«C'est vraiment terrible!»

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Deux jours après les attentats, les Français sont nombreux à se rendre Place de la République pour déposer des fleurs ou des chandelles à la mémoire de ceux qui ont été tués.

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(Trois-Rivières) Quarante-huit heures après les attaques qui ont secoué la France, la Ville lumière se réveille difficilement d'un sombre cauchemar. Sur le terrain, l'émoi demeure palpable. Samedi, la plupart des commerces étaient toujours fermés, les transports en commun quasi déserts. Si, en visant des cibles aléatoires, les terroristes souhaitaient démontrer que leur folie meurtrière pouvait s'abattre tous azimuts, certains considèrent qu'ils auront réussi en partie leur coup.

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Gabrielle Turcotte

Olivier Croteau

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Gilles Bellemare

Émilie O'Connor

Philosophe et écrivaine actuellement à Paris dans le cadre de recherches universitaires, Marjolaine Deschênes avoue d'emblée que les attentats ont semé en elle une certaine préoccupation. «Je suis allée faire mes courses ce pm, inquiète», note celle qui a longtemps étudié à l'Université du Québec à Trois-Rivières. «Je pense que chacun était comme moi, à s'efforcer de reprendre l'espace public malgré tout, malgré hier [vendredi], malgré l'inquiétude qui nous ronge tous. Le message des meurtriers de vendredi était le suivant: ça peut éclater n'importe où, même chez vous, et j'ai très bien capté», mentionne-t-elle.

Un message également assimilé par Gabrielle Turcotte, originaire de Lac-à-la-Tortue et ancienne stagiaire au Nouvelliste. Vendredi dernier, elle assistait à une représentation dans un cinéma du 13e arrondissement de Paris. Pendant la projection, des spectateurs ont commencé à quitter la salle, jusqu'à ce qu'un homme se lève et annonce à voix haute que des attentats avaient actuellement lieu. Une fois dans la rue, Mme Turcotte a rapidement saisi la portée gravissime des événements. «Tout le monde dans la rue était sur son téléphone, on entendait les sirènes de police et on voyait des ambulances passer, mais on ne savait pas exactement ce qui se passait. Nous avons décidé d'aller chez un ami de mon copain qui habitait pas très loin puisque les transports en commun étaient fermés et que tous les taxis étaient complets. C'est là que nous avons compris l'ampleur de ce qui se passait et que nous avons pris le temps de rassurer nos proches», relate Mme Turcotte.

Vingt-quatre heures plus tard, la Shawiniganaise atteste d'une atmosphère mortuaire dans les rues de Paris. «Les services publics sont fermés, les universités, les écoles, les cinémas et plusieurs bars et restaurants aussi. Les métros par contre fonctionnent presque normalement, mais je ne crois pas que la ville soit très animée ce soir [samedi]. Plusieurs spectacles ont aussi été annulés. Évidemment l'ambiance n'était pas trop à la fête ce matin, tout le monde parle des attentats et plusieurs commerces sont fermés. La Préfecture de Paris recommande aux gens de limiter leurs déplacements au minimum et il y a encore plus de militaires qu'à l'habitude dans les rues.»

Autre Trifluvien à Paris durant le carnage, maestro Gilles Bellemare. Comme les autorités françaises ont limité l'accès à Internet durant la fin de semaine, sa conjointe, Denyse Trudel, a vécu de longues heures d'angoisse, sans nouvelle de son mari. Puis un coup de fil est venu la rassurer. «Fort heureusement, il se porte bien», souffle Mme Trudel. «Même si j'avais l'impression qu'il ne se situait pas dans le secteur des attentats au moment précis, j'ai eu un doute, car il ne répondait pas à mes courriels.» Encore jeudi soir, maestro Bellemare visitait justement l'un des arrondissements ciblés par les terroristes. «N'empêche qu'il vit le drame, il constate la terreur qui s'est installée. C'est vraiment terrible. Il me disait ne plus reconnaître Paris, ne plus se sentir à Paris. C'est un climat de désolation. Les Parisiens sont en état de choc.»

Joint à l'aéroport Charles-de-Gaulle, maestro Bellemare souligne qu'un profond sentiment de tristesse semble avoir recouvert la Ville l umière comme une écharpe de plomb. À cela il faut additionner l'omniprésence d'hommes en arme à tous les coins de rue importants de la capitale française. «Il y a maintenant des cohortes de soldats armés aux devantures de tous les monuments importants - et Dieu sait s'ils sont nombreux à Paris - où les interminables files de touristes s'allongent encore et encore. Notre-Dame protégée par des mitraillettes! L'Arc de Triomphe sous protection militaire!», remarque-t-il.

«Si Dieu existait vraiment, si ces gens [les terroristes] travaillaient vraiment à sa diffusion, laisserait-Il ces gestes arriver? Et surtout pas de «les voies du Seigneur sont impénétrables». Ce ne sera pas la première fois de l'histoire de l'humanité où des assoiffés de pouvoir abrogent les libertés de populations entières, au nom de Dieu ou de quelque autre emblème. Il faut réagir», conclut l'ancien chef d'orchestre de l'OSTR.

Mouvement de solidarité régionale

Samedi, les villes de Trois-Rivières et de Shawinigan ont mis leurs drapeaux en berne en signe de solidarité avec le peuple français.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, s'est dit profondément attristé par les événements. Pour le premier magistrat, il allait de soit que la ville de l'énergie pose un geste de solidarité envers la Ville lumière. «À partir du moment où il se passe des événements dramatiques comme ceux de Paris, on s'organise pour souligner notre solidarité, d'autant plus qu'une centaine de personnes sont décédées là-bas. Par notre geste, on veut démontrer qu'on est contre, profondément contre ces actes de terrorisme. En même temps, les drapeaux en berne c'est pour souligner le décès des personnes et souligner nos condoléances aux familles», note M. Angers.

À Trois-Rivières, le maire Yves Lévesque a rapidement téléphoné, samedi matin, à ses employés pour que tous les drapeaux sur le territoire de la cité de Laviolette soient mis en berne. Selon le porte-parole de la Ville, Yvan Toutant, le geste se voulait solidaire, certes, mais visait également à démontrer que la Ville n'abandonnerait jamais ses valeurs au profit de la terreur dont se revêtent les terroristes.

«L'important dans tout ça, c'est de passer le message mondial que peu importe ce que les terroristes font, nous allons demeurer unis, nous allons demeurer solidaires», laisse entendre M. Toutant, en précisant que la Ville de Trois-Rivières, tout comme Shawinigan, allait signaler officiellement ses condoléances à la Ville de Paris.

Toujours à Trois-Rivières, l'Association Québec-France de la Mauricie et du Centre-du-Québec entend organiser, possiblement dimanche prochain selon le président du comité exécutif Guy Julien, une marche de solidarité dans les rues du centre-ville. La secrétaire du regroupement d'amitié, Nicole Gélinas, s'est dite «dévastée». «On a des amis là-bas, et moi personnellement j'ai de la famille là-bas, pas à Paris, mais tout de même. Ces événements sont tragiques. On pense aux gens qui doivent vivre dans un climat de terreur. Ça doit être assez impressionnant.»

Par ailleurs, notons qu'un rassemblement de sympathie avec le peuple français se tiendra à l'Université du Québec à Trois-Rivières, mardi à 15 heures, devant l'entrée principale du pavillon Ringuet.

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