«La moitié des réfugiés sont des enfants»

Béatrice Vaugrante est directrice générale d'Amnistie Canada francophone.... (Stéphane Lessard)

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Béatrice Vaugrante est directrice générale d'Amnistie Canada francophone.

Stéphane Lessard

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Comment les réfugiés syriens traverseront-ils l'océan vers le Canada? Quels sont les risques que des terroristes s'infiltrent parmi eux? Beaucoup de Québécois ont des appréhensions face à leur venue. Alors est-ce risqué pour eux de venir ici? Pourquoi les médias ne parlent-ils pas des réfugiés innombrables de l'Afrique?

Des questions comme celles-là, les élèves de cinquième secondaire de l'école Les Pionniers de Trois-Rivières en avaient plusieurs pour Béatrice Vaugrante.

La directrice générale d'Amnistie Canada francophone a été invitée, mercredi, à leur expliquer le drame des réfugiés syriens et l'urgence d'agir avec l'arrivée prochaine de l'hiver chez eux. «La moitié des familles syriennes ont quitté leur maison», dit-elle. «Soixante pour cent des personnes qui vivent encore en Syrie vivent dans des zones où même l'aide humanitaire ne peut pas aller tellement c'est dangereux.»

Huit millions de ces personnes se déplacent à l'intérieur même de la Syrie. Certains ne peuvent quitter, faute de moyens.

«Quatre millions ont pu quitter la Syrie et 95 % d'entre eux sont dans les pays limitrophes», dit-elle, soit la Jordanie, la Turquie, le Liban, l'Égypte et l'Irak. «Ce ne sont pas les pays les plus riches au monde. Ils n'ont plus les moyens d'accueillir ces réfugiés», fait-elle valoir.

«La crise des réfugiés n'est pas tant une crise des réfugiés, peut-être, qu'une crise des systèmes d'accueil des réfugiés», analyse-t-elle.

La moitié des réfugiés, dit-elle, sont des enfants. «Soixante-quinze pour cent sont des femmes et des enfants.»

Lorsqu'ils quittent le pays, les réfugiés, qui comptent aussi des personnes âgées ou malades, doivent prendre des routes dangereuses et des bateaux qui, parfois, coulent. Il faut marcher sur de très vastes distances. Lorsqu'ils arrivent en Europe, pleins d'espoir, ces migrants font face à des barbelés et des murs. L'Europe a déboursé rien de moins que 175 millions d'euros «pour fabriquer les quatre dernières clôtures», dit-elle.

Mme Vaugrante ne cache pas  qu'elle s'imagine souvent l'horreur de ce que serait, pour elle, de vivre la même chose avec son enfant de 9 ans.

«L'Europe peut en faire beaucoup plus», assure-t-elle. «Elle doit répondre au devoir international sur le droit des réfugiés. Ce n'est pas de la charité, en ce moment. C'est un système qui relève de la Convention internationale sur le droit des réfugiés de 1951 de Genève et qui a maintenant un statut permanent», rappelle-t-elle.

Béatrice Vaugrante assure que le Canada est parfaitement capable d'accueillir, d'ici janvier au plus tard, les 25 000 réfugiés, tel que promis par Justin Trudeau. Elle déplore qu'Amnistie n'ait jamais pu obtenir de confirmations quelconques à l'effet que les 10 000 réfugiés promis par le gouvernement Harper ont bel et bien été accueillis au pays.

«On a le devoir», insiste-t-elle, «d'accueillir des réfugiés syriens.»

Le conflit en Syrie a fauché plus de 250 000 vies, jusqu'à présent, selon l'ONU. Par milliers, des personnes sont carrément disparues. Malheureusement, le noir Vendredi 13 de Paris est venu ébranler la volonté de plusieurs d'accueillir tous ces gens.

Même si Amnistie condamne «avec la plus grande fermeté» les attentats en question. Béatrice Vaugrante, qui est elle même Française, rappelle malgré tout que les terroristes qui ont perpétré ce massacre étaient nés en France et n'étaient donc pas des réfugiés d'un autre pays, à l'exception d'un passeport syrien retrouvé «qui, peut-être, serait faux», dit-elle.

«Est-ce que ça veut dire que tous ceux qui sont nés au Québec, mais de parents ou de grands-parents étrangers, il faudrait aussi en avoir peur?», questionne-t-elle.

La conférence de Mme Vaugrante se tenait justement en présence de Julian Gruda, réfugié polonais des années 1960, ancien président de la section francophone d'Amnistie internationale et père des journalistes Agnès Gruda (La Presse) et Alexandra Szacka (Radio-Canada).

Parmi les 350 élèves dans l'auditoire, mercredi, six sont montés sur scène, six anciens réfugiés, dont Anna qui est venue toute seule au Québec du continent africain, laissant toute sa famille derrière elle. Il y avait aussi le jeune Hussein qui a fui la Syrie pour éviter la mort et des horreurs qu'il a peine à décrire dans cette langue française qu'il apprend peu à peu à maîtriser, à l'école Des Pionniers.

À un élève qui s'inquiétait pour sa propre sécurité face à ces nouveaux arrivants et au terrorisme, Mme Vaugrante réplique: «Qui a dit qu'accueillir les réfugiés c'était nous mettre en danger? Il y a des processus sécuritaires d'accueil des réfugiés. Clairement, les attentats qui ont été commis ne sont pas le fait de réfugiés», plaide-t-elle. «On ne doit pas faire porter aux réfugiés le fardeau de la sécurité.»

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