Légalisation de la marijuana: les intervenants se questionnent

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Plusieurs intervenants en toxicomanie de la région espèrent que ce n'est pas demain la veille que le cannabis se consommera légalement au Canada.

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(Trois-Rivières) Le moins que l'on puisse dire, c'est que la volonté électorale du Parti libéral du Canada de légaliser la marijuana d'un océan à l'autre ne fait pas l'unanimité. Ici, en région, les pour se comptent sur les doigts d'une seule main, alors que les contre s'opposent sans réserve. Si les intervenants en toxicomanie qui se montrent favorables sont plutôt discrets sur leur position, leurs vis-à-vis opposés s'érigeront comme un mur sur le chemin de Justin Trudeau.

Depuis plus de vingt ans, David Laplante travaille avec les jeunes de 12 à 17 ans qui doivent composer avec une problématique de toxicomanie. Tous les jours, le directeur général de la ressource Le Grand chemin rencontre des jeunes qui traînent dans leur baluchon autant d'histoires de vie parsemées d'embûches. Chaque route qui mène à la dépendance est différente. Chose certaine, un trait d'union unit tous ceux qui passent le portail de ce centre d'aide en toxicomanie: tous consomment régulièrement de la marijuana. «C'est la substance problématique de tous les jeunes», note M. Laplante. Tous vivent, à des degrés divers, les effets pervers inhérents à cette consommation abusive. Légalisation, donc? «Je ne suis pas favorable», lance M. Laplante sans hésitation.

«Je ne suis pas d'accord avec ça», formule également, à titre personnel, le directeur général adjoint de la Maison Jean Lapointe, André Champagne.

«La marijuana est très sournoise», renchérit M. Laplante. À son avis, le cannabis, à l'instar des autres drogues, entraîne dans son sillon trop de jeunes qui y perdent, parfois de manière irréversible, leur motivation scolaire, voire qui freine leur développement psychologique. Fumer un joint, estime-t-il, de façon récréative, c'est une chose, mais fumer tous les jours, plusieurs fois par jour, à l'âge où le corps et le cerveau sont en pleine croissance, c'en est une autre. Une «récréation» qui entraîne son lot de conséquences.

«La marijuana prédispose les adolescents à avoir d'autres problématiques comme l'anxiété, la dépression et d'autres troubles de santé mentale», remarque M. Laplante. «Combien j'en vois des jeunes performant au niveau scolaire ou au niveau du sport qui arrêtent toute activité! La marijuana amène les adolescents à tourner en rond. L'adolescent qui consomme régulièrement perd ses buts, ses espérances, ses rêves.»

«Il y en a des histoires d'horreur d'adolescents qui ont consommé et qui sont pris avec ça [des symptômes irréversibles] à l'âge adulte», souligne M. Laplante. Une raison, parmi un bouquet d'autres, qui l'amène à s'opposer à la légalisation du cannabis.

«C'est clair qu'il [Justin Trudeau] va se river le nez à de l'opposition», croit pour sa part la professeure Valérie Piché, qui a participé activement à l'élaboration du programme Tendances et pratiques en toxicomanie du Collège Laflèche. «Le motif est louable, mais les enjeux au niveau de la gestion soulèvent beaucoup de questions. Sans compter la prévention au niveau des ados.»

En faisant du pouce sur le discours de David Laplante, Mme Piché est d'avis que des programmes de prévention plus efficaces devront accompagner toute mesure de légalisation de la marijuana, d'autant plus auprès du 8 à 10 % des jeunes qui sont les plus à risque de développer une accoutumance. Et à ce niveau, la société est loin de la coupe aux lèvres. «On a de la misère, en ce moment, avec les boissons énergisantes, à faire en sorte que les ados ne les consomment pas, alors...»

Directeur général du pavillon de l'Assuétude, Alexandre Ratté abonde dans le même sens. Sans prôner la légalisation pure et simple de la marijuana, ce dernier estime cependant que le statu quo est socialement inacceptable. «La prohibition, ça ne fonctionne pas. Les campagnes de sensibilisation sur l'illégalité du cannabis n'ont pas l'air d'avoir une grande influence non plus.» Ainsi, entre la légalisation mur à mur et la décriminalisation, son coeur balance. Chose certaine, «il faut remettre en question le modèle. Ça ne peut pas être pire que c'est là», constate M. Ratté, en appelant de ses voeux un programme de prévention aussi efficace que celui, par exemple, de lutte contre le tabagisme.

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Une façon de réduire les méfaits?

Pour le directeur de la Maison Carignan, Alain Poitras, l'un des avantages qui pourrait être enregistré en légalisant la marijuana se situe au niveau de la réduction des méfaits. Si la consommation de cannabis permet à un héroïnomane, par exemple, de ne plus toucher à une aiguille et, par le fait même, de ne pas commettre de gestes illégaux, comme le vol, pour se procurer sa dose quotidienne, tout le monde en sortira gagnant.

«Il y a 20 ans, la Maison Carignan prônait l'abstinence totale, on leur rentrait ça dans la tête, personne ne devait consommer. Un moment donné, on se rend bien compte que la réduction des méfaits fait partie des thérapies, on n'a pas le choix. Par exemple, si quelqu'un consomme de la cocaïne, fout un peu la merde dans la société, se ramasse en prison, fait une thérapie, eh bien je préfère qu'il prenne une petite bière, fume un joint et reste tranquille chez lui. Il sera pas mal moins nuisible pour la société», mentionne M. Poitras. «Mais l'idéal, dans la vie, c'est de ne pas consommer du tout.»

Avantages juridiques

Valérie Piché croit que la décriminalisation de la marijuana pourrait être un premier pas intéressant. Ainsi, en évitant à des jeunes le lourd fardeau d'un passé criminel pour la possession simple de cannabis, on s'assure qu'une erreur de jeunesse n'entache pas la volonté du jeune, devenu adulte, de se reprendre en main. Une approche embrassée par Yvon Picotte, président et directeur général du Pavillon du Nouveau point de vue.

«Je suis en faveur de la décriminalisation, mais en ce qui concerne la légalisation, j'ai beaucoup de doute», résume-t-il, en craignant que la légalisation augmente le nombre de consommateurs.

«La légalisation va apporter son ampleur de problématique», croit pour sa part Éric Dorion, directeur général de l'organisme De l'autre côté de l'ombre.

Les indécis

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), on avoue qu'il est trop tôt pour se positionner sur la question de la légalisation de la marijuana. «Il est prématuré de répondre à cette question. Nous allons attendre de voir la proposition que le nouveau gouvernement en place va formuler. Par la suite, il y aura des travaux avec les autorités de santé publique pour analyser la situation et se positionner», écrit par courriel la porte-parole Anne-Sophie Brunelle.

Même son de cloche de la part de l'Association québécoise des centres d'intervention en dépendance.

Quant à la Sécurité publique de Trois-Rivières, on préfère s'en remettre à des instances comme l'Association des directeurs de police du Québec pour prendre position au moment opportun.

Enfin, notons que depuis septembre dernier, personne ne s'est présenté dans les pharmacies affiliées au CIUSSS MCQ avec une prescription de marijuana thérapeuthique. En moyenne, Santé Canada reçoit 25 demandes par mois de la part de citoyens qui souhaitent utiliser la marijuana comme médicament.

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