Le nouveau visage des communautés religieuses

De gauche à droite, frère Martin Lortie, soeur... (Olivier Croteau)

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De gauche à droite, frère Martin Lortie, soeur Ginette Généreux, frère Benjamin Maes, frère Dejene Hidoto et soeur Giang Trinh.

Olivier Croteau

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(Trois-Rivières) Pendant que les églises québécoises se vident de leurs fidèles, la foi catholique, elle, n'est pas dénuée de relève. À preuve, en cette année placée sous l'égide de la foi consacrée et où le pape François invite les instituts religieux à mettre en regard leur pratique, ils sont plus de 70 «benjamins» réunis en fin de semaine à la Maison de la Madone de Trois-Rivières pour partager leur foi apostolique telle une richesse aux accents du 21e siècle.

Soeur Ginette Généreux n'a pas quarante ans. Comme les autres «benjamins» qui l'entourent, la montréalaise est sortie de sa réclusion pour venir échanger avec ses soeurs et ses frères sur les différents enjeux qui préoccupent la société d'aujourd'hui. Les «benjamins», ce sont ces femmes et ces hommes âgés de moins de 45 ans ou qui cumulent moins de 15 ans de voeux et qui, par leurs actions et leurs prières, construisent la vie monastique de demain. Une trentaine de communautés religieuses sont ainsi représentées en fin de semaine.

Une vie débranchée de la rue quotidienne du commun des mortels? Une vie d'internement à l'ombre, pour ne pas dire à l'abri des problématiques environnementales, politiques et religieuses qui gangrènent la société du 21e siècle? Tant s'en faut. Terminée l'époque où les soeurs et les frères cloîtrés vivaient en marge de la société, si ce n'est en situation de rupture sociale. Si la plupart des «benjamins» s'enracinent dans des siècles de tradition, entre les Bénédictins dont l'origine remonte au 6e siècle et les Soeurs de l'Agneau qui cumulent à peine vingt ans d'existence, tous ne manquent pas d'être à l'affût de la réalité contemporaine. Même si elle ne possède pas (encore) de tablette électronique, soeur Ginette s'intéresse à tout ce qui fait battre le coeur de la planète moderne.

«C'est hallucinant le nombre de iPad et de iPhone qu'il y a ici. Moi je n'en ai pas, mais je suis branchée au monastère. On reçoit les journaux, on écoute les nouvelles», indique la recluse missionnaire, en avouant qu'elle se sent loin de l'image stéréotypée que certains nourrissent, celle d'une soeur claquemurée derrière une clôture papale. «Le monde entre beaucoup plus qu'on pense dans les cloîtres», renchérit le frère cistercien Martin Lortie.

Le visage même des communautés religieuses québécoises est en pleine mutation et ne se différentie pas outre mesure de la société canadienne. Désormais, le mot d'ordre est le multiculturalisme. À la Maison de la Madone, les Québécois «pure laine» sont minoritaires. Haïtiens, Éthiopiens, Argentins et Vietnamiens échangent, en français s'il-vous-plaît, sur les défis qui guettent la nouvelle génération de soldats du Christ: la prédication et la propagation de la foi à l'ère des réseaux sociaux, les voeux de pauvreté à l'heure de la surconsommation, la vie affective alors que les verbes avoir et faire sont plus populaires que le verbe être, ainsi que la vie communautaire à une époque où prime l'individualisme. Autant de défis relevés différemment selon ses racines et sa culture.

Pour soeur Ginette, le nouveau visage de la religieuse canadienne, qu'elle ait la peau noire, les yeux en amande ou les cheveux blonds, est un trésor pour l'église catholique. Alors qu'à une certaine époque les missionnaires canadiens arpentaient les quatre points cardinaux pour évangéliser les âmes, ces mêmes âmes reviennent aujourd'hui au pays pour reprendre à leur charge des communautés qui peinent parfois à se refaire une jeunesse. Exemple parmi d'autres: les Servantes du Très Saint-Sacrement de Chicoutimi, qui fêtait son bicentenaire d'existence en 2011. Si ce n'avait été de cinq religieuses vietnamiennes qui ont repris le flambeau à l'envolée, seul un miracle aurait pu faire en sorte que cette communauté ne ferme ses portes faute de relève. «Elles peuvent maintenant réinventer leur vie de prière à leur façon, avec leur sensibilité», se réjouit soeur Ginette.

«En vivant cette richesse intergénérationnelle et interculturelle, les communautés prennent conscience que, oui, on peut vivre ensemble, qu'on peut apprendre à grandir les uns avec les autres pour s'enrichir mutuellement. C'est une prise de conscience qui se fait actuellement dans les communautés religieuses, justement à cause de ce partage entre des religieux qui arrivent des différents continents. Au Québec, c'est nouveau», note la soeur, qui se dédie généralement à Dieu dans le silence et dans la solitude.

«En espérant que l'on soit un exemple inspirant, un témoignage d'une vie possible de cohabitation, comme dans certains pays, entre chrétiens et musulmans», souhaite frère Martin. «Ce qu'on vit ici dans les communautés, c'est plutôt entre les nationalités, mais on tente de vivre ça le plus possible. Se rencontrer et apprendre à se connaître, c'est peut-être là l'objectif principal de la rencontre d'en fin de semaine.»

Samedi, les «benjamins» se retrouveront sous le thème du charisme. Un chapelet d'activités s'égraineront au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, entre autres une rencontre présidée par le représentant du Vatican au Canada, le nonce apostolique Mgr Luigi Bonazzi. Dimanche, toute la population est invitée à la messe de 10 h qui se déroulera à la Basilique, également célébrée par Mgr Bonazzi.

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