À un fil de la mort, à quelques-uns de la vie

Isabelle Parent a donné vie à trois filles... (Olivier Croteau)

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Isabelle Parent a donné vie à trois filles et a fait trois fausses couches avant de connaître avec Victor l'expérience de la prématurité, une aventure qui l'a transformée elle aussi.

Olivier Croteau

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Champlain) Isabelle Parent et Jean-François Houde, de Champlain, auront quelques anniversaires à célébrer cette semaine. Mercredi, ils fêteront les deux ans de Victor, cadet de leurs quatre enfants qui, en principe, aurait dû voir le jour quatre mois plus tard.

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Isabelle Parent a donné vie à trois filles et a fait trois fausses couches avant de connaître avec Victor l'expérience de la prématurité, une aventure qui l'a transformée elle aussi.

Olivier Croteau

Et mardi, ils célébreront la Journée mondiale de la prématurité, un phénomène qu'ils connaissent bien et qui a secoué vivement leur famille il y a deux ans. Une mi-novembre comme aujourd'hui.

Ce jour-là, au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, on n'a pas lésiné avec le cas d'Isabelle Parent, enceinte de 24 semaines. Au lendemain de son hospitalisation, c'est en ambulance que le couple a filé droit vers le CHU Sainte-Justine à Montréal, sans savoir qu'il y passerait les quatre mois suivants. Leur garçon pesait 790 grammes lorsqu'il est né le 18 novembre 2013, au premier jour de sa 25e semaine, faisant de lui un extrême prématuré.

Pour ne pas le perdre, Isabelle Parent avait dû demeurer alitée depuis sa 11e semaine de grossesse, ce qui n'a vraisemblablement pas suffi. Rapidement après leur arrivée à Sainte-Justine s'est présentée l'heure des grandes décisions.

Victor avait une chance sur cinq de ne pas survivre, une chance sur cinq de vivre avec des séquelles lourdes (allant jusqu'à la paralysie cérébrale) et trois chances sur cinq d'avoir à vivre avec des séquelles mineures, le TDAH par exemple. Beaucoup de chiffres à digérer pour les parents, et une question: «Est-ce qu'on lui donne de l'aide respiratoire s'il a des difficultés à la naissance?»

Avant de pousser la réflexion, on a offert à la mère de l'emmener en civière pour lui montrer un bébé prématuré de la taille de celui qu'elle portait. «C'est la meilleure chose que j'ai faite. Il était adorable», souffle-t-elle. «Un grand prématuré, ce n'est pas un bébé rachitique comme je l'imaginais. C'est comme un bébé miniature, minuscule, mais avec tous ses éléments, même les cils. J'avais juste le goût de le prendre, je l'aurais adopté». À partir de ce moment, l'aide respiratoire en cas de problème n'était plus une question. 

Les quatre mois suivants ont défilé en montagnes russes, au chevet de Victor du matin jusqu'à tard le soir à nettoyer la peau malmenée sous les nombreux rubans adhésifs, à masser les pieds, à tenir la main, à traverser cent journées aux soins intensifs, à retenir son souffle toutes ces fois où la vie de bébé n'a tenu qu'à l'un des 12 fils qui l'entouraient, raconte la mère. 

«Chez un bébé prématuré, les organes sont tous là, mais ils ne sont pas prêts à fonctionner. Si on les utilise, on ne sait pas s'ils vont tenir le coup», explique-t-elle. À trois jours, l'intestin de Victor a perforé, l'obligeant à subir une opération. «Ça jette à terre de savoir qu'ils sont capables d'opérer un bébé à 25 semaines...» Isabelle Parent et son conjoint ont su seulement plus tard que dans un bloc opératoire, les poupons de 25 semaines sont très peu à en ressortir vivants.

L'aventure de la prématurité, observe Isabelle Parent, ce sont des heures d'inquiétude et de grand doute à scruter les gestes du personnel infirmier, à s'émerveiller de leur professionnalisme tout en continuant à garder l'oeil vif, à donner un compte rendu ultra détaillé aux médecins, et à leur répondre que non, elle ne travaille pas dans le domaine de la santé, elle est artiste-peintre, relate-t-elle, sourire en coin.

La prématurité est ce moment de vie où on louange le métier du conjoint, qui peut poursuivre son travail en informatique de l'hôpital, ou du Manoir Ronald McDonald si essentiel, précise Isabelle Parent. Sans compter les autres merveilles: la famille à Champlain qui veille sur les trois soeurs qui venaient les rejoindre quatre jours par semaine, puis la belle-famille qui prend le relais à Montréal.

Mais il y a aussi ces journées où l'on remarque ce membre du personnel qui vient de refermer discrètement un incubateur à côté, raconte Isabelle. Ce moment où l'on croise d'autres parents en pleurs dans un corridor, et cette nouvelle vague de questions qui s'élève. Puis vient ce temps où on ne pose plus de questions, dit-elle, l'attention rivée sur le minuscule coeur qui bat, priant pour qu'il poursuive le rythme. Tout geste positif devient un petit bonheur à savourer et à cultiver, note Mme Parent. 

Du 21 novembre au 18 décembre 2013, elle n'a pas pu le prendre dans ses bras, mais dès qu'elle a obtenu le feu vert, Isabelle Parent a pratiqué la méthode du kangourou, qui permet à la mère de coller son bébé peau contre peau, observant avec fascination l'effet de cette pratique sur le rythme cardiaque et sur la réduction des besoins en oxygène du bébé. Or, c'est précisément cet oxygène qui peut faire la différence entre le garder en vie ou le sentir basculer de l'autre côté. «Je pense que la meilleure manière de passer à travers ça c'est d'être là, sinon, tu ne vis que l'inquiétude et l'impuissance.» 

On était le 17 mars 2014 lorsque Victor a enfin obtenu son congé. Il est revenu à Champlain avec un fil seulement, celui de l'oxygène. 

«On avait appris à prendre soin de lui avec douze fils alors quand on est arrivé à la maison avec cinquante pieds de corde, c'était la liberté!» Il est retourné à l'hôpital sept jours plus tard pour se faire enlever un bout d'intestin, mais rien de trop inquiétant par rapport au reste.

Aujourd'hui? Il marche allègrement depuis ses 13 mois, il jacasse joyeusement au fil de cette entrevue, ou s'empiffre de Mini-Wheats. Seul petit bémol, il a un autre rendez-vous à Sainte-Justine ces jours-ci, histoire de se faire enlever la vésicule biliaire, conséquence de tout ce soluté qu'on lui a injecté dans son jeune temps. «Mais c'est ce soluté qui lui a sauvé la vie...», philosophe sa mère.

Autrement, il cultive le goût du bonheur, remarque Isabelle Parent. «Il est tout le temps heureux. Il se cogne, il se relève. C'est comme s'il en avait vu d'autres», dit-elle «Depuis qu'il sait sourire qu'il rigole...»

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