Accueil des réfugiés: il est «essentiel» de prendre son temps

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Le directeur général du Service d'accueil des nouveaux arrivants de Trois-Rivières, Ivan Alonso Suaza.

François Gervais

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(Trois-Rivières) Le directeur général du Service d'accueil des nouveaux arrivants de Trois-Rivières (SANA), Ivan Suaza, espérait serrer la pince des premiers réfugiés syriens dès cette semaine. Les récents propos de la ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Kathleen Weil, qui affirmait lundi que le Québec ne pourrait vraisemblablement pas ouvrir ses frontières à 5700 réfugiés avant la fin de l'année, ne lui fait pas perdre courage. Au contraire, ce laps de temps supplémentaire lui permettra de grossir davantage les rangs de ses bénévoles.

«C'est sûr que ça ne se passe pas aussi rapidement que l'on pensait», admet M. Suaza. «Mais le gouvernement sait ce qu'il faut faire, et on va lui faire confiance», ajoute-t-il. À son avis, il est «essentiel» de prendre le temps nécessaire pour mettre en place une kyrielle de services dont les réfugiés ne manqueront pas d'avoir besoin et ainsi décupler leur chance d'intégration. D'ici là, les divers partenaires du SANA s'activeront comme des abeilles dans les bureaux de l'organisme.

«Déjà on travaille fort, on planifie, on fait des réunions, on fait des rencontres de concertation. Alors oui, le travail est déjà entamé à Trois-Rivières», avance le directeur. Un travail qui monopolise de multiples sources d'expertise, de l'école à l'emploi, en passant par les cours de francisation et les acteurs actifs dans les sphères culturelles et sociales. Ce n'est pas tout de dénicher un logement, encore faut-il mettre en oeuvre un réseau de partenaires qui transformeront l'expérience négative des réfugiés en perspectives d'avenir florissantes.

«En Afrique, on dit qu'il faut tout un village pour élever un enfant. Eh bien, il faut toute une communauté pour aider à l'intégration d'une personne immigrante», image M. Suaza. Et ce d'autant plus lorsqu'il s'agit d'ouvrir ses bras à des réfugiés en provenance d'un pays, comme la Syrie, où les conflits armés sont au nombre des horreurs quotidiennes. Aux nécessités de base il faut alors planifier des services d'ordre psychologique.

«La plupart des réfugiés qui arrivent à Trois-Rivières ont vécu des chocs post-traumatiques. Ce n'est pas facile. Juste le fait d'immigrer, on fait face à un choc, car on laisse tomber beaucoup de choses de notre vie antérieure. On arrive ici dans un climat totalement différent, avec des gens qui ne parlent pas notre langue. Lorsqu'on a traversé des situations de guerre, c'est très difficile. On parle ici de survivants. On parle de gens qui souhaitent quelque chose de mieux pour leur famille», observe M. Suaza.

«Les réfugiés ne sont pas d'accord avec la guerre. Alors lorsqu'on n'est pas d'accord avec une guerre, on va quitter le territoire, on va chercher quelque chose de mieux pour sa famille. Je vous rappelle que ce sont des familles et non pas des loups solitaires comme on entend parfois. Il y a des enfants, des mères et des pères qui viennent ici justement pour assurer la sécurité de leurs enfants. C'est important d'être solidaire avec ces gens.»

Chaque année, le SANA accompagne entre 80 et 140 nouveaux immigrants sur les 250 qui installent leurs pénates à Trois-Rivières. L'organisme est actuellement en campagne de recrutement de bénévoles pour garnir ses effectifs et ainsi répondre avec efficience aux besoins des immigrants syriens qui s'y installeront. Depuis vendredi passé, 25 nouvelles personnes se sont ajoutées à la liste des bénévoles déjà inscrits. Une solidarité qui réjouit M. Suaza, cela dit sans l'étonner. «Je m'attendais à ça, car Trois-Rivières a un bel historique d'accueil des nouveaux arrivants.»

«Il faut faire les choses correctement», estime Yves Lévesque

Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, partage en partie le point de vue de son homologue de Québec, Régis Labeaume, qui remet en question la capacité du Canada d'accueillir 25 000 réfugiés syriens avant la fin de l'année et qui note de l'inquiétude au sein de la population.

Bien qu'il ne soit pas opposé à l'immigration de réfugiés syriens en sol canadien, le maire de Trois-Rivières affirme qu'«il faut faire les choses correctement», notamment, dit-il, dans la foulée des attentats de Paris. Il estime que la ministre de l'Immigration du Québec, Kathleen Weil, a raison d'émettre des doutes sur la capacité du Québec d'accueillir près de 6000 réfugiés d'ici la fin de l'année.

Sachant que Trois-Rivières accueille de 100 à 150 réfugiés annuellement, le maire se demande si le milieu pourra en accueillir plusieurs en même temps.

«Il n'y a rien de pire que de faire ces choses rapidement», affirme le maire. «Avec ce qu'il s'est passé, il faut prendre le temps. L'intégration se fait avec les gens du milieu. Les citoyens doivent sentir que les choses se font correctement. La logistique est importante. [...] On doit trouver des logements, ce qui n'est pas évident. Nous avons une liste d'attente à Trois-Rivières pour le logement social.»

Yves Lévesque soutient par ailleurs qu'il sent, à la suite des attentats de Paris, une certaine inquiétude chez ses concitoyens à l'égard de l'accueil de réfugiés.

«L'opinion publique bouge beaucoup», note-t-il. «Les citoyens doivent être à l'aise avec cette décision. Et il doit y avoir un filtrage au niveau de la sécurité. Il y avait des craintes il y a une semaine sur cet aspect, mais il y en a encore plus maintenant.»

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