Zumbathon contre l'homophobie

Une centaine de personnes ont participé au zumbathon... (Photo: Andréanne Lemire)

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Une centaine de personnes ont participé au zumbathon de Mathieu Grégoire, samedi, dont Jasmin Roy de la Fondation Jasmin Roy.

Photo: Andréanne Lemire

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(Trois-Rivières) «La bataille est gagnée, mais la guerre n'est pas terminée.» C'est ainsi que Mathieu Grégoire résume l'agression dont il a été l'objet en septembre dernier à Saint-Tite. Pointée du doigt par la victime comme un geste teinté d'homophobie, cette attaque a aussitôt été dénoncée par les élus de l'Assemblée nationale du Québec. Samedi, ils étaient plus d'une centaine de personnes réunies au CAPS de l'UQTR pour soutenir Mathieu Grégoire, certes, mais également pour crier haut et fort leur solidarité envers ceux et celles qui, encore au 21e siècle, sont la cible de violences homophobes et d'intimidation.

Mathieu Grégoire est instructeur de zumba chez Énergie Cardio à Trois-Rivières. Comme un plus un égal deux, c'est donc un zumbathon qui a été organisé samedi au profit de la Fondation Jasmin Roy et du Groupe régional d'intervention sociale (GRIS) de la Mauricie et du Centre-du-Québec, un organisme à but non lucratif dont l'un des objectifs est de faciliter l'intégration des gais, lesbiennes, bisexuels et bisexuelles dans la société en général, dans les écoles en particulier. Terminée l'homophobie en 2015? Beaucoup de chemin reste à faire, s'il faut croire Mathieu Grégoire.

«Aujourd'hui, on dénonce la violence envers les gais, car c'est quelque chose d'encore très présent. Ce n'est pas toujours de la violence physique, mais certainement de la violence psychologique. J'ai vécu beaucoup d'homophobie lorsque j'étais au secondaire. C'est quelque chose qui m'a traumatisé. Aujourd'hui, j'ai encore des séquelles psychologiques de ça. L'homophobie, ça fesse, ça fait mal. C'est pour ça qu'aujourd'hui on crie positivement pour dénoncer ce fléau-là.»

«L'homophobie n'a plus le même visage qu'avant, alors que les policiers pouvaient battre les gais dans les bars», poursuit M. Grégoire. «Aujourd'hui, c'est plus insidieux. C'est pour ça qu'on en entend moins parler. On ne s'en rend pas compte, alors lorsqu'il arrive un événement comme il m'est arrivé, les gens sont surpris. C'est vrai qu'en général, les gens ont une plus grande ouverture d'esprit, mais l'homophobie, ça demeure.»

Pour le comédien Jasmin Roy, de passage éclair à Trois-Rivières pour soutenir Mathieu Roy dans sa «guerre», le visage social de l'homophobie s'est beaucoup modulé au cours des dernières années. Si les homophobes sont toujours aussi intolérants, c'est la réaction de la population face à leurs idées qui laisse supposer que l'intolérance s'efface de plus en plus au profit d'une ouverture aux autres et à la différence. M. Roy est d'avis qu'un mouvement de solidarité populaire, tel que le zumbathon, n'aurait guère été envisageable il y a quelques décennies.

«Ce que je trouve fabuleux, c'est qu'une communauté se tient debout pour dire: c'est inadmissible. Je voulais absolument que le zumbathon se déroule à Trois-Rivières, car il faut démontrer que, même si on n'est pas à Montréal, il y a des communautés à travers le Québec qui trouvent que les actes homophobes, la violence en générale, c'est inadmissible. C'est ça qu'il faut comprendre. Lorsque tu vois tout ce monde-là qui s'est déplacé un samedi soir, ça veut dire beaucoup pour une communauté. Ça veut dire que c'est une communauté qui est en santé, que c'est une communauté qui rejette la violence homophobe. Il y a 50 ou 60 ans, nous n'aurions pas vu ce genre de rassemblement. Si on le voit aujourd'hui, c'est signe que la société évolue positivement», note Jasmin Roy, à la tête d'une fondation éponyme. «Mais il ne faut pas lâcher le morceau et continuer de dire que l'homophobie, c'est inadmissible.»

L'an prochain, Mathieu Grégoire, qui se considère désormais comme «une image positive de l'homophobie», souhaite renouveler l'aventure du zumbathon. «On ne gagnera pas la guerre avec ça, mais au moins, dans mon petit monde de Trois-Rivières, ça va faire en sorte qu'on va en parler positivement.»

LGBT en Mauricie

À l'instar de Mathieu Grégoire, la directrice générale du GRIS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Louise Lacroix, pense qu'il y a encore du pain à trancher sur la planche pour que les jeunes lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (LGBT) puissent recevoir des services afin de mieux s'intégrer dans leur milieu familial, social ou scolaire. En effet, même si le GRIS dessert le territoire de la Mauricie et du Centre-du-Québec, l'organisme tient pignon sur rue à une seule adresse, sise sur la rue Brock à Drummondville. Ainsi, les jeunes LBGT de Trois-Rivières et d'ailleurs en Mauricie ne disposent d'aucune ressource d'aide et d'entraide à proximité. Une lacune que Mme Lacroix aimerait bien combler, si ce n'était des finances précaires de l'organisme.

«Il n'y a presque rien en région pour les jeunes homosexuels», remarque celle qui tient la barre du GRIS depuis moins d'un an. «Dernièrement, nous avons rencontré des jeunes de Shawinigan qui auraient eu besoin de nos services mais, malheureusement, nous n'avons pas de local en Mauricie. Ça fait plusieurs années qu'on essaie d'avoir des fonds supplémentaires pour, au moins, avoir un local. Si quelqu'un pouvait nous fournir un local, l'histoire serait réglée et on pourrait répondre aux besoins», lance la directrice générale en guise d'appel à tous. «Des 208 établissements scolaires où on pourrait faire de l'intervention, on doit se contenter d'une trentaine», conclut Mme Lacroix.

Notons que les LGBT de la Mauricie, comme partout ailleurs au Québec, peuvent bénéficier de la ligne d'écoute et de renseignements Gai écoute en composant le 1 888 505-1010, de 8 h à minuit.

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