la contrepartie obtenue en retour soit équivalente à ce qu'elle cède». En d'autres mots, l'aide sociale admet que M. Robichaud n'a pas reçu de compensation financière pour le don de sa maison, mais qu'il aurait dû en recevoir une. Ainsi, comme la maison est évaluée à 35 050 $, cette somme est dès lors considérée pour établir le montant auquel il a droit. En bout de piste, M. Robichaud se voit donc accorder une somme de 99,59 $ par mois, auquel il faut additionner 140 $ mensuel provenant du Régime des rentes du Québec. Deuxième hic: la donation a été effectuée en février et M. Robichaud a reçu ses prestations d'aide sociale jusqu'en juin. On lui réclame donc 3000 $ en versements payés en trop, dette qu'il doit réglée avant de recevoir son 99,59 $ par mois.

Intervenant depuis plus de 25 ans au Centre Le Havre, Yves Provencher remarque que la misère humaine, comme celle où patauge M. Robichaud, n'est plus rare comme un merle blanc. L'intervenant note que l'aide sociale retire régulièrement le chèque à un prestataire, le laissant du jour au lendemain sans revenu. À une époque pas si lointaine, note M. Provencher, un certain montant était accordé pour cause humanitaire, une humanité, juge-t-il, qui n'existe plus.

«Je constate depuis le début de l'été un resserrement à l'aide sociale. Ça n'a pas de sens de mettre des gens à zéro», s'exclame-t-il. «Des coupures drastiques, de 900 $ à zéro, on en voyait avant, mais parce qu'il y avait des fraudes commises par le prestataire. Ici, ce n'est pas de la fraude! Les fonctionnaires font leurs calculs, la loi c'est ça, et ils se foutent du reste.»

Lueur d'espoir au bout du tunnel: lors de la transaction avec sa fille, M. Robichaud vivait les affres de la dépression, une circonstance qui pourrait être jugée atténuante par l'aide sociale et qui pourrait lui permettre de reprendre possession de sa maison. Pour l'heure, M. Robichaud a entrepris des démarches pour faire valoir ce droit inscrit à l'article 18.01.03. Quant au remboursement de ses médicaments, il devrait recevoir à nouveau sa «carte médicament» puisqu'il est désormais, malgré tout, admissible à l'aide sociale. «En attendant, il met sa santé en danger, même sa vie», indique M. Provencher.

Au Comité logement Trois-Rivières, on signale que bien peu de fenêtres s'ouvrent devant M. Robichaud. La directrice, Diane Vermette, indique que même dans des habitations de type communautaire, où l'on oeuvre à la réinsertion de personnes à risque d'itinérance, «il faut avoir un revenu. Tu ne peux pas vivre sans revenu. Sinon c'est la rue, et après la rue, c'est des endroits comme Le Havre».

«Si je ne sais plus où aller, m'a m'en aller dans le fleuve», soupire André Robichaud, visiblement à bout de souffle. «Je suis venu à Trois-Rivières parce que je n'avais plus d'aide, plus de ressources. Je ne savais plus où me garocher... Je suis comme dans une boîte où il y a plein de portes mais aucune issue...»

Au moment de mettre sous presse, il n'a pas été possible de joindre un responsable du Centre local d'emploi de Trois-Rivières.

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